• A Malte, une prise de conscience pour lutter contre la mer de plastique

    A Malte, une prise de conscience pour lutter contre la mer de plastique

    Les océans compteront bientôt plus de détritus en plastique que de poissons. Etats et entreprises prennent des engagements.

    Le temps de lire cette phrase, plus d’une demi-tonne de plastique aura été déversée dans la mer. A ce rythme – 400 kilos par seconde – «d’ici à 2050, les océans pourraient contenir plus de plastique que de poissons», a averti Federica Mogherini, à Malte, jeudi 5 octobre 2017. La cheffe de la diplomatie européenne donnait le coup d’envoi de la quatrième conférence internationale «Our Ocean» («Notre Océan»), organisée par l’Union sur la gouvernance des espaces maritimes.

    Pendant deux jours, politiques, scientifiques et militants écologistes ont dressé un bilan désastreux de l’état des océans, pointant notamment le problème du plastique. Impossible à éliminer par la nature, il s’y accumule partout, y compris dans les êtres vivants. «Nous sommes vraiment proches d’arriver au point où quel que soit le poisson pêché en mer que vous mangez, il contiendra du plastique», a alerté le prince Charles, personnellement très engagé sur les questions environnementales.

    29 substances toxiques dans le sang

    Les hommes ne sont pas épargnés: Emily Penn, jeune militante de l’ONG eXXpedition, a fait tester son sang. Des traces de 29 substances toxiques interdites par l’ONU, sur les 35 recherchées, y ont été trouvées. Elle les attribue notamment au plastique. La célèbre océanographe Sylvia Earle (vue dans le documentaire Mission Blue en 2014), s’est alarmée que «même la haute mer soit menacée par nos actions», rappelant par exemple que 90% des requins ont disparu.

    L’économie circulaire est la principale solution envisagée à Malte. Plutôt que de fabriquer des objets, les utiliser, parfois pour quelques secondes seulement, puis les jeter, il faut produire des objets réutilisables et recyclables, ce qui limite à la fois le gâchis de matières premières et la pollution. C’est l’objectif de la fondation de la navigatrice Ellen MacArthur. Elle a convaincu plusieurs multinationales d’agir en ce sens: The Coca-Cola Company (qui produit 100 milliards de bouteilles en plastique chaque année, selon Greenpeace), PepsiCo, Marks Spencer, Unilever, Mars et Werner Mertz se sont engagés jeudi à utiliser uniquement des emballages «recyclables, réutilisables ou compostables d’ici à 2025 au plus tard».

    Efforts de transparence

    Encore faut-il que le plastique soit recyclé: moins de 30% des déchets collectés le sont effectivement dans l’Union européenne. En effet, il n’y a pas une, mais des matières plastiques, pas toutes recyclables et souvent mélangées dans un même emballage. Pour essayer de remédier à ce casse-tête, Unilever promet de publier la liste des composants utilisés pour conditionner ses produits d’ici à 2020.

    Un effort a également été consenti par les industriels du secteur. Le chimiste Borealis AG (plus de 1000 milliards de bénéfices en 2016) doit investir 19 millions d’euros (21,8 millions de francs) dans des projets liés au recyclage. Côté logistique, le groupe a également promis de ne plus perdre dans la nature les billes de plastique qui servent de base à ses produits – très petites, elles sont difficiles à récupérer et facilement ingérées par les poissons. Quant au géant américain Dow Chemical Company, dont les bénéfices se comptent aussi en milliards, il a promis de mettre sur la table… 128 000 euros (147 000 francs). De nombreux autres fonds de recherches ont été annoncés lors de la conférence, pour plusieurs dizaines de millions de francs.

    Gobelets en plastique dans le collimateur de l'UE

    L’Union européenne s’est engagée à ne plus utiliser de gobelets en plastique dans l’ensemble de ses locaux et réunions dès la fin de cette année. Le groupe de médias Sky a fait la même promesse. En France, les cotons-tiges, la vaisselle à usage unique et les cosmétiques qui contiennent des microbilles en plastique, présentes par exemple dans les exfoliants, seront interdits entre 2018 et 2020.

    Mais, a conclu Frans Timmermans, le vice-président de la Commission européenne, «notre principal défi n’est pas la technologie ou l’argent […], c’est la connaissance, le changement collectif des comportements et la gouvernance». Autrement dit, aux citoyens la responsabilité d’arrêter de consommer du plastique – car, insiste Frans Timmermans, «les industriels nous disent que ce sont les consommateurs qui leur réclament des bouteilles en plastique aux couleurs vives. N’importe quoi!»


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