• Berlin refuse aux demandes grecques de réparations de guerre

    Berlin refuse aux demandes grecques de réparations de guerre

    Le gouvernement allemand refuse d’entrer dans un débat sur les responsabilités historiques et affirme que la question a été réglée par plusieurs accords.

    Des nombreux points de friction entre Athènes et Berlin, il en est un qui pousse l’Allemagne dans ses retranchements. Angela Merkel résiste.

    Son gouvernement vient à nouveau de rejeter en bloc les revendications émises par le parti Syriza, au pouvoir en Grèce : ni les demandes de réparations pour destructions et crimes de guerre, ni celles du remboursement d’un emprunt que la banque centrale grecque a dû accorder au IIIe Reich pendant l'occupation du pays (1941-1944) ne sont recevables. Mais l'agacement, voire la nervosité, sont palpables.

    La crainte d’ouvrir « une boîte de Pandore »

    Les « reproches tournés vers le passé ne sont d’aucun secours face aux défis actuels, que nous devons surmonter avec les Grecs », selon le ministère des Finances, dans une allusion directe aux négociations sur la dette grecque. Le gouvernement allemand craint d’ouvrir une boîte de Pandore en acceptant des discussions avec Athènes sur le sujet. D'autres pays pourraient lui emboîter le pas.

    « L’Allemagne a parfaitement conscience de sa responsabilité historique concernant les souffrances que le nazisme a causé dans beaucoup de pays d'Europe, a déclaré le porte-parole de la chancelière. Mais cela ne change rien à notre position et à notre ferme conviction que la question des réparations et des dédommagements à la Grèce a été réglée, dans tous ses aspects et de façon définitive ».

    Il reprenait ainsi les déclarations du ministre des affaires étrangères, Frank-Walter Steinmeier, lors d'une visite à Berlin de son homologue grec Nikos Kotzias, le 10 février. Le gouvernement allemand renvoie aux traités et accords signés par le passé, évitant de suivre le premier ministre grec Alexis Tsipras sur le terrain de la morale et des responsabilités historiques.

    Un paiement des réparations définitivement exclu pour le gouvernement allemand

    Sur le plan du droit, tout est clair, veut-on croire. En 1990, le Traité « 2+4 » (les deux Allemagne, les États-Unis, l’URSS, la Grande-Bretagne et la France), qui ouvre la voie à la réunification, se veut un « règlement définitif concernant l'Allemagne ».

    Sans être évoqué, le paiement de réparations aurait ainsi été définitivement exclu. La Grèce serait liée par ce Traité car signataire de la Charte de Paris du 21 novembre 1990, qui stipule : « Nous prenons acte avec une grande satisfaction du Traité portant règlement définitif concernant l'Allemagne ».

    Quant au prêt forcé, Berlin souligne qu’il s'agit d'une dette de guerre, et non d'un prêt classique entre États souverains. Son remboursement équivaudrait donc au paiement d'une réparation – ce qui est hors de question. Quoi qu'il en soit, ajoute le gouvernement, 70 ans après la fin de la Seconde guerre mondiale et 25 ans après la réunification, il est trop tard pour faire valoir ses droits.

    Sur la scène politique, seul le parti de la gauche radicale « Die Linke » comprend les revendications d’Athènes – mais le dit discrètement. Défendre la Grèce est risqué d'un point de vue électoral, alors que 52 % des Allemands sont favorables à une sortie du pays de la zone euro, et que 80 % estiment qu'il ne se comporte pas sérieusement dans les négociations avec ses partenaires européens, selon un sondage pour la télévision ZDF. On rappelle dans les rangs de Die Linke qu'une large partie de la dette allemande a été effacée après la Seconde guerre mondiale.

    Des estimations des sommes en jeu qui divergent

    Ses juristes estiment par ailleurs que la situation juridique n’est pas claire : on ne peut considérer que la Grèce a renoncé aux réparations en signant la Charte de Paris ; les 115 millions de Deutsche Mark versés par l'Allemagne au terme d'un accord bilatéral de 1960 constituent « des prestations aux ressortissants grecs touchés par les persécutions national-socialistes », non un dédommagement à l’État grec ; l'argument temporel est fallacieux car aucune revendication n'était possible avant la réunification de 1990, selon un accord signé à Londres en 1953.

    Les sommes en jeu font l’objet d'estimations divergentes. Entre 8 et 11 milliards d'euros pourraient être réclamés pour le prêt de 476 millions de Reichsmark accordé par la Banque nationale grecque au Reich allemand en 1942.

    La facture globale était évaluée à 162 milliards d’euros par la Cour des comptes grecque en 2012, tandis qu'une récente étude évoque une somme comprise entre 269 et 332 milliards d’euros – soit environ le montant de la dette du pays (320 milliards), ce que ne manquent pas de relever les médias allemands.


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