• Desmond Majekodunmi, protecteur de la forêt africaine

    Desmond Majekodunmi, protecteur de la forêt africaine

    Ce Nigérian a créé un parc naturel privé, à Lagos, et tente de convaincre ses concitoyens d’agir contre le réchauffement climatique.

    Soudain, on respire. Passé le portail, on avance au milieu des arbres et tous les motifs d’énervement restent à la porte : les embouteillages géants, les klaxons, les gaz d’échappements et les querelles entre chauffeurs, dans le chaos de la plus grande ville d’Afrique…

    Une forêt à la lisière de la mégalopole

    Lagos, au Nigeria, avec ses 20 millions d’habitants, est une mégapole qui cuit au soleil, avec sa succession de bretelles d’autoroutes et de quartiers qui poussent toujours plus loin.

    Sur la lagune de Lekki, au milieu des lotissements, le Lufasi Park est une forêt privée de 20 hectares. Une sorte de sanctuaire, où l’on peut voir des manguiers et des azobés de 45 mètres de haut. On y est baigné de fraîcheur et de chants d’oiseaux.

    Ici, Desmond Majekodunmi est chez lui. Il raconte qu’on lui a proposé une fortune pour lui acheter ce terrain, alors que l’immobilier flambe à Lagos. Mais il n’a rien voulu savoir. « La dernière barrière qui nous protège du changement climatique est la forêt tropicale. Donc il faut la préserver à tout prix », dit-il. « Pour éviter le réchauffement, la priorité est bien sûr que les pays du Nord réduisent leurs émissions de CO  2  . Mais la forêt peut nous donner du temps. Il faut la sauver de la destruction. » 

     « Essayez donc de ne pas respirer durant cinq minutes… L’air, c’est la vie. Et l’oxygène vient des arbres ! », répète Desmond Majekodunmi, ne se lassant jamais d’interpeller ses visiteurs. « J’ai acquis cette conviction en étant fermier. »

    Un discours peu entendu

    Âgé de 65 ans, c’est un personnage connu au Nigeria. Il intervient toutes les semaines dans son émission de radio, « L’heure verte ». Il est aussi de toutes les rencontres où il est question d’environnement. Il sera d’ailleurs à Paris durant la COP21. Il a créé ce parc naturel de Lufasi où, moyennant un droit d’entrée, les habitants de Lagos peuvent se promener dans une forêt humide tropicale qui a échappé aux promoteurs.

    Il n’est pas très suivi et le reconnaît lui-même. Le Nigeria vit des revenus du pétrole. Lui s’efforce d’expliquer que « le pétrole est trop précieux pour être brûlé », qu’il vaut mieux le garder le plus longtemps possible dans le sol et miser sur les énergies renouvelables.

    Si les Nigérians peinent à se mobiliser, c’est qu’ils aspirent à suivre la Chine ou l’Inde sur la voie du développement. Desmond Majekodunmi les invite pourtant à ne pas reproduire ici les erreurs qui y ont été commises.

    Le désert, terreau propice au développement de Boko Haram

     « Le changement climatique nous affecte directement. Il provoque l’avancée du désert. Et c’est donc à cause de lui que Boko Haram peut prendre une telle importance », relève-t-il. Le mouvement islamiste trouve en effet à s’enraciner dans les régions pauvres du nord du pays, où les rendements agricoles déclinent.

    Pour autant, Desmond Majekodunmi estime que la responsabilité de la lutte contre le réchauffement climatique incombe en priorité aux pays du Nord. « L’empreinte carbone de tout le Nigeria est plus faible que celle de la ville New York durant l’hiver », rappelle-t-il. Il estime, à l’unisson de tous les représentants des pays du Sud, que le Nigeria doit bénéficier d’une aide massive des pays développés pour pouvoir adopter un modèle de développement écoresponsable.

     « L’Afrique se tourne vers le reste du monde et mendie… Mais si vous êtes dans votre maison, et si quelqu’un met le feu devant, vous n’irez pas dehors en priant gentiment que l’on veuille bien éteindre… », dit-il. « Or c’est le monde occidental qui a amené le feu chez nous ! » 

    Un visionnaire

    Il espère donc voir l’Afrique parler d’une voix forte, durant la conférence de Paris, pour dire « ça suffit ». Il souhaite que cette conférence permette de créer et de financer une agence indépendante qui se chargera de replanter la forêt tropicale. Celle-ci ne couvre plus que 5 % du Nigeria. Il demande un effort massif pour rendre à la forêt des zones entières et pour construire « un mur vert » contre l’avancée du désert.

    Desmond Majekodunmi a été un visionnaire. Il a créé le Lufasi Park il y a vingt-cinq ans, à une époque où la lagune de Lekki abritait encore des terres agricoles. Il rentrait alors du Kenya. Au cœur du parc se trouve une animalerie, avec des singes. L’arbre le plus haut abrite un nid de vautours. On peut facilement les voir s’élancer dans l’air, de leur vol lourd, déployant leurs ailes impressionnantes. Ils font la fierté du maître des lieux.

     


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