• L’Union Africaine se détourne du Burundi

    Le vingt-sixième sommet de l’Union africaine a décidé de ne pas intervenir militairement au Burundi.Choisi par ses pairs, c’est le Tchadien Idriss Déby qui prend la présidence tournante de l’UA.

    Après deux jours d’âpres négociations sur le dossier burundais, le 26e sommet de l’Union africaine (UA) s’est clôturé, dimanche 31 janvier, sur un constat d’échec. Elle n’enverra pas de soldats dans ce pays.

    Le 17 décembre, pourtant, le Conseil de paix et de sécurité (CPS) de l’UA en avait voté le principe. Il envisageait d’envoyer une force de 5 000 hommes, la Mission africaine de prévention et de protection au Burundi (Maprobu), pour enrayer la spirale de violence qui frappe ce pays, depuis le mois d’avril : depuis que le président Pierre Nkurunziza a annoncé se représenter pour un 3e mandat, alors que la Constitution n’en prévoit que deux.

    Le camp du refus l’emporte sur celui des interventionnistes

    Les partisans de la non-intervention ont su se faire entendre au CPS : en premier lieu, le Burundi qui, par la voix de son ministre des affaires étrangères, Alain-Aime Nyamitwe, a déclaré son refus tout net.

    D’autres pays ont pesé en ce sens comme l’Égypte, la Gambie et la Guinée équatoriale. En face d’eux, les partisans de l’intervention, dont le Nigeria et l’Afrique du Sud, n’ont pas su trouver la majorité requise des deux-tiers du CPS pour acter la Maprobu.

    Les espoirs mis dans la capacité et la motivation de l’Union africaine à intervenir au Burundi se sont donc, une nouvelle fois, révélés vains. Prenant acte de ce revers, le secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-Moon, devrait se rendre au Burundi dans le courant du mois de février. Dans ses dossiers, la menace d’une intervention militaire sous le pavillon de l’ONU.

    Idriss Déby, le nouveau roi de l’UA

    Désigné par ses pairs d’Afrique centrale, à qui revenait la présidence tournante de l’UA, Idriss Déby a été nommé président de l’organisation panafricaine, ce samedi 30 janvier. Il a succédé au Zimbabwéen Robert Mugabe, pour un mandat d’un an.

    À l’issue du sommet, lors de sa conférence de presse finale, le nouveau président de l’UA s’en est pris à la CPI, l’accusant de ne s’attaquer qu’aux Africains.

    La mobilisation contre Boko Haram

    Lundi 1er février, les représentants de la communauté internationale ont promis, au siège de l’UA, de dégager 250 millions de dollars (231 MEUR) pour financer la Force d’intervention conjointe multinationale (MNJTF) contre Boko Haram.

    Cette force de 8 700 militaires, policiers et civils, a été créée par les quatre pays riverains du lac Tchad – Nigeria, Cameroun, Tchad et Niger – et le Bénin. Parmi les donateurs, le Nigeria, l’Union européenne, le Royaume-Uni, la Suisse et la Communauté des États sahélo-sahariens.


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    Un accord historique pourrait mettre fin à 50 ans de guerre entre Bogota et les rebelles.

    L'ONU a accepté lundi 25 janvier 2016 de superviser le règlement final du conflit vieux d'un demi-siècle entre le gouvernement colombien et la guérilla marxiste des Farc (Forces armées révolutionnaires de Colombie)

    Aux termes d'une résolution du Conseil de sécurité adoptée à l'unanimité, une «mission politique» de l'ONU sera établie, à la demande des deux camps, avec des observateurs internationaux chargés de surveiller notamment le désarmement de la guérilla.

    La mission sera mise en place «pour une période de douze mois», avec une possibilité d'extension, afin de "surveiller et vérifier» un cessez-le-feu bilatéral définitif, la cessation des hostilités et le dépôt des armes par les deux camps.

    Délai de 30 jours

    L'ONU va «lancer immédiatement les préparatifs de la mission». Dans un délai de trente jours après la signature de l'accord de cessez-le-feu, son secrétaire général Ban Ki-moon devra soumettre au Conseil pour approbation des recommandations «sur la dimension, les aspects opérationnels et le mandat» de cette mission, qui sera composée «d'observateurs internationaux non armés».

    Ceux-ci seront recrutés parmi les pays de la Communauté des Etats d'Amérique latine et des Caraïbes (CELAC), qui tient mercredi un sommet à Quito.

    Le mandat et les détails du déploiement des observateurs devront faire l'objet d'une seconde résolution. Celle-ci pourrait être adoptée en février, mois pendant lequel la présidence du Conseil sera assurée par le Venezuela.

    Adopté par les 15 membres

    La ministre colombienne des Affaires étrangères Maria Angela Holguin Cuellar, qui participait à la réunion, a remercié le Conseil ainsi que les gouvernements de Cuba, de Norvège, du Chili et du Venezuela qui ont soutenu le processus de paix entre Bogota et les Farc.

    Elle a noté que c'est la quatorzième fois seulement en 70 ans d'existence des Nations unies qu'une résolution est à la fois co-parrainée et adoptée par l'ensemble des 15 membres du Conseil.

    «La volonté des membres du Conseil de travailler avec la Colombie est essentielle pour le succès du processus» de paix, a-t-elle déclaré, soulignant que les Colombiens «ont confiance dans leur capacité de réconciliation».

    «La paix en Colombie sera bonne non seulement pour nous mais pour la région», a-t-elle affirmé.

    Continent de paix

    «Nous montrons que l'Amérique latine est un continent de paix, débarrassé des conflits armés», a renchéri son homologue uruguayen Rodolfo Nin Novoa, qui présidait la session. L'Uruguay préside le Conseil en janvier.

    Il reste «beaucoup de travail» avant la paix, a averti l'ambassadrice américaine auprès de l'ONU Samantha Power en promettant l'aide des Etats-Unis à Bogota. Il faudra aussi, a-t-elle expliqué, rendre justice aux victimes, aider les communautés qui ont souffert du conflit et réintégrer les ex-guérilleros dans la société colombienne.

    L'ambassadeur britannique Matthew Rycroft, dont le pays a rédigé la résolution, a salué «un moment positif» pour les Nations unies.

    Un demi-siècle de conflit

    «Il y a bien longtemps qu'un pays n'avait pas sollicité de sa propre initiative le Conseil pour avoir une autorisation de l'ONU à d'importants aspects d'un accord de paix», a-t-il souligné. La guérilla des Farc et le gouvernement colombien s'affrontent depuis plus d'un demi-siècle.

    Leurs représentants avaient annoncé mardi dernier à La Havane un accord pour demander aux Nations unies de superviser la fin de leur conflit. Ils ont pris vendredi des dispositions pour accélérer les négociations qu'ils mènent depuis fin 2012 à La Havane.

    Il y a quelques mois, Bogota et les Farc ont convenu de signer un accord de paix définitif avant le 23 mars, qui mettra fin au conflit armé le plus ancien d'Amérique latine.

    Celui-ci a fait au moins 220'000 morts, six millions de déplacés et des dizaines de milliers de disparus. Les Farc, issues en 1964 d'une insurrection paysanne, comptent encore environ 7'000 combattants, selon les autorités.


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  • L'Union africaine va déployer 5000 hommes

    Même si Bujumbura s'opposait à l'envoi de cette mission, l'organisation prendrait des «mesures supplémentaires» pour en assurer le déploiement.

    L'Union africaine (UA) a annoncé samedi 19 décembre 2015 qu'elle allait envoyer une mission de 5000 hommes au Burundi pour tenter de stopper les violences dans ce pays. Elle a menacé Bujumbura de se déployer même sans son accord.

    L'envoi d'une Mission africaine de prévention et de protection au Burundi (Maprobu) «pour une période initiale de six mois, renouvelable» a été décidé vendredi par le Conseil de paix et de sécurité (CPS) de l'UA. Celui-ci a demandé au gouvernement burundais «de confirmer dans les 96 heures suivant l'adoption de ce communiqué qu'il accepte le déploiement de la Maprobu et de coopérer avec elle».

    Le CPS a prévenu que si Bujumbura devait s'opposer à l'envoi de cette mission, l'UA prendrait des «mesures supplémentaires» pour en assurer le déploiement.

    Accord peu probable

    Il est peu cependant probable que les autorités burundaises, qui ne cessent de dénoncer l'immixtion de la communauté internationale dans leur gestion de la crise politique dans laquelle est plongé le pays depuis huit mois, acceptent un déploiement militaire sur leur sol.

    Le porte-parole du gouvernement burundais, Philippe Nzobonariba, avait affirmé vendredi que cette force régionale, malgré la règle mentionnée par l'UA, ne serait pas autorisée à entrer sur le territoire national. «Ils ne peuvent pas envahir un pays si ce dernier n'est pas informé et ne l'autorise pas», avait-il déclaré.

    Le CPS a toutefois insisté sur sa «détermination à prendre toutes les mesures appropriées contre toutes parties ou acteurs, quel qu'ils soient, qui empêcheraient la mise en oeuvre de cette présente décision».

    Protection des civils

    La Maprobu comptera à ses débuts jusqu'à 5000 hommes, soldats et policiers, ainsi qu'une composante civile, et intégrera les observateurs des droits de l'Homme et experts militaires déjà déployés au Burundi, a expliqué le CPS.

    Elle aura pour objectif d'éviter «la détérioration de la situation sécuritaire», de contribuer «à la protection des populations civiles en danger immédiat», d'aider à créer les «conditions nécessaires» à la réussite d'un dialogue inter-burundais, et de faciliter «la mise en oeuvre de tout accord» auquel parviendraient les différentes parties.

    Aucun détail n'a été fourni sur les pays qui pourraient participer à cette mission. Le CPS a demandé à l'UA d'entamer rapidement des discussions avec ses Etats membres et avec les «pays de la région» impliqués dans la Force est-africaine en attente (EASF), pour qu'ils fournssent «les troupes et les policiers nécessaires» à la création rapide de cette mission.

    L'EASF est une composante régionale de la Force africaine en attente (FAA) et n'a encore jamais été déployée. Dix pays lui fournissent des troupes: le Burundi, les Comores, Djibouti, l'Ethiopie, le Kenya, l'Ouganda, le Rwanda, les Seychelles, la Somalie et le Soudan.

    Attaque meurtrière

    La décision du CPS intervient une semaine après l'attaque le 11 décembre de trois camps militaires à Bujumbura et en province, les affrontements les plus intenses au Burundi depuis une tentative ratée de coup d'Etat militaire en mai.

    Les affrontements et les opérations de ratissage qui ont suivi ont fait officiellement 87 morts, mais des ONG et l'ONU évoquent un bilan «bien plus élevé», dénonçant des exécutions extra-judiciaires.

    Le Burundi a plongé dans une profonde crise politique depuis la candidature fin avril de Pierre Nkurunziza à un troisième mandat jugé par ses adversaires contraire à la Constitution et à l'Accord d'Arusha ayant permis la fin de la guerre civile (1993-2006) entre l'armée dominée alors par la minorité tutsi et des rébellions hutu.


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  • Pourquoi le droit international humanitaire n'est-il pas appliqué?

    De l'Ukraine à la Syrie, en passant par l'Irak et la République centrafricaine, les conflits qui secouent la planète ont un point commun. Hormis leur nature destructrice, ils sont tous régis par le droit international humanitaire (également appelé droit humanitaire ou DIH), dont l'objectif est la protection de toutes les victimes de guerres.

    emier, relatif au secours des personnes ne prenant pas – ou plus – part aux hostilités (blessés, civils, prisonniers), le second, traitant des méthodes de guerre.

    Il est né le 22 août 1864, avec la ratification de la première convention de Genève, dont la préoccupation, à l'époque des champs de bataille et des affrontements entre armées impériales, était la seule protection des soldats blessés. Au même rythme que la guerre, le droit humanitaire s'est étoffé et complexifié, mais ses principes fondamentaux restent très simples :

    – l'interdiction de tuer ou de blesser un soldat qui a déposé les armes ;

    – la protection et l'accès aux malades et aux blessés par les services médicaux ;

    – l'obligation de permettre les secours essentiels à la survie de la population si le caractère humanitaire et impartial est garanti ;

    – la protection des combattants capturés contre des traitements inhumains ou dégradants ;

    – l'interdiction de prendre pour cible des civils. De plus, les attaques qui risquent de causer des victimes civiles doivent être évitées. Les civils ne peuvent pas être déplacés par la force ;

    – l'interdiction de détruire les moyens de survie des civils en s'attaquant aux cultures, aux réserves d'eau potable, aux installations médicales, aux habitations ou aux moyens de transport non militaires.

    Le droit humanitaire a été rédigé par le Comité international de la Croix-Rouge (CICR), organisation humanitaire suisse créée en 1863. Le CICR est le garant du droit international humanitaire ; c'est lui qui l'a soumis aux Etats pour ratification et son rôle est de rappeler les textes à ceux qui se sont engagés à les respecter et les faire respecter. Il n'agit en revanche pas en qualité de juge et s'appuie sur trois principes afin de protéger les victimes de conflits armés : l'indépendance, la neutralité et l'impartialité.

    Un autre pilier important du CICR est la confidentialité, une caractéristique qui lui vaut parfois d'être critiqué, notamment lorsqu'il est le témoin de violations du droit humanitaire. En effet, avant de rendre ces violations publiques, l'organisation va s'adresser, en toute confidentialité, à la partie concernée pour tenter de lui faire respecter le droit. C'est grâce à cette notion que le CICR estime qu'il peut obtenir la confiance de toutes les parties prenantes d'un conflit armé et donc venir en aide à toutes les victimes des guerres, sans distinction.

    On compte trois évolutions majeures du DIH. Tout d'abord, les conventions de Genève de 1949, qui reprennent le texte rédigé en 1864 et l'enrichissent, en s'appuyant notamment sur la convention de La Haye de 1907 concernant les lois de la guerre. Après la seconde guerre mondiale, il n'est donc plus seulement question des blessés sur le champ de bataille et des prisonniers de guerre : le DIH englobe également les méthodes de guerre, ainsi que la notion de protection des civils.

    Viennent ensuite deux protocoles additionnels de 1977, qui renforcent la protection des victimes dans les conflits armés internationaux, mais aussi pour la première fois dans les conflits armés internes, ou guerres civiles.

    Enfin, en 2005, une vaste étude menée sur la pratique de chaque Etat en matière de DIH est publiée par le CICR, et donne naissance à une base de données du droit humanitaire. Cet énorme travail a mis en évidence l'existence de 161 règles de droit international humanitaire coutumier qui permettent de contourner une faiblesse majeure du droit humanitaire : sa non-ratification par certains pays.

    Ainsi, après ses 150 années d'existence, le droit humanitaire est considéré comme étant « complet ». Pour Françoise Bouchet-Saulnier, directrice juridique de Médecins sans frontières et auteure du Dictionnaire pratique du droit humanitaire, pas question de parler d'obsolescence : « Le droit humanitaire fournit un cadre suffisant, à condition de l'interpréter et l'appliquer de bonne foi. »

    Une des principales limites du DIH, si ce n'est la plus importante, est sa mauvaise application : « Le problème de ce droit, ce n'est pas qu'il a vieilli, c'est qu'il est mal appliqué. Signé par 195 Etats, on peut le considérer comme étant quasi universel, pourtant, paradoxalement, il fait l'objet de violations répétées », explique Frédéric Joli, porte parole du CICR en France.

    Dans la pratique, le droit humanitaire est un socle, sur lequel s'appuient les belligérants et les organisations humanitaires lors d'un conflit armé. Chaque conflit armé fait l'objet d'un nouveau scénario, de nouvelles négociations pour le faire appliquer, et il est invoqué par les belligérants en fonction de leurs intérêts propres. C'est une des grandes difficultés du DIH : « Chaque partie interprète le droit à son avantage, il faut donc impérativement résister à l'interprétation de mauvaise foi des parties au conflit. Si on ne négocie pas les secours, on n'obtient rien. Le droit, ça se réclame », précise Françoise Bouchet-Saulnier.

    Afin de tenter remédier à cette faille, le CICR et la Suisse mènent depuis 2012 des consultations avec les Etats et des représentants de services de santé dans l'optique de trouver des moyens de mieux faire respecter le droit humanitaire.

    Seconde faiblesse majeure du DIH, l'absence, jusqu'en 2002, avec le lancement de la Cour pénale internationale, d'instruments permettant de sanctionner les violations du droit humanitaire lors de conflits internes. Pour autant, maintenant qu'un tel outil existe, son aspect à la fois coercitif et dissuasif rigidifie le DIH : « Le droit humanitaire s'est complexifié avec les tribunaux. Il est nécessaire de revenir à une application qui soit destinée à l'action et pas uniquement orientée vers la sanction », explique Françoise Bouchet-Saulnier. Par ailleurs, les premières années d'existence de la CPI n'ont pas montré beaucoup de résultats.

    L'actualité montre qu'il existe un gouffre entre la pratique du droit international humanitaire et les textes qui l'encadrent. Pour autant, en s'appuyant sur ces textes et en négociant au cas par cas, les organisations humanitaires parviennent à arracher des compromis pour l'appliquer.

    Pour David Forsythe, professeur à l'université du Nebraska-Lincoln (Etats-Unis) et spécialiste du CICR, le travail accompli par les organisations humanitaires est à la fois insuffisant et déterminant : « Le monde est en si piteux état. Parfois, je me dis qu'il est remarquable que nous puissions mener la moindre opération humanitaire. Les organisations font un travail exceptionnel, même si elles n'arrivent pas à des résultats exceptionnels. »


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    L'Organisation pour l'interdiction des armes chimiques (OIAC) n'a toutefois désigné aucun responsable dans un rapport confidentiel.

    Du gaz moutarde a été utilisé cet été lors de combats en Syrie, a confirmé pour la première fois l'Organisation pour l'interdiction des armes chimiques (OIAC), qui, conformément à son statut, n'a désigné aucun responsable.

    Les experts en armes chimiques ont conclu que ce gaz asphyxiant avait été utilisé le 21 août à Marea, une ville de la province d'Alep (nord). Un rapport encore confidentiel a été envoyé aux Etats membres de l'OIAC, qui doivent se réunir fin novembre.

    Des militants syriens et des ONG médicales avaient déjà affirmé fin août qu'une attaque à l'arme chimique avait touché des dizaines de personnes à Marea, où des combats opposaient des rebelles à des djihadistes du groupe Etat islamique (EI).

    Des patients soignés dans un hôpital d'Alep rattaché à Médecins sans Frontières avaient évoqué un obus de mortier dégageant «un gaz jaune» dans leur maison. Selon des militants présents sur place au moment des faits, plus de 50 obus avaient été tirés ce jour-là sur Marea par l'EI.

    Du chlore utilisé par Damas?

    Les accusations de recours aux armes chimiques par l'EI se sont multipliées ces derniers mois en Irak comme en Syrie, où le groupe djihadiste, occupe de vastes régions.

    Washington, Londres et Paris avaient également accusé en août le régime syrien d'avoir utilisé du gaz de chlore contre des rebelles.

    Le régime syrien est censé avoir détruit tout son arsenal chimique, aux termes d'un accord américano-russe de septembre 2013 qui lui a permis d'éviter des bombardements occidentaux - après, déjà, des accusations d'utilisation de chlore. Mais l'OIAC a conclu, en 2014, que du gaz de chlore avait été utilisé dans le conflit.

    Déclenché en 2011 après la répression sanglante de manifestations réclamant des réformes, le conflit en Syrie est devenu complexe au fil des années, avec une multiplication des acteurs, locaux et étrangers, sur un territoire de plus en plus morcelé. Il a causé la mort de plus de 250'000 personnes et poussé à la fuite des millions de Syriens.

    L'émissaire de l'ONU pour la Syrie, Staffan de Mistura, rendra compte mardi prochain au Conseil de sécurité des Nations unies des entretiens qu'il a eus à Damas, Moscou et Washington sur le conflit, dans le cadre d'initiatives pour lancer des discussions entre le régime syrien et son opposition, après quatre ans et demi de tueries, selon des diplomates.

    Violents combats à Morek

    Sur le front, après une «violente offensive», le groupe djihadiste, Jund al-Aqsa a délogé l'armée syrienne de Morek (centre), l'unique localité sur la stratégique autoroute reliant Alep à Hama aux mains des militaires, dont des «dizaines» ont été tués ou blessés, selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH).

    Jund al-Aqsa a crié victoire sur son compte Twitter mais une source militaire syrienne en a relativisé l'ampleur: «Des hommes armés sont entrés dans Morek mais ils ne s'en sont pas emparés et des combats violents se poursuivent. Les aviations syrienne et russe s'en occupent».

    Pour Jeff White, expert militaire auprès du Washington Institute, cette défaite «montre la faiblesse d'une proportion importante de l'armée dans les opérations offensives mais aussi défensives».

    La Russie bombarde toujours

    Et dans l'est, à Boukamal (est), à la frontière irakienne, au moins 22 civils ont péri dans des bombardements aériens contre l'EI, dont les auteurs ne sont pas identifiés, selon l'OSDH.

    Alliée indéfectible du régime de Bachar el-Assad, la Russie, par la voix de son commandant des forces aériennes Viktor Bondarev, a annoncé le déploiement en Syrie de systèmes de missiles antiaériens pour protéger ses hommes.

    Outre les avions de la Russie et du régime syrien qui bombardent les rebelles et les djihadistes , des appareils de la coalition internationale conduite par les Etats-Unis mènent des raids en Syrie principalement contre l'EI.

    Pour la seconde fois cette semaine, la Russie a annoncé avoir bombardé la région de Pamlyre (centre), un fief de l'EI, en précisant que les cibles visées étaient éloignées des sites historiques.

    Enfin, dans l'est du Liban, frontalier de la Syrie, au moins six religieux sunnite syriens ont été tués et cinq blessés dans un attentat-suicide à Aarsal.


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  • «Le Front Polisario n’est pas l’allié des terroristes»

    Très actif sur le front diplomatique, le mouvement sahraoui vient d’adhérer aux Conventions de Genève.

    A la fin de l’été, le Front Polisario, qui conteste le droit du Maroc à exercer son emprise sur le territoire du Sahara occidental, a annoncé qu’il avait formellement adhéré aux Conventions de Genève. Une première pour un mouvement armé. Rabat n’a pas du tout apprécié que la Suisse, Etat dépositaire des Conventions, entérine une démarche qui renforce la légitimité et la représentativité des Sahraouies au sein des instances internationales. Mhamed Khadad, coordinateur du Front Polisario avec l’ONU, est l’un des artisans de ce succès diplomatique.

    Pourquoi teniez-vous tant à adhérer aux Conventions de Genève?

    Parce que nous voulons, en tant que mouvement de libération, mener notre combat sur le terrain du droit international et obtenir l’organisation d’un référendum d’autodétermination. A deux reprises depuis 1975, nous avons déclaré que nous nous engagions à respecter les Conventions de Genève. Nous avions effectué des démarches en 1989 auprès de la Suisse, Etat dépositaire, pour que cela soit acté dans les formes légales. A l’époque, notre démarche n’a pas été prise en considération parce que le Maroc n’avait pas adhéré lui-même à ces Conventions. Il l’a fait en 2011, c’est pour cela que nous avons réitéré notre demande et qu’elle a été, cette fois, prise en compte.

    Est-ce que les choses bougent?

    L’ONU doit faire respecter le droit à l’autodétermination du peuple sahraoui. Elle s’y est engagée et doit même fixer une date. En juillet 2015, l’Union africaine a rappelé à la communauté internationale qu’elle devait tenir ses engagements. Nous vivons une occupation et nous mènerons toutes les actions en justice nécessaires pour faire respecter notre droit et aboutir à une solution juste et définitive.

    Quelle est la prochaine échéance?

    L’envoyé du secrétaire général de l’ONU pour le Sahara occidental, Christopher Ross, s’est rendu sur place, il va remettre son rapport au début du mois de novembre. Nous espérons une visite de Ban Ki-moon en décembre dans la région.

    Le Maroc vous accuse de faire le jeu des terroristes islamistes. Que répondez-vous?

    Depuis le début du conflit, le Maroc nous traite tantôt de communistes, tantôt de terroristes islamistes. C’est de la propagande. Le Front Polisario n’est pas une passerelle avec les terroristes islamistes. Le Mujao nous a attaqués. Le problème du Sahel, c’est la drogue et le cartel de Gao.

    Ce conflit n’est-il pas un frein au développement de la région?

    Evidemment que cette situation freine le développement de la région. Mais le premier enjeu, c’est la démocratie.

    Clash diplomatique entre Rabat et Stockholm

    Le moins que l’on puisse dire est que Rabat n’a pas du tout apprécié l’initiative des Suédois, qui vont autoriser la République arabe sahraouie démocratique, émanation du Front Polisario, à ouvrir une représentation sur leur territoire. Cette décision a entraîné un véritable cataclysme jusqu’au sommet du royaume. Tous les partis politiques font front commun pour dénoncer cette «immixtion inacceptable» dans les affaires du pays.

    C’est le deuxième succès diplomatique du Front Polisario après son adhésion aux Conventions de Genève (lire ci-dessus). Il y a quelques semaines, Rabat manifestait sa colère auprès des autorités suisses. Maintenant, c’est le soutien des autorités suédoises au mouvement sahraoui qui est source de crispation. A Rabat, on est d’autant plus furieux que l’Etat marocain ne dispose pas lui-même de représentation en Suède. Ce coup de froid diplomatique a entraîné le blocage de l’inauguration du premier magasin Ikea du Maghreb, qui devait ouvrir ses portes il y a quelques jours à Zenata (Casablanca). Officiellement pour un problème de «certificat de conformité».

    La réaction de la Suède ne s’est pas fait attendre. Plusieurs enseignes ont stoppé à leur tour «l’importation et la vente des produits agricoles provenant du Sahara». Le boycott n’affecte pas seulement les produits agricoles, mais aussi d’autres produits comme le poisson. Ancienne colonie espagnole majoritairement contrôlée par le Maroc, le Sahara occidental est revendiqué par les indépendantistes du Front Polisario. Rabat propose une large autonomie sous sa souveraineté tandis que le Front Polisario, soutenu par Alger, réclame un référendum d’autodétermination.


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  • La stratégie militaire contre l'EI étrillée au Sénat

    Etats-UnisLe chef militaire des forces américaines au Moyen-Orient a dû reconnaître mercredi 16 septembre 2015 son incapacité à contrer les islamistes en Syrie.

    «Ceux qui sont au combat sont... nous parlons de quatre ou cinq», a indiqué le général Lloyd Austin, pressé de questions par la commission des forces armées du Sénat, présidée par le républicain John McCain. «C'est une blague», a commenté la sénatrice républicaine Kelly Ayotte. «Un échec total» a renchéri son collègue républicain Jeff Sessions.

    Le chiffre ridiculement bas vient donner de l'eau au moulin de ceux aux Etats-Unis qui critiquent l'inefficacité de l'administration Obama contre le groupe Etat islamique (EI), alors que des dizaines de milliers de réfugiés tentent de rejoindre l'Europe. Le problème «n'est pas que nous ne fassions rien contre le groupe Etat islamique», a tonné le sénateur John McCain. «C'est qu'il n'y a pas de raison évidente de croire que tout ce que nous faisons actuellement sera suffisant».

    Obama poussé à s'engager davantage

    Le sénateur McCain et beaucoup de républicains poussent l'administration Obama à davantage engager l'armée américaine dans le combat contre le groupe EI. Le sénateur de l'Arizona est par exemple partisan d'envoyer des forces spéciales américaines sur le terrain pour guider les frappes des avions de la coalition. Mais l'administration Obama s'en tient fermement à son objectif de ne pas déployer de soldats américains sur le terrain. Les opérations terrestres doivent être laissées à la charge exclusive des forces locales, appuyées par des frappes aériennes de la coalition, estime-t-elle. Et cette stratégie fonctionne dans certains endroits, a argumenté le général Austin devant les sénateurs.

    Dans le nord-est de la Syrie, les forces kurdes et des groupes arabes «ont fait un travail extraordinaire», écartant le groupe Etat islamique d'une grande partie de la frontière avec la Turquie, a-t-il souligné. Ils «ont repoussé le groupe Etat islamique à 40 kilomètres de Raqa», la capitale auto-proclamée du groupe extrémiste, a-t-il souligné. Le général Austin a aussi rappelé les chiffres nettement plus flatteurs du programme de formation et d'équipement des troupes irakiennes. «Aujourd'hui, près de 13'000 soldats irakiens» ont été formés, et «plus de 3000 sont en cours de formation», a-t-il indiqué. «Plus de 3100 combattants» des tribus sunnites ont aussi été formés, avec 750 en cours de formation, a-t-il affirmé.

    500 millions de dollars pour 54 combattants

    En ce qui concerne la Syrie, le Pentagone avait annoncé au démarrage du programme en début d'année un objectif de former 5000 combattants la première année, dans un programme estimé au total à 500 millions de dollars. Mais seuls 54 combattants ont été formés jusqu'à maintenant et la plupart d'entre eux ont été attaqués par un groupe lié à Al Qaida dès leur arrivée en Syrie. Une centaine de combattants seulement sont actuellement en cours de formation, selon les chiffres fournis mercredi au Sénat par une responsable du Pentagone, Christine Wormuth, qui témoignait avec le général Austin.

    Depuis le début, le programme se heurte à des problèmes de recrutement. Le Pentagone a établi des critères de sélection extrêmement rigoureux pour sélectionner des volontaires, éliminant impitoyablement des milliers de candidats, selon ses propres chiffres. Washington a aussi clairement indiqué que les futurs combattants devraient se battre contre le groupe EI, et non contre le régime de Bachar el-Assad, un repoussoir pour nombre de combattants syriens. La CIA anime parallèlement un programme clandestin d'entraînement de rebelles en Syrie.

    Devant les sénateurs, le général Austin a dû aussi se justifier sur la fronde d'analystes du renseignement du Centcom. Certains accusent leur hiérarchie d'avoir délibérément enjolivé leurs rapports sur la situation sur le terrain, et l'inspection générale du Pentagone a lancé une enquête. «Vous pouvez être sûrs que je prendrai toutes les actions appropriées», a déclaré le général devant les sénateurs, en promettant de protéger tous les analystes qui ont pris le risque de dénoncer leurs chefs.


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  • « La violence sexuelle dans les conflits doit être traitée comme un crime de guerre : cela ne peut plus être considéré comme un dommage collatéral malheureux de la guerre. »

    –Mme Zainab Hawa Bangura , Représentante spéciale du Secrétaire général
    chargée de la question des violences sexuelles commises en période de conflit

     

    Les victimes des conflits armés contemporains sont beaucoup plus souvent des civils que des soldats. Selon la Campagne des Nations Unies contre la violence sexuelle en période de conflit EN, les civils, surtout les femmes et les enfants, représentent la très grande majorité des victimes dans les guerres d’aujourd’hui. Les femmes, en particulier, peuvent affronter des formes destructives de violence sexuelle, qui sont parfois exploitées systématiquement pour atteindre des objectifs militaires ou politiques.

    Le viol commis en temps de guerre a souvent pour but de terroriser la population, de briser les familles, de détruire les communautés et, dans certains cas, de changer la composition ethnique de la génération suivante. Parfois, il sert aussi à transmettre délibérément aux femmes le VIH ou à rendre les femmes de la communauté visée incapables de porter des enfants.

    Au Rwanda, en 1994, de 100 000 à 250 000 femmes ont été violées durant les trois mois du génocide.

    Les institutions des Nations Unies évaluent à plus de 60 000 le nombre de femmes qui ont été violées durant la guerre civile en Sierra Leone (1991-2002), plus de 40 000 au Libéria (1989-2003), jusqu'à 60 000 dans l’ex-Yougoslavie (1992-1995) et 200 000 au moins en République démocratique du Congo depuis 1998.

    Même après la fin d’un conflit, les impacts de la violence sexuelle persistent, notamment les grossesses non désirées, les infections sexuellement transmissibles et la stigmatisation. Une violence sexuelle généralisée peut elle-même continuer, voire augmenter, au lendemain du conflit du fait de l’insécurité et de l’impunité. Et, pour répondre aux besoins des survivantes – notamment soins médicaux, traitement du VIH, appui psychologique, aide économique et recours juridique –, il faut des ressources que la plupart des pays sortant d’un conflit ne possèdent pas.

    Reconnaissance de la violence sexuelle comme crime international

    Pendant des siècles, la violence sexuelle en période de conflit a été tacitement acceptée et jugée inévitable. Un rapport de l’ONU (1998) EN sur la violence sexuelle et le conflit armé note qu’à travers les siècles les armées ont vu dans le viol une part légitime du butin de guerre.

    Durant la Seconde Guerre mondiale, toutes les parties au conflit ont été accusées de viols massifs, et pourtant aucun des deux tribunaux créés par les pays alliés vainqueurs afin de poursuivre les crimes de guerre – à Tokyo et à Nuremberg – n’a reconnu le caractère criminel de la violence sexuelle.

    Ce n’est pas avant 1992, en présence des viols répandus de femmes dans l’ex-Yougoslavie, que la question s’est imposée à l’attention du Conseil de sécurité des Nations Unies. Le 18 décembre 1992, le Conseil a déclaré que la détention et le viol massif, organisé et systématique de femmes, en particulier de femmes musulmanes, en Bosnie-Herzévogine constituaient un crime international qu'on ne pouvait ignorer.

    Par la suite, le Statut du Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie (ICTY, 1993) a inclus le viol parmi les crimes contre l’humanité, parallèlement à d’autres crimes comme la torture et l’extermination, quand il est commis dans un conflit armé et dirigé contre une population civile. En 2001, l’ICTY est devenu le premier tribunal international à trouver un accusé coupable de viol en tant que crime contre l’humanité. En outre, le Tribunal a élargi la définition de l’esclavage en tant que crime contre l’humanité pour y inclure l’esclavage sexuel. Auparavant, le travail forcé était l’unique type d’esclavage à être considéré comme un crime contre l’humanité.

    Le Tribunal pénal international pour le Rwanda (ICTR, 1994) a également déclaré que le viol constituait un crime de guerre et un crime contre l’humanité. En 1998, l’ICTR est devenu le premier tribunal international à trouver un accusé coupable de viol en tant que crime de génocide (c'est-à-dire utilisé pour perpétrer un génocide). Le jugement rendu contre un ancien maire, Jean-Paul Akayesu, a considéré que le viol et l’agression sexuelle constituaient des actes de génocide dans la mesure où ils avaient été commis avec l’intention de détruire, en tout ou en partie, le groupe ethnique Tutsi.

    Le Statut de Rome de la Cour pénale internationale, en vigueur depuis juillet 2002, comprend le viol, l’esclavage sexuel, la prostitution forcée, la grossesse forcée, la stérilisation forcée ou toute autre forme de violence sexuelle de gravité comparable parmi les crimes contre l’humanité quand ils sont commis de manière généralisée et systématique. Les mandats d’arrêt émis par la CPI comportent plusieurs inculpations de viol conçu tant comme un crime de guerre que comme un crime contre l’humanité.

    Changer la loi internationale et les lois nationales constitue une étape majeure vers la fin de la violence sexuelle et le châtiment de ses auteurs, mais cela ne peut avoir de résultats à moins d’un changement fondamental dans les attitudes concernant les sévices sexuels à l’égard des femmes.

    « Actuellement, la femme qui subit un viol est la personne qui est stigmatisée et frappée d’exclusion”, déclare le Dr. Denis Mukwege Mukengere, directeur de l’hôpital Panzi à Bukavu, en République démocratique du Congo. “En plus des lois, il faut que la sanction sociale cesse de frapper la femme. Nous devons arriver à un point où la victime obtient l’appui de la communauté, et où l’homme qui commet le viol est la personne qui est stigmatisée, exclue et pénalisée par la communauté entière. »

    Le Conseil de sécurité des Nations Unies

    Le Conseil de sécurité des Nations Unies a beaucoup fait ces dernières années pour aider à sensibiliser et déclencher une action contre la violence sexuelle en période de conflit:

    • Dans sa résolution 1325 (2000), le Conseil de sécurité a appelé les États Membres à accroître la participation des femmes à la prévention et à la résolution des conflits, ainsi qu’au maintien et à la promotion de la paix et de la sécurité. Il a demandé à toutes les parties à un conflit armé de respecter pleinement le droit international applicable aux droits des femmes et des filles en tant que personnes civiles et d’incorporer dans leur législation les politiques et procédures qui protègent les femmes des crimes sexistes tels que le viol et l’agression sexuelle.
    • Dans sa résolution 1820 (2008), le Conseil de sécurité a demandé qu'il soit mis fin aux actes de violence sexuelle à l’égard des femmes et des filles en tant que tactique de guerre, et mis fin à l’impunité des auteurs de ces crimes. Il a demandé au Secrétaire général et à l’ONU de fournir une protection aux femmes et aux filles dans les interventions sécuritaires conduites par l’ONU, notamment dans les camps de réfugiés, et d’inviter les femmes à participer à tous les aspects du processus de paix.
    • Dans sa résolution 1888 (2009), le Conseil de sécurité a exposé en détail les mesures propres à protéger davantage les femmes et les enfants de la violence sexuelle dans les situations de conflit, par exemple la demande faite au Secrétaire général de nommer un représentant spécial chargé de diriger et coordonner l’action des Nations Unies sur la question, d’envoyer une équipe d’experts sur le lieu des situations particulièrement préoccupantes, et de donner pour mandat aux soldats de la paix de protéger les femmes et les enfants.
    • Dans sa résolution 1889 (2009), le Conseil de sécurité a réaffirmé la résolution 1325, condamné la poursuite de la violence sexuelle à l’égard des femmes dans les situations de conflit, et exhorté les États Membres de l’ONU et la société civile à prendre en considération la nécessité de protéger et d’autonomiser les femmes et les filles, y compris celles qui se sont jointes à des groupes armés, dans la programmation d’après-conflit.
    • Dans sa résolution 1960 (2010), le Conseil de sécurité a demandé au Secrétaire général de dresser la liste des parties soupçonnées de manière crédible de commettre des violences sexuelles ou d’en être responsables dans les situations inscrites à l’ordre du jour du Conseil. Il a également demandé que soient pris des arrangements en matière de suivi, d’analyse et d’établissement de rapport concernant expressément les violences sexuelles liées aux conflits.
    • Dans sa résolution 2106 (2013), le Conseil de sécurité vise à renforcer la surveillance et la prévention de la violence sexuelle dans les conflits.
    • Dans sa résolution 2122 (2013), le Conseil de sécurité a réitéré l'importance de la participation des femmes dans la prévention des conflits, la résolution et la consolidation de la paix.

    La Campagne des Nations Unies

    En 2007, les activités de diverses institutions des Nations Unies visant à lutter contre la violence sexuelle ont été groupées dans le cadre de la Campagne des Nations Unies contre la violence sexuelle en période de conflit EN avec le résultat d’unir les activités de 13 entités des Nations Unies. Il s’agit d’un effort concerté du système des Nations Unies pour améliorer la coordination et la responsabilisation, amplifier la programmation et les activités de plaidoyer, et appuyer les efforts nationaux visant à prévenir la violence sexuelle et à répondre efficacement aux besoins des survivantes.

    La Campagne des Nations Unies a, par exemple, prêté assistance à la conception et à la mise en œuvre de la Stratégie globale de lutte contre la violence sexuelle en République démocratique du Congo, aussi bien qu’au Programme commun Gouvernement-ONU sur la violence sexuelle au Libéria.

    Financée par l’Aid Agency du Gouvernement australien (AusAID), la Campagne des Nations Unies EN a aussi, de concert avec le Département des opérations de maintien de la paix et la Représentante spéciale du Secrétaire général chargée de la question des violences sexuelles commises en période de conflit, documenté en détail les meilleures pratiques des forces de maintien de la paix pour faire face aux violences sexuelles liées aux conflits. Depuis le lancement des patrouilles du bois de feu au Darfour jusqu’à la création des escortes au marché, des patrouilles de nuit et des systèmes d’alerte précoce en République démocratique du Congo, l’inventaire analytique des pratiques des forces de maintien de la paix dresse le catalogue des activités directes et indirectes menées pour lutter contre les violences sexuelles durant une guerre et à son lendemain.

    Tous unis pour mettre fin à la violence à l’égard des femmes

    En 2008, le Secrétaire général Ban Ki-moon a lancé Tous unis pour mettre fin à la violence à l’égard des femmes – campagne visant à prévenir et éliminer la violence à l’égard des femmes et des filles partout dans le monde, en temps de guerre et en temps de paix. La campagne rassemble un grand nombre d’institutions des Nations Unies et associe ses forces à celles des individus, de la société civile et des gouvernements pour mettre fin à la violence à l’égard des femmes sous toutes ses formes.

    La Représentante spéciale du Secrétaire général

    En 2010, à la suite de la résolution 1888 du Conseil de sécurité, le Secrétaire général a nommé Margot Wallström Représentante spéciale du Secrétaire général chargée de la question des violences sexuelles commises en période de conflit. Elle a été remplacée en septembre 2012 par Zainab Hawa Bangura. La Représentante spéciale a pour tâche d’assurer un leadership cohérent et stratégique et de promouvoir la coopération et la coordination dans le cadre de la Campagne des Nations Unies.

    Quand elle a assumé ses fonctions, Mme Bangura, ancienne Ministre de la santé et de l'assainissement du Sierra Leone, a défini cinq priorités qui orienteraient son mandat :

    • mettre fin à l’impunité pour les auteurs et rechercher la justice pour les victimes;
    • protéger et autonomiser les civiles qui font face à la violence sexuelle dans les conflits, en particulier les femmes et les fille ciblées de façon disproportionnée par ces crimes;
    • mobiliser les dirigeants politiques pour résoudre ce problème;
    • Renforcer la coordination et assurer une réponse plus cohérente du système des Nations Unies
    • faire davantage reconnaître dans la violence sexuelle une tactique de guerre; et
    • insister sur l'appropriation nationale, le leadership et la responsabilité dans la lutte pour mettre fin à ce fléau.

    Rapport annuel du Secrétaire général

    Le dernier rapport du Secrétaire général sur la violence sexuelle dans les conflits a été présenté au Conseil de sécurité le 14 mars 2013. Le rapport passe en revue 22 zones de conflit, y compris le Mali pour la première fois, et présente des informations sur les parties au conflit soupçonnées de façon crédible d'avoir commis ou d'être responsables d'actes de viol et d'autres formes de violence sexuelle. Le rapport souligne aussi l'urgence de s'assurer que les considérations de violence sexuelle soient explicitement et systématiquement prises en compte dans les processus de paix et les accords de paix, dans toutes les réformes du secteur de la sécurité, ainsi que dans tous les processus de Désarmement, Démobilisation et Réintégration dans lequel l'ONU est impliquée.

    Le rapport de 2012 intitulé « Violences sexuelles liées aux conflits : rapport du Secrétaire général » a nommé pour la première fois des forces militaires, milices et autres groupes armés qui sont soupçonnés de figurer au nombre des pires auteurs de ces violences. Les groupes énumérés dans le rapport comprennent l’Armée de résistance du Seigneur en République centrafricaine et au Soudan du Sud, des milices armées et d’anciens membres des forces armées en Côte d’Ivoire, ainsi que des groupes et éléments des Forces Armées de la République démocratique du Congo.

    Le rapport fournit aussi des exemples de la manière dont les violences sexuelles ont menacé la sécurité et entravé le renforcement de la paix dans des situations d’après-conflit, par exemple au Tchad, en République centrafricaine, au Népal, à Sri Lanka, au Timor-Leste, au Libéria, en Sierra Leone et en Bosnie-Herzégovine, et de la manière dont elles ont été utilisées dans le contexte d’élections, de luttes politiques et de désordres civils en Égypte, en Guinée, au Kenya et en Syrie, parmi d’autres pays.

    Pour de plus amples informations, prière de consulter les sites Halte aux viols  et Tous unis pour mettre fin à la violence à l'égard des femmes.


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    L'accord de paix échoue au Soudan du Sud

    Les belligérants de la guerre civile qui ravage depuis décembre 2013 le Soudan du Sud ne sont pas parvenus à un accord de paix total lundi 17 août 2015 à Addis Abeba.

    Malgré un ultimatum pour trouver un accord de paix et les menaces de sanctions, les deux parties ont à nouveau échoué à conclure lundi cet accord de paix. Le gouvernement a refusé, à la différence des rebelles, de signer le document négocié et a réclamé un nouveau délai.

    Au total, 199'602 civils, soit un tiers de plus en à peine plus d'un mois, s'entassent actuellement dans les huit bases de la Mission de l'ONU au Soudan du Sud (Minuss), réparties dans six localités à travers le pays, dont Juba la capitale. Il s'agit d'un nombre jamais atteint en 20 mois de guerre civile, selon l'ONU.

    Certains ont rejoint ses bases dès le début du conflit, quand des combats ont éclaté le 15 décembre à Juba. Les affrontements se sont ensuite propagés à l'intérieur du pays, au sein de l'armée sud-soudanaise, minée par les antagonismes politico-ethniques, sur fond de rivalité à la tête du régime entre le président Salva Kiir et son ancien vice-président Riek Machar, limogé six mois plus tôt.

    Risques de famine

    Le plus gros contingent - plus de 121'000 personnes - est réfugié dans la base de Bentiu, capitale de l'Etat septentrional d'Unité, un des principaux champs de bataille du conflit, faisant de ce camp le plus large regroupement de population derrière la capitale Juba.

    A Malakal, capitale de l'Etat du Haut-Nil lui aussi théâtre d'intenses combats, plus de 16'000 personnes sont arrivées depuis mi-juillet dans la base de l'ONU, qui héberge désormais quelque 46'500 réfugiés.

    Quelques 2,2 millions de personnes ont été chassées de chez elles par les combats, accompagnés de massacres ethniques et d'atrocités contre les civils. L'ONU estime que plus de 70% des 12 millions d'habitants ont besoin d'aide pour survivre et qui met en garde contre les risques de famine.


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  • les Casques bleus témoignent des défis auxquels se heurte le maintien de la paix

    17 juin 2015 – Du Mali au Soudan du Sud, en passant par Chypre et le plateau du Golan, les Casques bleus des Nations Unies font face à des défis de plus en plus importants s'agissant du maintien de la paix et de la sécurité, a déclaré mercredi le Secrétaire général adjoint des Nations Unies aux opérations de maintien de la paix, Hervé Ladsous.

    Lors d'une réunion du Conseil de sécurité ce matin, M. Ladsous a salué le courage et la détermination dont font preuve, dans l'exercice de leurs fonctions, les commandants de la force de trois missions de l'ONU présents à ses côtés : la Mission de l'ONU au Soudan du Sud (MINUSS), la Mission de stabilisation multidimensionnelle intégrée au Mali (MINUSMA) et la Force des Nations Unies chargée d'observer le désengagement (FNUOD).

    Parallèlement, a-t-il dit, ces trois responsables militaires de l'ONU peuvent également témoigner des défis croissants auxquels les troupes placées sous leur commandement ont été confrontées dans leur différents théâtres d'opérations, notamment en raison de l'ampleur sans précédent de difficultés en matière de protection des civils, dans le respect des demandes imposées par les pays fournisseurs de contingents et dans la manière de répondre aux « menaces asymétriques ».

    Détaillant les aspects les plus urgents de maintien de la paix au Soudan du Sud, où une crise qui ne cesse d'empirer a provoqué le déplacement de plus de 2 millions de personnes et plongé environ 4,6 millions autres dans une insécurité alimentaire sévère, le Commandant de la Force de la MINUSS, le Général de division Yohannes Gebremeskel Tesfamariam, a déclaré que la protection des civils ne consistait pas seulement à garantir la sécurité, mais aussi la liberté de circulation des personnes.

    « La capacité de se déplacer et de protéger de manière proactive les civils là où ils vivent, d'assurer leur liberté de mouvement et leurs moyens de subsistance, doit être une priorité de la mise en œuvre du mandat de protection des civils », a-t-il expliqué.

    Plus de 140.000 Sud-Soudanais sont actuellement hébergés dans des bases de l'ONU, en quête de sécurité et d'aide humanitaire après deux ans de conflit.

    M. Tesfamariam a cependant prévenu que les sites civils de l'ONU sont de plus en plus fréquemment la cible d'attaques. Il a notamment mentionné un incident récent, qui s'est produit entre le 19 et le 21 mai, au cours duquel plus de 20 obus d'artillerie et des balles ont été tirés contre la base de la MINUSS à Melut, dans le nord du pays. Cet incident et d'autres menaces du même ordre ont contribué à pousser au maximum les capacités opérationnelles de la Mission.

    « Bien entendu, la protection des civils mobilise des ressources opérationnelles considérables, sur les plans logistique, financier et humain », a-t-il poursuivi. « Les restrictions auxquelles nous sommes confrontées à cet égard, en particulier l'absence de catalyseurs essentiels, tels que le soutien aérien rapproché, des moyens logistiques adéquat et des services de renseignement et de reconnaissance, ont un impact négatif sur notre dispositif d'alerte précoce ».

    L'appel à des équipements renforcé a été repris à son compte par le Général de division Michael Lollesgaard, commandant de la Force de la MINUSMA au Mali, où les troupes de l'ONU sont actuellement déployées dans l'une des régions les plus dangereuses du monde pour la paix. Ses troupes ont souvent été la cible de groupes armés opérant dans l'ensemble de ce vaste pays. Des attaques récentes commises fin avril ont notamment fait de nombreuses victimes.

    « Nous devons être tout à fait capables de faire face à cet environnement sous tous ses aspects », a déclaré le haut gradé. « Cela signifie une capacité à faire face à des groupes armés hostiles dissimulés parmi la population, ainsi qu'à des climats, une géographie et une infrastructure difficiles ».

    A cette fin, a-t-il dit, les Casques bleus de l'ONU doivent être correctement formés préalablement à leur déploiement ; bien équipés ; soutenus au niveau logistique ; et installés dans des « camps bien protégées où ils disposeront de bonnes conditions de vie ».

    « Je sais que cela semble beaucoup », a-t-il admis, « mais c'est ce dont nous avons besoin si nous voulons être en mesure de survivre dans un environnement asymétrique ».

    Les défis auxquels font face les Casques bleus vont cependant au-delà de leurs besoins opérationnels immédiats et comportent également des obstacles politiques distincts, a observé le général de division Michael Finn, chef d'état-major de la FNUOD, qui a mentionné l'imposition de conditions par les pays contributeurs comme une « restriction significative » aux opérations à travers le monde.

    Les conditions préalables, a affirmé le Général de division, demeurent un obstacle sérieux à toutes les missions de l'ONU et limitent la capacité de commandement et de contrôle sur les théâtres d'opération, ce qui pourrait compromettre la capacité des Casques bleus à remplir leur mission.

    « Je reconnais pleinement les intérêts nationaux qui justifient l'imposition de conditions préalables, mais ces réserves menacent également de semer la division entre nations contributrices, menaçant par la même occasion les capacités de maintien de la paix et de surveillance de l'ONU », a-t-il noté.


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