• La rébellion yéménite montre ses muscles

    Le Yémen connaît un regain de violence à l'approche de pourparlers de paix à Genève. Les rebelles chiites Houthis et leurs alliés ont tiré un missile Scud en direction du sud de l'Arabie saoudite.

    Les rebelles chiites Houthis et leurs alliés, des militaires restés fidèles à l'ex-président Ali Abdallah Saleh, ont tiré samedi avant l'aube un missile Scud en direction du sud de l'Arabie saoudite. Dans une zone déjà attaquée la veille sur plusieurs fronts.

    L'offensive est, selon des médias saoudiens, la première de cette ampleur depuis le début le 26 mars d'une campagne de frappes aériennes au Yémen contre les rebelles et leurs alliés menée par une coalition arabe dirigée par l'Arabie saoudite. Le Scud a été abattu par deux missiles Patriot saoudiens, selon Ryad.

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    Les combats qui ont suivi cette offensive samedi matin se sont soldés par la mort de quatre militaires saoudiens, dont deux officiers, et de dizaines de morts côté yéménite, a indiqué le commandement de la coalition dans un communiqué.

    Raids en représailles

    En représailles, les avions de combat de la coalition ont bombardé dans la nuit plusieurs sites militaires et positions tenues par les rebelles dans le nord du Yémen, dont la capitale Sanaa, mais aussi dans le sud. Les raids ont provoqué des explosions qui ont résonné toute la nuit dans la capitale, selon des habitants.

    La coalition est intervenue aussi dans des provinces du sud, dont Lahej, où elle a bombardé la base aérienne d'Al-Anad, la plus grande du pays, contrôlée par les rebelles, et à Taëz où sept civils ont été tués et 29 blessés vendredi par des tirs des miliciens chiites contre des quartiers résidentiels de cette ville, la troisième du pays, selon des sources militaire et médicale.

    Ces violences interviennent alors que la rébellion a accepté vendredi de participer, avec le gouvernement yéménite en exil à Ryad, à des pourparlers à Genève, initiés par l'ONU pour tenter de mettre fin au conflit. Le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon a confirmé samedi soir que ces négociations se dérouleront à partir du 14 juin.

    Près de 2000 morts

    M. Ban a réitéré son «appel urgent à toutes les parties au Yémen à engager des consultations de bonne foi et sans conditions préalables dans l'intérêt du peuple yéménite», ajoute un communiqué. «M. Ban espère que les réunions à Genève permettront de faire repartir un processus de transition pacifique, ordonné, et qui inclut toutes les parties», indique encore ce document.

    Le but des pourparlers de paix est la mise en place d'un cessez-le-feu, d'un plan de retrait des rebelles des zones conquises depuis la fin de l'été dernier et d'un accroissement de l'aide humanitaire, avaient précisé des diplomates à l'ONU, vendredi à New York. Le conflit a fait près de 2000 morts et poussé plus de 545'000 personnes à quitter leur foyer, selon l'ONU.


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  • L'ONU renouvelle son engagement à lutter contre les combattants terroristes étrangers

    29 mai 2015 – A l'occasion d'une réunion du Conseil de sécurité de l'Organisation sur les combattants terroristes étrangers, le Secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, a mis l'accent vendredi 29 mai 2015 sur la nécessité pour la communauté internationale d'agir de façon plus concertée face à cette menace grandissante pour la paix et la sécurité mondiales.

    Le flux de combattants terroristes étrangers ayant rejoint les rangs de l'Etat islamique d'Iraq et du Levant (EIIL) et d'autres groupes terroristes continue de croître, a regretté le chef de l'ONU dans son discours aux membres du Conseil, estimant à 70% l'augmentation du nombre de ces combattants entre la mi-2014 et mars 2015.

    Affirmant qu'aucun pays ne peut relever de manière unilatérale ce défi moderne, M. Ban a exhorté la communauté internationale à agir collectivement, notamment en ayant recours à l'échange d'informations, à des contrôles frontaliers plus efficaces et au renforcement des systèmes de justice pénale, dans le respect de l'état de droit et des droits de l'homme.

    « Lorsque les efforts de la lutte contre le terrorisme ignorent l'état de droit et violent les droits fondamentaux, non seulement ils trahissent les valeurs qu'ils prétendent défendre, mais contribuent également à alimenter l'extrémisme violent », a insisté le Secrétaire général.

    A cette fin, M. Ban a ajouté que les restrictions légales exceptionnelles imposées aux droits des personnes doivent être « spécifiques, nécessaires et proportionnées ».

    « En fin de compte, nous devons éliminer les conditions poussant des jeunes hommes et femmes à être attirés par l'extrémisme violent. La radicalisation est un préalable incontournable dans la transformation des individus en combattants terroristes étrangers », a-t-il affirmé, ajoutant que les jeunes gens constituent le groupe avec la plus forte propension à sa radicaliser.

    Pour le Secrétaire général, l'établissement d'une bonne gouvernance et d'institutions efficaces, responsables et inclusives est essentiel pour permettre de prévenir la radicalisation.

    M. Ban a par ailleurs salué le fait que, de plus en plus, la communauté internationale semble s'attaquer aux causes profondes de l'extrémisme violent.

    Dans cette perspective, le Secrétaire général a rappelé son intention de présenter un plan d'action visant à prévenir l'extrémisme violent lors des travaux de la prochaine session de l'Assemblée générale de l'ONU, à la fin 2015.

    Tout en se disant préoccupé par les récentes avancées en Iraq et en Syrie de l'EIIL et d'autres groupes bénéficiant du soutien croissant de combattants terroristes étrangers, M. Ban a insisté sur la nécessité pour la communauté internationale d'agir de façon concertée.

    « L'ONU continuera de travailler activement avec les Etats membres pour forger des approches plus complètes et novatrices afin de lutter contre cette menace multidimensionnelle, en mettant l'accent sur l'importance qu'il convient d'accorder au respect de l'état de droit et des droits de l'homme », a conclu le Secrétaire général.


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  • Une appli sensibilise les combattants au droit de la guerre

    L'Appel de Genève a lancé mardi 19 mai 2015 une initiative originale. L'ONG veut faire connaître le droit humanitaire grâce à une application mobile «Combattant, pas assassin».

    L'application mobile disponible sur iPhone et téléphones Android vise à sensibiliser les combattants, commandants, officiers, dirigeants politiques ainsi que la population, au droit des conflits armés. L'application vise avant tout les membres des groupes armés sans formation.

    Le quiz propose deux niveaux de difficulté et 28 scénarios. L'utilisateur se retrouve face à des exemples de situations concrètes et à des questions concernant les tactiques de guerre, l'aide aux blessés, l'utilisation de certaines armes, la protection des enfants ou encore la conduite des hostilités.

    S'il répond correctement aux questions, il accède ensuite au niveau «commandant». Il y sera confronté à des cas de figure plus délicats et obtiendra finalement un certificat de réussite en cas de succès.

    Du Soudan à la Syrie

    La diffusion du «droit de la guerre» auprès des belligérants est un impératif pour tenter d'assurer la protection des civils durant les conflits. Il s'agit d'un défi majeur car les membres des groupes armés n'ont généralement pas reçu de formations de base, ont un niveau d'éducation inégal et sont souvent localisés dans des zones difficiles d'accès, a expliqué l'Appel de Genève.

    «Cette application mobile est un outil qui vient compléter le dialogue, les formations sur le terrain, les brochures illustrées et les vidéos. Elle permettra de diffuser encore plus largement les règles qui protègent les civils dans les conflits», a affirmé Elisabeth Decrey Warner, Présidente de l'Appel de Genève.

    Plusieurs groupes armés soudanais et syriens ont déjà exprimé leur intérêt pour cette application. Elle sera, au cours des prochains mois, disséminée dans diverses zones de conflit et notamment en Syrie.


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  • Des hauts responsables militaires de plus de 100 pays discutent à New York des dangers qu'affronte le monde

    Des hauts responsables militaires de plus de 100 pays discutent à New York des dangers qu'affronte le monde

    27 mars 2015 – Des hauts responsables militaires de plus de 100 Etats membres ont participé vendredi 27 mars 2015 à une conférence au siège de l'ONU, à New York, pour discuter des questions centrales relatives au maintien de la paix des Nations Unies et de l’appui dont a besoin d’Organisation.

    Au début de cette conférence, les participants ont observé une minute de silence en hommage aux femmes et aux hommes qui ont perdu la vie au service de la paix.

    « A travers le monde, la violence détruit des civils innocents, menace de déstabiliser des régions et affecte la sécurité nationale de chaque Etat membre représenté ici aujourd'hui », a déclaré le Secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, dans un discours.

    « Le paysage sécuritaire mondial est dangereusement complexe, marqué par le terrorisme, le crime organisé, les guerres civiles et même les crises sanitaires. Au cours des deux dernières décennies, le Conseil de sécurité a donné aux Casques bleus des mandats de plus en plus difficiles », a-t-il ajouté.

    Le chef de l'ONU a pris pour exemple le nord du Mali, où la Mission de l'ONU travaille sous la menace constante d'attaques asymétriques par des groupes armés. Il a également cité la République centrafricaine, « où il n'y a pas de ligne claire entre les civils et les combattants ».

    « Même dans des missions traditionnellement statiques, comme la Force des Nations unies chargée d'observer le dégagement (FNUOD) sur les hauteurs du Golan, il peut y avoir des changements soudains dans l'environnement opérationnel », a-t-il ajouté.

    Le Secrétaire général a noté que « les besoins augmentent, mais les ressources sont limitées ».

    « J'ai nommé un Groupe indépendant de haut-niveau pour répondre aux graves difficultés auxquelles nous sommes confrontés », a-t-il dit.

    « Malgré toutes ces difficultés, le maintien de la paix des Nations Unies a un rôle unique à jouer combinant les fonctions politiques, sécuritaires et le maintien de la paix précoce en une seule stratégie », a-t-il ajouté. « Le caractère véritablement international du maintien de la paix de l'ONU apporte une légitimité sans équivalent ».

    Actuellement, plus de 130.000 militaires, policiers et civils servent dans 16 opérations de maintien de la paix à travers le monde. « C'est notre plus grand déploiement dans notre histoire. Il doit s'accompagner d'un partenariat international plus fort pour le maintien de la paix ».

    Ban Ki-moon a estimé que deux choses étaient cruciales pour réussir. Tout d'abord, les contributions : « quand le Conseil de sécurité nous demande de déployer des Casques bleus, les Nations Unies doivent être prêtes. Cela signifie des contributions plus diversifiées et disponibles plus rapidement venant des Etats membres. Cela inclut aussi davantage de troupes sur le terrain venant de pays développés ayant des armées technologiquement avancées ».

    Le chef de l'ONU a estimé également que la volonté politique était nécessaire : « nous avons besoin d'unité et d'appui. Une performance efficace exige un consensus large sur pourquoi, où et comment les Casques bleus assurent leurs mandats ».


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  • La barbarie sans limite, arme tactique de Daech

    L’Etat islamique décapite, crucifie, asservit et viole, immole par le feu… et rase un énorme site archéologique. Délire ou stratégie?

    «Ils tuent la civilisation!» Hier à Bagdad, Ibrahim Daoud était effondré. L’écrivain et poète venait d’apprendre que des djihadistes du groupe «Etat islamique» (surnommé Daech en arabe) étaient entrés ce jeudi avec des bulldozers sur le vaste site archéologique de Nimroud pour raser l’antique Kalkhu, capitale de l’Empire assyrien au XIIIe siècle avant notre ère. Un joyau inestimable, classé au patrimoine mondial de l’humanité.

    Déjà la semaine passée, c’est à coups de masse que des statues ont été réduites en miettes au musée de Mossoul, deuxième ville du pays tombée en juin aux mains des extrémistes. Ils auraient aussi mis le feu à la bibliothèque. Délire fanatique? Sur la vidéo du saccage au musée, les disciples du «calife» autoproclamé Abou Bakr al-Baghdadi affirment en effet s’attaquer à l’idolâtrie. Mais en même temps, les djihadistes semblent beaucoup plus pragmatiques quand il s’agit de vendre au marché noir des antiquités plus faciles à écouler. Ce serait même l’une des principales sources de revenus, mise à part les hydrocarbures évidemment. En réalité, pour bien des archéologues, si le site de Nimroud a été attaqué, c’est précisément parce que cela est insupportable pour l’Occident.

    Il y aurait ainsi une logique derrière la sauvagerie. Par cet «assassinat culturel», Daech poursuit au fond les mêmes objectifs qu’en décapitant des otages ou en asservissant des femmes: d’une part choquer viscéralement l’Occident et les musulmans dits «modérés» par sa barbarie sans bornes, d’autre part montrer leur impuissance face à l’horreur. En poussant des armées à entrer en guerre au Moyen-Orient, l’Etat islamique démontre son importance, attirant d’autant mieux des recrues pressées d’en découdre. Que ce soient des nouveaux convertis ou des djihadistes issus d’autres groupes radicaux, note Musa al-Gharbi, de l’Université d’Arizona, sur le site d’Al-Jazira.

    Gestion de la sauvagerie

    Au final, poursuit celui-ci, ces extrémistes sunnites entendent provoquer un «choc des civilisations» en Occident par la montée de l’islamophobie, mais surtout au Moyen-Orient par l’intervention armée de puissances occidentales et de leurs alliés des monarchies du Golfe. Sans oublier l’entrée en jeu des chiites honnis, qu’ils soient irakiens, libanais ou iraniens. Bref, obtenir une polarisation absolue des musulmans, poussés à choisir leur camp.

    Cette stratégie implique de monopoliser l’attention. C’est pourquoi «la brutalité doit être toujours plus sauvage, plus inventive et choquante», écrit dans le Guardian le chercheur Hassan Hassan, analyste au Delma Institute d’Abu Dhabi. Il rappelle que les djihadistes de Daech s’inspirent d’un livre intitulé «Gestion de la sauvagerie», écrit par un idéologue qui se fait appeler Abou Bakr. Cet ouvrage recommande clairement une escalade dans la violence barbare. Et une absence totale de pitié.

    Le feu interdit

    Les conversions forcées des «infidèles», le viol et l’asservissement de femmes yézidies, l’agression de chrétiens (qui sont pourtant des «gens du Livre» en principe protégés par le Coran), les massacres de prisonniers, les décapitations d’otages, les crucifixions, les homosexuels jetés depuis des toits d’immeubles… Tout cela participe du choix rationnel d’une stratégie de l’effroi.

    Dans sa guerre de l’abomination, Daech est même allé jusqu’à briser un interdit du Coran. Ainsi, l’immolation par le feu, il y a un mois, du pilote jordanien Maaz al-Kassasbeh, est un acte proscrit par le Prophète. Pour le justifier, les idéologues de l’Etat islamique ont mis en avant le droit de représailles, puisque l’otage avait auparavant bombardé leurs positions. Par ailleurs, ils se sont référés à l’école de pensée hanbalite, qui autorise «les justes» à déclarer leurs coreligionnaires «apostats» sous certaines circonstances et à les traiter en tant que tel. Les musulmans apprécieront.


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  • La paix ne peut plus être imposée de l'extérieur

    Selon une étude publiée à Genève, la paix ne peut plus être imposée par des acteurs extérieurs.

    Face à des risques accrus de conflit, une action à long terme de prévention est nécessaire, basée sur une expertise locale, selon une étude publiée ce vendredi 27 février 2015 à Genève.

    La plateforme de consolidation de la paix, regroupant le Centre de politique de sécurité, l'Institut de hautes études internationales et du développement (IHEID), Interpeace et le bureau des Quakers à l'ONU a lancé une consultation mondiale. Celle-ci a abouti à la publication vendredi d'un Livre blanc sur la consolidation de la paix («White paper on Peacebuilding») regroupant 20 contributions.

    Rencontres intergouvernementales

    «Le but était de recueillir un large éventail de points de vue pour stimuler la discussion», a expliqué le coordinateur exécutif de la plateforme Achim Wennmann en présentant le document à la presse. La consultation à laquelle une centaine d'experts a participé s'est étalée sur douze mois et a été financée par le Département fédéral des Affaires étrangères (DFAE).

    L'une des conclusions du Livre blanc est que la paix ne peut plus être imposée par des acteurs extérieurs. Elle doit reposer sur un travail en réseau des acteurs locaux. Le dialogue entre jeunes, au niveau des villes, avec les groupes sociaux les plus à risque, par exemple pour éviter leur radicalisation, est tout aussi important que les rencontres intergouvernementales.

    Manque de vision à long terme

    L'ONU ne peut avoir qu'un rôle limité. Alors que le pouvoir s'est dilué, les institutions traditionnelles sont devenues moins importantes. Prenant l'exemple de l'Ukraine, Achim Wennmann a affirmé que l'accord de Minsk est une solution à court terme. La sécurité du continent a été négligée. La plupart des gouvernements réagissent aux crises au coup par coup, au lieu d'avoir une vision à long terme.

    «La paix signifie de constants efforts pour se faire des amis, garder ouverts les canaux de communication avec tous les acteurs», a affirmé le professeur. Selon l'un des documents, les conflits vont s'intensifier ces prochaines années, en raison d'une instabilité politique chronique, de la prolifération des acteurs non étatiques, de la compétition pour le contrôle des ressources naturelles, des changements climatiques.

    D'autres facteurs comme la faiblesse des institutions étatiques, la concurrence pour les marchés, les inégalités croissantes, le crime organisé y contribueront également.


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  • Toujours plus de civils pris dans les conflits

    Dans son enquête, Amnesty International affirme que l'année 2014 a été «catastrophique» pour les victimes civiles des conflits.

    L'année 2014 a été «catastrophique» pour les victimes civiles des conflits, souligne Amnesty International en qualifiant de «scandaleuse et inopérante» la réponse de la communauté internationale à ces violences, dans son rapport annuel publié mercredi 25 février.

    Au cours de cette année «exceptionnellement» chargée en conflits (Syrie, Ukraine, Gaza, Nigeria, etc.), «des millions de civils» ont été tués et «15 millions» de personnes ont été déplacées, ce qui constitue «probablement le plus grand nombre de réfugiés depuis la Seconde guerre mondiale», a pointé Salil Shetty, secrétaire général de l'organisation de défense des droits de l'homme, lors d'une conférence de presse à Londres.

    L'ONU particulièrement visée

    Le rapport de l'organisation, qui passe en revue l'état des droits de l'homme dans 160 pays, recense des exactions dans 35 d'entre eux par des groupes armés comme le groupe État islamique (EI) ou Boko Haram.

    «Cela peut et doit changer», a insisté Salil Shetty, jugeant que la réponse de la communauté internationale aux violations des droits de l'homme avait été «scandaleuse et inopérante».

    «Les leaders mondiaux ont lamentablement échoué à protéger les plus démunis», accuse-t-il dans l'avant-propos du rapport. Amnesty est particulièrement sévère envers l'Organisation des Nations unies (ONU).

    «Le Conseil de sécurité des Nations unies, un organisme qui a été créé pour protéger les civils et assurer la paix et la sécurité, a lamentablement échoué», a accusé Salil Shetty.

    Groupes armés violents

    «Si les dirigeants mondiaux n'agissent pas immédiatement pour faire face à l'évolution de la nature des conflits et remédier à d'autres défaillances identifiées dans le rapport, les prévisions pour l'année à venir sont sombres», met d'emblée en garde l'ONG.

    De plus en plus de populations civiles sont contraintes de vivre sous le contrôle «quasi étatique» de groupes armés violents. Elles sont en butte à des attaques, des persécutions et des discriminations, constate l'organisation de défense des droits humains.

    Amnesty International (AI) s'inquiète tout particulièrement de la montée en puissance de groupes armés non étatiques, dont celui qui se donne le nom d'État islamique (EI). Des groupes armés ont commis des atrocités dans au moins 35 pays en 2014, soit plus de 20% de ceux qu'AI a étudiés.

    Crise des réfugiés

    Conséquence tragique de l'incapacité de la communauté internationale à faire face au nouveau visage des conflits, la crise des réfugiés est l'une des plus graves que le monde ait jamais connues. Des millions de personnes dont quatre millions en provenance d'un seul pays, la Syrie continuent de fuir violences et persécutions.

    Dans le même temps, les gouvernements persistent à bloquer les frontières, alors que la communauté internationale n'apporte pas l'aide et la protection nécessaires.

    Pour Manon Schick, directrice de la Section suisse d'AI citée dans le communiqué, «il est insupportable de constater que les efforts déployés par les pays riches pour maintenir ces personnes hors de leurs frontières prennent le pas sur ceux visant à les maintenir en vie.»

    «Les gouvernements doivent cesser d'affirmer que la protection des civils n'est pas de leur ressort et contribuer à soulager les souffrances de millions de personnes». Ils doivent aussi «revoir leur approche face aux crises à travers le monde», ajoute-t-elle dans le communiqué d'AI.

    Renoncer au veto pour faire avancer les choses

    Amnesty engage dans ce contexte les cinq membres permanents du Conseil de sécurité à renoncer à faire usage de leur droit de veto en cas de génocide ou d'autres atrocités de masse.

    «Cette initiative pourrait changer entièrement la donne et donner un nouveau souffle aux instruments dont dispose la communauté internationale pour protéger les civils en grand danger», estime Manon Schick.

    Liberté d'expression menacée

    Le rapport annuel révèle également que nombre d«Etat ont adopté des tactiques «répressives et drastiques» en réaction aux menaces pesant sur la sécurité.

    La liberté d'expression, entre autres droits, est de plus en plus menacée, constate AI. Notamment par des violations découlant de nouvelles lois antiterroristes draconiennes et d'une surveillance de masse abusive.

    Des réactions qui favorisent l'extrémisme

    Au Nigeria, les populations locales, déjà terrorisées depuis des années par Boko Haram, sont devenues de plus en plus vulnérables face aux violations perpétrées par les forces de sécurité du régime. Celles-ci ont souvent répondu par des exécutions extrajudiciaires, des arrestations massives et arbitraires et des actes de torture.

    En Russie et en Asie centrale, ceux qui étaient accusés d'infractions liées au terrorisme, ou soupçonnés d'appartenir à des groupes islamistes, ont été torturés aux mains des forces nationales de sécurité.

    «Nous savons pourtant que les réactions à chaud ne servent à rien et que, bien au contraire, elles créent un environnement répressif, qui fait la lie de l'extrémisme», commente Manon Schick.


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  • Protection des civils dans les conflits : l'ONU appelle à des mesures contre l'impunité

    30 janvier 2015 – La Secrétaire générale adjointe des Nations Unies aux affaires humanitaires, Valerie Amos, a encouragé vendredi 30 janvier 2015 le Conseil de sécurité à prendre des mesures pour lutter contre l'impunité afin de protéger les civils pris dans des conflits.

    « Le Conseil identifie de plus en plus la protection des civils comme une tâche prioritaire dans les nombreuses opérations de maintien de la paix qu'elle a créées. Le Secrétaire général a lancé le projet 'Droits devant' pour revigorer la cohérence et l'engagement de l'ensemble du système en matière de prévention et de lutte contre les graves violations des droits de l'homme qui pourraient conduire à des atrocités à grande échelle », a dit Mme Amos dans un discours lu par son adjointe, Kyung-wha Kang, lors d'une réunion du Conseil de sécurité consacré à ce sujet.

    Selon elle, malgré les développements positifs récents au sein du système onusien, la protection des civils dans les conflits armés est devenue de plus en plus lourde avec les années, alors que l'ampleur et le degré de brutalité et de violences commises contre les civils dans les conflits armés ont continué d'augmenter. Elle a cité les conflits en Syrie, en Iraq, au Yémen, en Libye, en République centrafricaine, en République démocratique du Congo, au Nigéria, au Soudan du Sud, au Soudan, et en Ukraine.

    « Ce Conseil et la communauté internationale doivent prendre des mesures pour s'attaquer à l'impunité qui continue d'alimenter de nombreux conflits », a déclaré Mme Amos. « Rien n'encourage davantage les auteurs de violations que de savoir qu'il ne rendront pas de comptes pour leurs crimes ».

    « Nous devons aussi construire nos capacités collectives, trouver des solutions politiques aux conflits à un stade précoce, au lieu de nous débattre pour faire face aux conséquences », a encore dit la chef de l'humanitaire des Nations Unies. « Les efforts des travailleurs humanitaires et des Casques bleus ne peuvent pas se substituer à une action politique opportune et résolue pour prévenir et résoudre un conflit ».

    Selon elle, les femmes doivent pleinement participer à ce processus. « Sur le terrain, nous devons être attentifs aux menaces spécifiques visant les civils et aux risques d'escalade de la violence et des violations », a-t-elle souligné.


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  • Genève réunit les leaders de 35 forces rebelles

    Venus de 14 pays en conflit, 70 officiers, chefs politiques ou conseillers légaux, ont échangé leurs expériences. En toute discrétion.

    «Déterminer l’âge des nouvelles recrues, c’est difficile sur le terrain! Dépourvus de documents officiels, des jeunes essaient sans doute d’intégrer nos rangs alors qu’ils n’ont pas 18 ans», expliquait il y a quelques jours ce représentant d’un mouvement armé du Soudan, venu chercher des idées dans la Cité de Calvin à l’occasion du grand rendez-vous mondial des groupes rebelles. Du lundi 17 au jeudi 20 novembre, l’Appel de Genève a en effet tenu en toute discrétion sa troisième «Conférence des signataires d’Actes d’engagement» humanitaires.

    Quelque 70 hauts responsables de 35 groupes armés non étatiques ont convergé vers la Suisse depuis 14 pays, dont la Syrie, la Birmanie, le Soudan, les Philippines ou encore la Somalie. Les deux tiers de ces mouvements (24) ont signé au moins un des trois Actes d’engagement humanitaire proposés par l’Appel de Genève: contre les mines antipersonnel, contre l’enrôlement d’enfants-soldats et contre les violences sexuelles. Les autres rebelles représentés sont membres de groupes tentés par la démarche.

    «C’était l’opportunité pour nous de consolider leurs connaissances en matière de normes humanitaires internationales, mais surtout de renforcer leur engagement à mettre en œuvre ces normes, explique Elisabeth Decrey Warner, qui préside l’Appel de Genève. C’est aussi important pour nous d’être conscients des difficultés rencontrées sur le terrain par les groupes qui veulent protéger davantage les civils.»

    Pour répondre au rebelle soudanais perplexe face aux jeunes recrues, un expert de la protection de l’enfance a présenté la technique dite de «l’histoire des événements». Elle consiste à évaluer l’âge d’un enfant ou d’un jeune en se basant sur ses souvenirs personnels d’événements marquants dans l’histoire de sa communauté d’origine. Pendant trois jours, les rebelles ont ainsi eu accès à des experts reconnus de l’ONU, du CICR, de Human Rights Watch ou encore de la campagne pour l’élimination des mines antipersonnel.

    Les groupes rebelles eux-mêmes ont pu exposer leurs réussites, mais aussi confier leurs doutes et poser quantité de questions. Au final, les participants ont adopté une «déclaration» réaffirmant leur volonté de tout mettre en œuvre pour respecter et protéger les populations civiles.


    Les groupes rebelles qui ont participé au rendez-vous de Genève

    CNF, Front national Chin (Birmanie)
    KIO, Organisation pour l'indépendance Kachin (Birmanie)
    KNU /KNLA, Union nationale Karen/Armée de libération nationale Karen (Birmanie)
    NMSP, Nouveau parti de l'Etat Mon/Armée de libération nationale Mon (Birmanie)
    PNLO, Organisation pour la libération nationale Pa’O (Birmanie)
    SSA-N, Conseil de restauration de l'Etat Shan/ Armée de l'Etat Shan (Birmanie)
    SSA-S, conseil de restauration de l'Etat Shan/ Armée de l'Etat Shan du sud (Birmanie)
    HPC-D, Congrès démocratique des peuples Hmar (Inde)
    KNF, Front national Kuki (Inde)
    KNO, Organisation nationale Kuki (Inde) NSCN-IM, Conseil national socialiste de Nagalim-Isaac Muivah (Inde)
    NSCN-KK, Conseil national socialiste de Nagaland-Khole-Kitovi (Inde)
    ZRO, Organisation de réunification Zomi (Inde)
    HPG/PKK, Forces de défense du peuple/Parti des travailleurs du Kurdistan (Turquie)
    KDP-Iran, Parti démocratique du Kurdistan (Iran)
    Komalah Co, Organisation kurde pour le Parti communiste d'Iran
    KPIK, Party Komala du Kurdistan iranien
    PDKI, Parti démocratique du Kurdistan iranien
    PJAK, Parti de la vie libre au Kurdistan/Forces de libération du Kurdistan oriental (Iran)
    YPG, Unités de protection du peuple (Kurdes de Syrie)
    PLO, Ogranisation de libération de la Palestine (Liban)
    MILF, Front islamique de libération Moro (Philippines)
    RPM-M, Parti révolutionnaire des travailleurs du Mindanao (Philippines)
    Polisario Front, Front populaire pour la libération de Saguia el Hamra et la Rivière d'Or (Sahara occidental)
    SNF , Front national somalien
    Somaliland, autorités du Somaliland (Somalie)
    JEM, Mouvement Justice et Egalité (Soudan)
    SLM-AW, Mouvement de libération du Soudan - Abdel Wahid al-Nur
    SLM-MM, Mouvement de libération du Soudan - Minni Minnawi
    SPLM-N , Mouvement de libération des peuples du Soudan
    Hazzm, mouvement rebelle membre de l'Armée syrienne libre
    Ansarullah, mouvement Al-Houthi (chiites du Yémen)
    Deux autres groupes armés sous couvert d'anonymat

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    Elisabeth Decrey Warner a cofondé en 2000 l’Appel de Genève, qui vient de tenir la semaine dernière, en toute discrétion, une grande conférence humanitaire réunissant 70 hauts représentants de 35 groupes armés non étatiques (c’est-à-dire des forces rebelles). Ancienne présidente du Grand Conseil genevois, elle a été très favorablement surprise par la qualité des présentations faites par ces signataires des fameux «Actes d’engagement» (contre les mines antipersonnel, l’enrôlement d’enfants soldats et les violences sexuelles).

    Etait-il important de faire venir 70 «cadres» rebelles pour une grande conférence à Genève?
    Tout d’abord, je souligne que c’est la troisième conférence du genre, mais la première de cette ampleur. Davantage de groupes armés non étatiques ont depuis lors signé «l’Acte d’engagement» contre les mines antipersonnel. Mais aussi, c’est devenu possible dans les deux autres domaines (ndlr: enfants soldats et violences contre les femmes). Enfin, en plus des 24 signataires, nous avons convié à la réunion 11 autres groupes qui entament le processus.

    Qu’en retirent les rebelles?
    C’est important qu’ils voient qu’ils partagent tous la préoccupation de protéger la population civile. Ils ne sont pas isolés dans cette voie, ils appartiennent à quelque chose de global. Il est aussi essentiel qu’ils s’approprient ces valeurs humanitaires pour qu’elles ne soient pas simplement vécues comme un code moral imposé de l’extérieur. Par ailleurs, être confrontés aux réalités des autres groupes, découvrir les difficultés qu’ils ont rencontrées et voir comment ils ont résolu les problèmes, cela leur est très utile.

    Pourquoi donc?
    Mais parce qu’il ne suffit pas, par exemple, de prendre l’engagement de démobiliser des combattants adolescents! Encore faut-il savoir comment s’y prendre concrètement, que dire à ces jeunes, comment les encadrer, que leur proposer pour la suite…

    Avez-vous eu des surprises?
    J’ai été surprise de leur liberté de ton. Ces participants viennent de zones de conflit, ils ont l’habitude d’être étiquetés comme les «méchants», ils n’ont pas forcément l’habitude de s’exprimer devant la communauté internationale. A Genève, ils avaient devant eux des membres d’organisations internationales, ils ont pu leur parler de vive voix, exposer leurs difficultés, demander de l’aide technique pour déminer, pour aider des victimes de mines, encadrer des femmes, des enfants… Certains ont aussi reconnu qu’ils n’ont pas toujours suivi au mieux leur engagement, et c’est important qu’ils l’admettent. C’est le premier pas nécessaire pour s’améliorer. J’étais aussi impressionnée par leur degré de préparation. Nous leur avions bien sûr demandé de venir présenter leur situation, de décrire les mesures concrètes prises pour honorer leurs Actes d’engagement et d’exposer les défis qu’ils ont eu à relever. Mais je ne m’attendais pas à un tel résultat de la part de gens qui vivent dans le maquis.

    Depuis la création de l’Appel de Genève en 2000, avez-vous dû dénoncer des violations?
    Régulièrement, des cas suspects sont portés à notre connaissance. Après enquête, nous avons pu constater que pour la plupart il s’agissait de cas isolés et que le commandement à chaque fois avait pris des mesures pour punir le ou les responsables du non-respect de l’Acte d’engagement. Un seul cas était plus sérieux. Notre mission de vérification sur le terrain a découvert qu’une partie des combattants n’étaient pas suffisamment informés. Nous avons alors fourni une formation pour 3000 d’entre eux.

    Donc aucune dénonciation?
    Nous ne procédons pas à une dénonciation publique tant que les instances dirigeantes d’un groupe armé non étatique démontrent clairement leur volonté de respecter les Actes d’engagement. Pour l’Appel de Genève, l’objectif final n’est pas de les condamner mais bien de les aider à mettre en œuvre le droit humanitaire. D’autres ONG ont ce rôle de dénonciation, qui est utile et nécessaire. Quant à nous, notre rôle est d’abord pédagogique.


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  • La CIA aurait torturé «jusqu'au seuil de la mort»

    Selon la presse britannique la CIA aurait torturé au moins deux suspects liés à d'al-Qaïda «jusqu'au seuil de la mort». Le Sénat va bientôt publier un rapport qui devrait «beaucoup choquer» l'opinion publique.

    La CIA, l'agence américaine de renseignement, a torturé des suspects d'Al-Qaïda «jusqu'au seuil de la mort», a rapporté lundi le quotidien britannique Daily Telegraph citant des sources sécuritaires.

    Au moins deux suspects, dont le cerveau présumé des attaques du 11 septembre Khaled Cheikh Mohammed, ont subi des tortures allant bien au-delà de la simulation de noyade reconnue par la CIA, écrit le journal, selon qui, le Sénat américain doit prochainement publier un rapport sur ce sujet qui devrait «beaucoup choquer» l'opinion publique.

    «Ils ne se contentaient pas de verser de l'eau sur leurs têtes ou au travers d'un tissu. Ils les maintenaient sous l'eau jusqu'au seuil de la mort, en présence d'un médecin pour s'assurer qu'ils n'allaient pas trop loin», écrit le journal, citant une de ses sources.

    «Méthodes médiévales»

    Selon une autre source citée par le journal, ce traitement a été réservé à Khaled Cheikh Mohammed, actuellement emprisonné au centre de détention de la base navale américaine de la baie de Guantanamo, à Cuba, ainsi qu'à un ressortissant saoudien soupçonné d'avoir fomenté l'attentat à la bombe ayant visé l'USS Cole au large du Yémen en 2000, également détenu Guantanamo.

    «Ils ont employé des méthodes médiévales, inimaginables pour les gens», a ajouté la source qui aurait connaissance de dossiers encore classés.


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