•  

    13 militants anti-esclavagistes ont été condamnés à de la prison ferme, jeudi 18 août 2016. La lutte contre l’esclavage reste à haut risque dans ce pays francophone d’Afrique de l’Ouest, qui a pourtant officiellement aboli la pratique il y a 35 ans.

    Treize militants de l’ONG anti-esclavagiste mauritanienne Initiative pour la résurgence du mouvement abolitionniste (IRA), accusés notamment d’« usage de la violence », ont été condamnés à des peines allant de trois à quinze ans de prison ferme, a annoncé jeudi 18 août la Cour criminelle de Nouakchott.

    Les 13 membres de l’IRA ont été arrêtés entre fin juin et début juillet pour leur implication présumée dans une manifestation violente survenue lors du déplacement forcé par les autorités, le 29 juin, d’habitants du bidonville de Ksar à Nouakchott (ouest du pays). Un véhicule de la police avait été incendié et plusieurs policiers blessés, selon les autorités.

    De lourdes peines

    Ils étaient accusés de « rébellion, usage de la violence, attaque contre les pouvoirs publics, attroupement armé et appartenance à une organisation non reconnue ». Leur procès s’était ouvert le 3 août devant la Cour criminelle de Nouakchott, qui a prononcé les condamnations à leur encontre après environ huit heures de délibération.

    Trois des militants, dont le chef d’une section de l’IRA à Sebkha, un quartier populaire de Nouakchott, ont écopé de 15 ans de prison ferme. Huit autres ont été condamnés à cinq ans de prison ferme, les deux derniers ne purgeront que trois ans en prison.

    Ces membres de l’IRA ont été jugés en même temps que dix autres personnes arrêtées et inculpées pour les mêmes motifs qu’eux. Sur ces dix accusés – des habitants du bidonville déplacés –, six ont été condamnés à des peines allant de un à trois ans de prison ferme. Les quatre autres ont été acquittés.

    Les militants de l’IRA ont été condamnés en l’absence du collectif constitué pour leur défense, qui avait décidé il y a trois jours de se retirer du procès pour protester contre les tortures infligées, selon ces avocats, à leurs clients.

    Depuis cette décision, le procès s’est poursuivi avec des avocats de la défense commis d’office. Ces derniers n’ont fait aucune déclaration après l’énoncé du verdict, et aucune indication n’était disponible sur un éventuel recours contre les condamnations prononcées.

    En revanche, le collectif des avocats des militants de l’IRA a dénoncé le jugement lors d’une conférence de presse tard jeudi soir, expliquant que toute possibilité de recours leur a été refusée en raison de leur boycott.

    Un « procès politique »

    « La Cour a rejeté toute introduction de recours dans cette affaire invoquant le boycott des audiences par les avocats », cela signifie « qu’on n’est plus dans le cadre de la justice », a expliqué l’avocate Fatimata Mbaye.

    Selon Me Brahim Ould Ebetty, le collectif des avocats se réunira prochainement « pour dégager une stratégie de défense » en faveur des condamnés, qui sera menée « à l’intérieur et à l’extérieur du pays ». Il n’a pas fourni de détails.

    Des proches des accusés présents au tribunal ont aussi dénoncé un « procès politique », selon le terme de l’un d’eux. Ils ont rappelé que certains accusés ont été arrêtés à leurs domiciles et sans qu’ils se soient rendus sur le site des événements.

    « Le gouvernement veut décapiter l’IRA, l’organisation la plus structurée de la société civile. »

    « Aucun des militants n’a participé à cette manifestation, s’insurge Alioune Tine, directeur d’Amnesty International pour l’Afrique de l’Ouest à Dakar. Ce sont des prisonniers d’opinion. L’opposition politique a été réduite au silence en Mauritanie. Aujourd’hui, le gouvernement veut décapiter l’IRA, l’organisation la plus structurée de la société civile. »

    Officiellement, la Mauritanie traque ceux qui s’adonnent encore à l’esclavage alors que la pratique y a été abolie il y a trente-cinq ans et est devenue un crime contre l’humanité en août 2015. Dans les faits, les militants de la lutte contre l’esclavage vivent des temps très difficiles sous le régime du président Aziz, ex-général qui a pris le pouvoir par un coup d’État en 2008.

    Le président de l’association IRA, Biram Dah Abeid, ancien prix des Nations unies pour les droits de l’homme en 2013, en a lui-même fait les frais. Il a été libéré le 17 mai dernier, après avoir passé dix-huit mois derrière les barreaux.


    votre commentaire
  • Forum social mondial: les paradis fiscaux visés

    Des ONG comme Oxfam et Attac ont appelé mercredi 10 août 2016 au Forum social mondial à sévir contre les paradis fiscaux.

    Plusieurs ONG ont appelé  au Forum social mondial (FSM) de Montréal à agir contre les paradis fiscaux. Ces «juridictions de complaisance» sont au coeur des inégalités dans le monde. Mais l'opinion semble avoir commencé à changer, selon elles.

    Il y a vingt ans, il était impossible de parler de justice fiscale et encore moins d'inégalités. Désormais, le mot impôt n'est plus considéré comme un gros mot, se sont félicités plusieurs intervenants à un débat organisé notamment par les sections québécoises d'Oxfam et Attac.

    Récemment, diverses actions symboliques ont été menées pour tenter de sensibiliser le grand public à l'impact des paradis fiscaux, comme des vols («fauchages») de chaises dans les banques françaises jugées «complices», la «libération» de Jersey ou encore l'organisation de «visites guidées» au coeur de la City londonienne.

    Les citoyens sont plus conscients des problèmes liés aux paradis fiscaux; ils ont plus d'informations. Mais ils doivent agir: «la volonté politique des gouvernements ne va pas venir toute seule. C'est à nous de la demander», souligne Ricardo Fuentes, le directeur général d'Oxfam Mexique.

    Inégalités dramatiques

    Ricardo Fuentes est le coauteur d'une étude montrant que les 62 personnes les plus riches au monde possèdent désormais autant que la moitié de la population mondiale. Et cet écart s'accélère, ajoutait l'étude, publiée en janvier dernier au Forum économique mondial (WEF) de Davos.

    Pour les intervenants, cette concentration de la richesse a des effets dramatiques: elle est au coeur de la capacité des Etats à lutter contre les inégalités sociales et à financer de nombreux besoins, comme les infrastructures, les dépenses sociales ou encore la transition énergétique, explique l'essayiste québécois Alain Deneault, fondateur de l'organisation Echec aux paradis fiscaux.

    Car au final, «c'est nous qui payons» pour les dépenses publiques et qui subissons les plans d'austérité, ajoute-t-il. M. Deneault constate toutefois lui aussi une «prise de conscience» du public, notamment grâce au travail des ONG puis des journalistes du consortium international des journalistes d'investigation (ICIJ).

    Taxation unique

    Parmi les solutions évoquées, l'une semble simple: il suffirait de taxer les grandes multinationales comme une seule entité, au lieu de leur permettre de profiter des avantages de leurs myriades de filiales à travers le monde, propose Teresa Marshall, de Global Alliance for Tax Justice.

    Selon elle, le seul moyen de mettre fin aux paradis fiscaux, c'est d'interdire un tel système pour des sociétés comme Coca-Cola ou Apple. Des géants qui font des milliards de bénéfices à travers le monde avec les mêmes produits.

    Une plus grande transparence est également urgente. Au moins 21'000 milliards de dollars d«actifs financiers étaient détenus par des particuliers fortunés dans des paradis fiscaux à la fin 2010, selon une estimation de l«association Tax Justice Network (TJN). Ce qui représentait à l'époque «le poids cumulé des économies des États-Unis et du Japon».


    votre commentaire
  • Le manuel sur les frappes de drones publié

    Le gouvernement a déclassifié des documents sur l'utilisation des drones militaires, conformément à une décision de justice.

    C'est une victoire pour l'Union américaine pour les libertés civiles (Aclu): le gouvernement américain a déclassifié plusieurs documents sur l'utilisation des drones militaire, dont la directive présidentielle. L' association a publi'e ce document, autrefois secret, surnommé "le manuel", qui dévoile comment les responsables choisissent les cibles des frappes de drones dans les régions en dehors des zones de guerre, et le rôle-clé du président dans le processus.

    La publication du «Presidential Policy Guidance», ainsi que d'autres documents du département de la Défense, fait suite à une injonction de la justice prise en février dernier. L'Aclu avait déposé un recours arguant le droit à l'information.

    Selon ces documents, des frappes contre des «cibles terroristes de haute valeur» peuvent être effectuées «quand il existe une quasi-certitude» que la personne visée est présente, et qu'aucun civil ne sera blessé ou tué. Elles sont, ajoutent les textes, nécessaires pour «atteindre les objectifs de politique américaine».

    Publication saluée

    «Nous saluons la publication de ces documents, en particulier la directive présidentielle qui établit le cadre de la campagne de drones depuis mai 2013», a déclaré Jameel Jaffer, directeur juridique adjoint de l'Aclu, dans un communiqué.

     

    «Cette publication alimentera désormais un débat en cours sur la légalité et la sagesse des politiques de lutte antiterroriste du gouvernement», a-t-il ajouté.

    Naureen Shah, directeur d'Amnesty International-USA pour la sécurité et les droits de l'homme, s'est également félicité de cette publication. Il a toutefois ajouté qu'elle ne levait qu'une partie du voile. «Nous savons extrêmement peu de choses sur les normes qui président aux frappes dites de signature et aux soi-disant frappes de secours, qui recouvrent peut-être des exécutions illégales», a-t-il souligné.

    «Critiques légitimes»

    Le gouvernement fédéral défend l'usage de drones qu'il juge essentiels pour lutter contre Al Qaïda ou d'autres groupes armés dans des pays comme l'Afghanistan, le Pakistan ou le Yémen. Les frappes de drones tuent parfois des civils, nourrissant la colère des populations.

    En avril dernier, Barack Obama a assuré que les modalités d'utilisation des drones étaient constamment réexaminées. Il avait aussi reconnu des «critiques légitimes» sur le cadre légal de ces pratiques. (ats/nxp)


    votre commentaire
  • Combats et prolongation des pourparlers de paix

    Des tentatives d'incursion de rebelles en Arabie saoudite a fait 7 morts.

    Les pourparlers de paix pour le Yémen, infructueux depuis avril, ont été prolongés d'une semaine à Koweït en dépit de tentatives d'incursion samedi de rebelles chiites yéménites en Arabie saoudite qui ont fait sept morts parmi les soldats saoudiens.

    Les rebelles dits Houthis ont fait à «plusieurs reprises samedi  30 juillet 2016 au matin des tentatives d'incursion dans le sud de l'Arabie saoudite en violation de la trêve», a indiqué le commandement de la coalition qui intervient au Yémen en soutien au gouvernement du président Abd Rabbo Mansour Hadi.

    L'aviation de la coalition est intervenue, faisant «des dizaines de tués» dans les rangs des rebelles et de leurs alliés, les partisans de l'ancien président Ali Abdallah Saleh, a ajouté la coalition.

    A la demande de l'ONU

    Le secteur de la longue frontière entre le Yémen et l'Arabie saoudite où se sont produites ces tentatives d'incursion n'a pas été précisé par la coalition. De nombreux véhicules militaires des assaillants ont été détruits dans ces raids, selon la même source.

    Sept soldats saoudiens, dont un officier, ont été tués dans l'opération, a poursuivi la coalition. Ces combats ont eu lieu avant l'annonce samedi soir de la prolongation des pourparlers de paix qui se tiennent à Koweït.

    C'est à la demande de l'émissaire de l'ONU que cette prolongation a été décidée, selon le ministère koweïtien des Affaires étrangères.

    Les rebelles yéménites, soutenus par l'Iran, et le gouvernement appuyé par la coalition arabe conduite par l'Arabie saoudite auront donc jusqu'au 7 août pour faire avancer les discussions de paix.

    «Cadre de travail»

    Celles-ci étaient supposées se terminer samedi, sans résultat, après la décision prise par les représentants du gouvernement de quitter le Koweït.

    Mais samedi, l'émissaire onusien Ismaïl Ould Cheikh Ahmed a indiqué sur Twitter qu'il avait «rencontré les deux délégations et leur (avait) suggéré l'extension des négociations d'une semaine».

    Il a également dit leur avoir proposé «un cadre de travail pour (trouver) une solution à la crise au Yémen», sans donner plus de détails.

    Des sources des deux délégations ont affirmé à l'AFP que ce cadre de travail implique le retrait des rebelles des territoires qu'ils occupent depuis 2014, la remise des armes et un retour au fonctionnement normal des institutions de l'Etat.

    2,8 millions de déplacés

    Depuis mars 2015, le conflit au Yémen a fait plus de 6'400 morts et déplacé 2,8 millions de personnes, selon l'ONU.

    La délégation gouvernementale avait annoncé vendredi qu'elle quitterait Koweït samedi en réaction à l'annonce jeudi par les rebelles et leurs alliés de la création d'un «Conseil supérieur» pour gouverner le Yémen.

    Ces derniers se sont emparé en septembre 2014 de la capitale Sanaa et occupent toujours plusieurs régions dans le nord du pays.

    Le Conseil de coopération du Golfe (CCG) et les représentants de 18 pays soutenant le processus de paix au Yémen avaient appelé séparément à la reprise des négociations et condamné la formation de ce «Conseil supérieur».

    Série d'attaques à Aden

    Par ailleurs, à Aden (sud), déclarée capitale provisoire du Yémen par le gouvernement, un officier de police a été tué samedi dans l'explosion de sa voiture piégée, selon un responsable de la sécurité.

    Plus à l'est, un officier a été tué par balles par des assaillants non identifiés à bord d'une moto dans la ville de Chibam, dans la province du Hadramout, a indiqué un responsable militaire.

    Aden a été ces derniers mois le théâtre d'une série d'attaques visant des responsables et des forces de sécurité, généralement attribuées aux groupes djihadistes Al-Qaïda et Etat islamique (EI) qui ont profité du conflit dans le pays pour étendre leur influence dans sud et le sud-est.


    votre commentaire
  • storybild
     

    Prostitution forcée, enfants soldats, trafic de personnes... un rapport recense les cas d'esclavage moderne en hausse, sous ses différentes formes.

    Plus de 45 millions de personnes dans le monde sont réduites à une forme moderne d'esclavage, selon une étude publiée mardi. Les deux tiers se trouvent en Asie-Pacifique. Il s'agit d'un chiffre beaucoup plus élevé que ce que l'on pensait auparavant. Cette estimation est avancée par le rapport «2016 Global Slavery Index» de la «Walk Free Foundation», une initiative lancée en 2012 par le magnat australien des mines Andrew Forrest pour sensibiliser aux formes modernes de l'esclavage, qui englobent des cas de figure très différents.

    Cas de figure très divers

    Le rapport avance un nombre de personnes concernées en hausse de 28% par rapport à il y a deux ans. Toutefois, cela traduit une amélioration de la collecte de données, davantage qu'une aggravation du problème, qui reste très difficile à quantifier.

    Trafic de personnes, prostitution forcée, enfants soldats, travail forcé, utilisation des enfants dans le commerce international de stupéfiants... L'ONU relève que ces formes modernes d'esclavage sont très diverses. Ces cas se multiplient aujourd'hui, en grande partie à cause de la vulnérabilité que causent la pauvreté, la discrimination et l'exclusion sociale, selon l'institution.

    L'Inde est, selon le rapport, le pays qui compte le plus de personnes soumises à ces pratiques, soit 18,35 millions de personnes. C'est toutefois en Corée du Nord que l'incidence de ce fléau est la plus forte, 4,37% de la population est directement concernée. C'est surtout dans ce pays que la réponse du gouvernement est la plus faible.

    «Davantage doit être fait»

    Au total, 124 pays ont criminalisé la traite des êtres humains, conformément au Protocole de l'ONU de 2003 visant à prévenir, réprimer et punir cette pratique, en particulier sur les femmes et les enfants. Et 96 pays ont adopté des plans d'action pour coordonner la réponse gouvernementale.

    Cependant, M. Forrest a estimé que davantage devait être fait.

    «Nous appelons les gouvernements des 10 premières économies au monde à promulguer des lois, au moins aussi fortes que le «Modern Slavery Act» britannique de 2015, en prévoyant un budget et des capacités pour s'assurer que les organisations responsables des formes modernes de l'esclavage rendent des comptes», a-t-il dit.

    L'Asie en tête du classement

    C'est en Asie que l'esclavage est le plus répandu. Derrière l'Inde, viennent la Chine (3,39 millions), le Pakistan (2,13 millions), le Bangladesh (1,53 million) et l'Ouzbékistan (1,23 million).

    En terme d'incidence, l'Ouzbékistan (3,97% de la population) et le Cambodge (1,65%) sont sur le podium après la Corée du Nord, seule nation au monde qui n'ait pas explicitement criminalisé les formes contemporaines d'esclavage.

    Par ailleurs, le rapport déplore la faible réponse gouvernementale à ce fléau notamment en Iran, en Chine et à Hong Kong.

     


    votre commentaire
  •  

    Le premier traité international sur le droit des robots a été présenté le 1ier juin 2016 à Shanghai par un avocat valaisan. Son texte pointe de nombreux enjeux à régler au plus vite.

    «Nous sommes à l’aube d’une nouvelle ère. Il est important d’attribuer des droits et des obligations à chacun», annonce d’emblée Sébastien Fanti. C’est dans ce but, que le très actif Préposé cantonal valaisan à la protection des données a participé à la rédaction du premier traité international sur le droit des robots. Un texte qu’il présente aujourd’hui à Shanghai et qui sera publié dans le même temps aux éditions juridiques spécialisées Larcier. «Dans le livre, nous comparons les défis soulevés par les robots et les réponses qui y sont apportés dans 17 pays, dont la Suisse», explique Sébastien Fanti.

    En Suisse justement, le spécialiste regrette un manque de curiosité pour la question. «Nous sommes très en avance en termes de technologie et nous avons des cartes à jouer dans cette industrie. Mais, pour cela, il faut que nos politiques prennent conscience de son importance», constate-t-il. A ses yeux, il est important de parier sur la jeunesse et d’adapter les conditions-cadres aux start-up. «Pour celles qui sont vraiment innovantes, pourquoi ne pas mettre en place un allégement fiscal pour les aider à se lancer?» propose le Valaisan.

    Mais, pour le Préposé cantonal à la protection des données, il est évident que la question est plus globale. «Nous devons uniformiser les règles au niveau international parce que les robots seront peut-être fabriqués en Chine, mais ils seront utilisés dans le monde entier. C’est tout l’intérêt d’un traité comme le nôtre», souligne-t-il. Et ces décisions, il vaudrait mieux les prendre rapidement selon lui. «Les robots, c’est demain et ils seront partout dans notre quotidien. Si on n’agit pas, si on ne met pas en place des lois, il y aura des morts», assure le spécialiste.

    QUI PEUVENT-ILS TUER?

    Un robot peut-il décider de la mort d’un être humain? Pour Sébastien Fanti, la question ne tient plus de la science-fiction et mérite d’être réglée au plus vite. «La technologie a tellement évolué qu’elle a largement dépassé le cadre juridique», constate-t-il. Au-delà des robots militaires, qui sont un énorme problème à ses yeux, il pointe également des domaines de la vie quotidienne. Notamment les voitures sans conducteur. «Si l’algorithme doit choisir entre freiner et tuer le passager qui n’a pas sa ceinture ou rouler sur le passant qui traverse le passage piéton, il fait quoi?» s’interroge-t-il tout en soulignant l’importance de trancher la question au plus vite.

    ONT-ILS DES DROITS?

    «Cela ne va peut-être pas plaire à tout le monde, mais, pour moi, c’est une évidence», lance Sébastien Fanti. Lui qui accueille un petit robot depuis plusieurs mois a pu observer les réactions de son entourage. «Les gens ne le considèrent pas comme une machine. On ne peut pas le limiter au statut d’objet, il fait preuve de beaucoup trop d’autonomie.» Face à ce changement sociétal, le Valaisan met l’accent sur l’importance d’apprendre à vivre ensemble au quotidien. «Dans dix ans, je pense qu’il y aura de la maltraitance envers les robots. Il faut des lois, sinon ce sera un vrai capharnaüm.»

    QUE FAIRE DES HUMAINS?

    Au niveau économique, le constat ne fait plus vraiment de doutes. Toutes les études s’accordent à dire que de nombreux emplois vont disparaître. Face à cela, Sébastien Fanti propose d’enseigner la robotique dans les écoles dès le plus jeune âge. Mais pas seulement. «Je suis favorable à un droit à la formation pour pouvoir se réorienter à tous les âges.» Et le plus tôt sera le mieux. «Toute une catégorie de professions est en danger. Il faut prévenir ces gens dès que possible. De toute façon, on ne peut plus ralentir cette évolution.»


    votre commentaire
  • Le 29 mai 2014, la Russie créait un espace commun avec quatre États partenaires (Biélorussie, Arménie,  Kazakhstan,  Kirghizistan,  Russie). Deux ans plus tard, l’union économique existe, mais le projet politique peine à se dessiner.

    « Un projet purement économique… Jusqu’à présent, c’est un succès ! » Dans son bureau vitré, Viktor Spasskiy ne cache pas son enthousiasme pour l’Union eurasiatique.

    Derrière lui, dans cette tour moderne plantée au milieu d’un nouveau quartier d’affaires près du centre de Moscou, s’alignent les drapeaux des cinq pays membres de cette alliance : Russie, Kazakhstan, Biélorussie, Arménie et Kirghizstan.

    Et aux murs de son large bureau, ce bureaucrate parmi d’autres, en charge des politiques d’intégration de cette Union eurasiatique, a disposé des paysages typiques de ces anciennes républiques soviétiques, toutes à divers degrés alliés clés du Kremlin.

    « Aucune ambition politique »

    Pour autant, comme toutes les voix officielles depuis le lancement de cette autre « UE », le 29 mai 2014, Viktor Spasskiy est formel : toute comparaison avec l’Union soviétique est déplacée. Car, dans ce projet, « il n’y a aucune ambition politique ».

    Vite dit ? La nouvelle Union, entrée en vigueur le 1er janvier 2015, est la suite de l’Union douanière en place depuis 2010 par les trois pays fondateurs : Russie, Kazakhstan et Biélorussie.

    Les États membres s’engagent à garantir la libre circulation des produits, services, capitaux et travailleurs au sein de cet immense marché de plus de 20 millions de kilomètres carrés et 170 millions d’habitants.

    Parallèlement sont mises en œuvre des politiques concertées dans les domaines de l’énergie, l’industrie, l’agriculture ou les transports. Des accords ont été trouvés pour le secteur pharmaceutique notamment. Mais d’autres négociations s’enlisent, en particulier sur l’e-commerce.

    Une union entre égaux, dominée par la Russie

    Pour autant, ce mariage a été scellé depuis le départ avec de sérieux désaccords sur les ambitions à long terme. Le Kremlin voulait en faire une union à finalité avant tout politique. Mais il était soupçonné, y compris par certains de ses alliés, de vouloir renforcer sa sphère d’influence dans ce que Moscou nomme régulièrement son « proche étranger ».

    Le Kremlin n’aurait pas pour autant abandonné ses projets initiaux : parlement, conseil des ministres, régime unique de passeports, monnaie unique… D’autant que dans cet ensemble, bâti sur le principe d’égalité entre pays membres, la Russie semble plus égale que les autres.

    Certes, grâce à son pétrole, le Kazakhstan est fort mais son économie ne représente qu’un dixième de l’économie russe. Plus du double toutefois des économies combinées des trois autres États.

    Un nouveau marché intérieur

    « Nous travaillons avant tout à favoriser le commerce et à faciliter les conditions pour que nos entreprises travaillent mieux ensemble », insiste Viktor Spasskiy.

    Incapable de citer des chiffres commerciaux, il préfère donner des exemples : les magasins de nourriture biélorusse se sont multipliés à Moscou, la truite arménienne a remplacé le saumon norvégien, les fromages kirghizes ont gagné des parts de marché…

    Pour les industriels européens, l’Union a des conséquences plus larges. « Les effets sont réels, témoigne Philippe Pégorier, directeur de la filiale d’Alstom à Moscou. Cette union a créé un marché intérieur. Et notre usine au Kazakhstan peut désormais vendre plus facilement ses locomotives vers la Russie. »

    Quand la Russie va mal...

    La crise économique russe est toutefois passée par là, pénalisant par ricochet les pays voisins dépendants du « grand frère ». Avec la récession, les échanges commerciaux entre pays ont diminué. Et la chute du rouble a provoqué celle des autres monnaies.

    Le Kazakhstan a été le plus touché, avec une baisse de 37 % de l’ensemble de son commerce extérieur en 2015 – et de 29 % au sein de l’Union. La Biélorussie en sort aussi affaiblie avec une forte dévaluation de sa devise. Parallèlement, ces deux pays ont profité de l’embargo imposé par Moscou sur de nombreux produits alimentaires européens.

    Cette interdiction d’import ne concernant que la Russie, des réseaux parallèles ont été mis en place chez eux. « Pour les fruits et légumes, il suffit de changer les étiquettes de provenance ! », confie un homme d’affaires français à Moscou qui continue d’exporter des choux-fleurs de Bretagne et des pommes belges vers les étals russes…

     


    votre commentaire
  • En Autriche, le candidat d’ultradroite Norbert Hofer a perdu de peu la présidentielle. Une alerte pour le reste de l’Europe.

    Tous les regards étaient tournés lundi vers l’Autriche et la possible élection du premier dirigeant d’extrême droite en Europe depuis 1945. Norbert Hofer, le candidat du parti FPÖ, a finalement perdu de peu la présidentielle, avec 49,7% des voix face au candidat Vert Alexander Van der Bellen.

    Pour Gilles Ivaldi, chercheur du CNRS à l’Université de Nice-Sophia Antipolis, «cette courte défaite ne doit pas masquer la force du FPÖ, qui a de bonnes chances de gagner les législatives de 2018». Ce résultat «rassurant pour l’Autriche et l’UE, qui évite une possible crise institutionnelle, n’efface pas la portée symbolique de ce second tour en Europe. Il confirme en effet une dynamique de la droite radicale sur le Vieux-Continent.» Or, parmi les partis de la droite radicale et populiste, le FPÖ est de ceux qui puisent leurs racines dans l’extrême droite. «Historiquement, du temps de Jörg Haider comme aujourd’hui avec Heinz-Christian Strache, ce qualificatif n’est pas usurpé», commente le chercheur.

    «Cette présidentielle est révélatrice d’un mouvement de fond auquel peu de pays d’Europe échappent», poursuit l’universitaire. «Si les profils diffèrent selon les pays, une vingtaine de partis ont émergé sur une ligne caractérisée par un discours anti-immigré, islamophobe, antisystème, fortement eurosceptique et affichant la préférence nationale. Pour eux, la perspective d’un éventuel Brexit serait un encouragement.»

    L’effet de trois crises

    Comment expliquer cette montée concomitante en Europe? «La conjonction de trois crises a fait croître les intentions de vote pour ces partis. La première est une crise migratoire d’ampleur. En Autriche, cette crise est au cœur des discours du FPÖ qui a mobilisé les peurs. La deuxième est la crise économique dont certains pays comme la France ne sont pas sortis. La troisième, c’est la crise de l’Union européenne face aux deux précédentes.»

    Des partis extrémistes

    Dans cette famille des droites radicales, il y a des gradations. «A l’extrême, il y a le parti grec néonazi Aube dorée ou le Jobbik (ndlr: parti raciste nostalgique de la «Grande Hongrie»). Mais aussi en Slovaquie, le Parti nationaliste slovaque (SNS) et le L-SNS (ndlr: créé par le gouverneur néofasciste de la région de Banska Bystrica)

    Le Front national, un modèle

    Au centre de cette galaxie, on trouve le FPÖ, «qui s’est recentré», le Front national en France, la Ligue du Nord en Italie, le Vlaams Belang en Belgique, le parti de la Liberté (PVV) aux Pays-Bas. «Le Front national actuel est une sorte de modèle, un prototype de droite radicale moderne dont la formule idéologique gagnante s’est propagée à l’ensemble des mouvements», poursuit Gilles Ivaldi. «Ce n’est pas un hasard si Marine Le Pen occupe une position centrale parmi les élus du groupe Europe des nations et des libertés au Parlement européen.»

    Les partis eurosceptiques

    Le troisième groupe est celui des partis dont le creuset est avant tout eurosceptique. «Parmi ceux-là, il y a l’Ukip britannique ou plus récemment l’AfD en Allemagne. Ils se sont créés sur une critique de l’UE, une opposition à la monnaie commune et une hostilité à la construction européenne, explique le chercheur. Ces deux partis ont adopté dans un deuxième temps le discours du FN sur l’immigration et l’islam.» L’UDC suisse fait partie de ces mouvements dont les idées ont progressivement intégré le corpus idéologique de la droite radicale et populiste.»

    La droite radicale au pouvoir

    «En Europe, cette droite radicale est au pouvoir en Norvège (Parti du progrès), en Finlande (Parti des vrais Finlandais), et en Slovaquie (SNS). Tandis qu’au Danemark, le Parti populaire danois, soutient le gouvernement au parlement. Et l’UDC fait partie du gouvernement fédéral par la grâce de la formule magique suisse.»

    Auparavant, la Ligue du Nord, le FPÖ, le PLF de Pym Fortuyn aux Pays-Bas, la Ligue des familles et Autodéfense en Pologne ont participé à des coalitions. «Leur participation au gouvernement les a toujours affaiblis», conclut Gilles Ivaldi.


    votre commentaire
  • La Colombie est le quatrième pays d'Amérique du sud à autoriser l'union homosexuelle.

    La Cour constitutionnelle de Colombie a définitivement légalisé jeudi 28 avril le mariage entre personnes du même sexe, ce pays devenant ainsi le quatrième d'Amérique du sud à autoriser l'union homosexuelle.

    «Les juges ont affirmé à la majorité que le mariage entre personnes du même sexe ne viole pas l'ordre constitutionnel en vigueur», a déclaré la présidente de l'institution Maria Victoria Calle.

    «Toute personne est libre et autonome pour constituer une famille (...) en accord avec son orientation sexuelle et en recevant le même traitement et protection garantis par la Constitution et la loi», a-t-elle ajouté.

    «Historique»

    Début avril, la Colombie avait déjà franchi une étape décisive vers la légalisation du mariage homosexuel, avec un vote favorable de la Cour constitutionnelle salué comme «historique» par la communauté homosexuelle.

    Réunis en session plénière le 7 avril, six des neuf magistrats de la Cour constitutionnelle avaient voté contre la requête du magistrat Jorge Pretelt, qui entendait nier aux homosexuels le droit à se marier dans les mêmes conditions légales que les hétérosexuels.

    La Cour avait alors précisé qu'un autre magistrat, Alberto Rojas, devrait «proposer un nouveau projet» qui serait examiné lors de la prochaine session et pourrait donner lieu à une décision définitive de légalisation du mariage pour tous.

    La Colombie connaît un vide juridique depuis l'échéance en 2013 du délai donné par la Cour au parlement afin qu'il légifère sur ce thème. Mais la plus haute juridiction a autorisé les couples de même sexe à demander à un juge ou un notaire d'enregistrer leur union civile.

    Adoption autorisée

    En novembre, cette même juridiction avait adopté une décision reconnaissant aux couples homosexuels le droit à l'adoption. A ce jour, elle est la seule à avoir reconnu des droits aux homosexuels en Colombie dont, en cas d'union civile, les droits d'affiliation du conjoint à la sécurité sociale ou à l'héritage en cas de décès.

    Outre l'Argentine, le Brésil et l'Uruguay, qui ont légalisé cette union, le Mexique a récemment ouvert la voie au mariage gay. D'autres pays du continent ont approuvé les unions civiles.

    La Cour suprême mexicaine, la plus haute instance judiciaire de ce pays très catholique, a émis en juin 2015 un jugement déclarant inconstitutionnelle toute décision d'interdire le mariage homosexuel dans un de ses Etats.


    votre commentaire
  • Greenpeace a flanqué un coup de pied dans la fourmilière des négociations commerciales entre les Etats-Unis et l’Union. Dans le passé, des accords négociés en secret ou en petits groupes ont fini par être enterrés

    La divulgation des documents confidentiels sur les négociations du Traité transatlantique de commerce et d’investissement, plus connu sous son acronyme anglais TTIP, a peut-être marqué un tournant. La fuite est davantage qu’un événement médiatique. Elle ne met certes pas en cause le fondement même de l’initiative de deux entités souveraines de parvenir à un accord de libre-échange. Après la mort du cycle de Doha qui était une démarche multilatérale, les deux puissances commerciales ont voulu promouvoir leurs intérêts propres. Il n’y a rien à redire.

    Comprendre les priorités de Washington

    Les 248 pages publiées ont surtout révélé les postures américaines dans les négociations, qui étaient, jusqu’à là, gardées secrètes. Les Européens – pouvoir, entreprises, société civile et consommateurs – réalisent un peu mieux quels sont les désidérata de Washington, plus particulièrement en terme d’accès au marché européen pour ses produits et services. Ils comprennent aussi qu’en cas d’aboutissement, les multinationales deviendront encore plus puissantes face aux Etats qu’elles pourraient traduire devant une justice spécialement conçue pour elles. L’Europe prend acte que pour les Américains, le principe de précaution en matière de santé publique ou de la protection de l’environnement n’est qu’une préoccupation secondaire.

    Cecilia Malmström, la cheffe négociatrice européenne, a tenté de minimiser la portée des TTIP-Leaks, allant jusqu’à les qualifier de «tempêtes dans un verre d’eau». C’est mépriser une opinion publique qui demande plus de clarté et de transparence dans la gestion des affaires publiques. Au lendemain des révélations, le président français François Hollande a déclaré qu’en l’état, la France ne signerait pas le TTIP. C’est une posture politicienne certes, mais elle apporte beaucoup d’eau au moulin des sceptiques. Aux Pays-Bas, des contestataires ont déjà décidé de soumettre l’éventuel accord à un référendum. D’autres pays pourraient suivre.

    Déjà un échec 

    Il n’est jamais inutile de regarder dans le rétroviseur. Entre 1995 et 1997, l’Accord multilatéral sur l’investissement (AMI) a été négocié secrètement au sein de l’OCDE par les vingt-neuf membres. Il proposait une libéralisation accrue des investissements transnationaux au détriment des principes comme l’exception culturelle, les droits des syndicats ou la protection de l’environnement. L’accord a été définitivement enterré en octobre 1998. Parce qu’il n’avait pas l’adhésion populaire. L’AMI avait aussi l’ambition de donner le pouvoir aux multinationales d’assigner les Etats en justice. Comme le TTIP.

    Puis, il y a l’Accord commercial anti-contre-façon, plus connu sous l’acronyme ACTA. Il a été négocié entre 2006 et 2010 par une quarantaine de pays. Finalement, il n'a été signé que par une trentaine de pays, l’Allemagne exclue. La ratification a enfin été suspendue à la suite de la polémique de la part de la société civile.

    Et il y a le CETA, l’Accord de libre-échange entre le Canada et l’Union européenne, conclu en octobre 2013. A cause de la contestation, son entrée en vigueur n’est pas pour demain.

    En fin de compte, TTIP pourrait être plus qu’une tempête dans un verre d’eau.


    votre commentaire


    Suivre le flux RSS des articles de cette rubrique
    Suivre le flux RSS des commentaires de cette rubrique