• La haute cour malaisienne refuse aux chrétiens l’emploi du mot « Allah »

    La Cour fédérale malaisienne a confirmé lundi 23 juin l’interdiction pour l’hebdomadaire catholique local d’utiliser le mot arabe servant à désigner Dieu, pourtant employé de longue date par les chrétiens du pays. Explication

    Que dit la Cour fédérale malaisienne ?

    Par quatre voix sur sept, la Cour fédérale de Malaisie a rejeté lundi 23 juin le recours du Herald, l’hebdomadaire de l’Église catholique locale. Celui-ci demandait à pouvoir continuer d’employé le terme « Allah » dans son édition malaise.

    « Devant le palais de justice, des cris de “Allah Akbar” (Dieu est plus grand) ont été entendus de la foule de groupes musulmans quand la décision a été connue », rapporte le journal, dans un article intitulé « Avec la confirmation de l’interdiction, le combat de l’Église catholique prend fin ».

    Quel est le contexte ?

    Le conflit a éclaté en 2007 lorsque le ministère de l’intérieur a révoqué l’autorisation du Herald d’utiliser le mot « Allah » dans son édition en malais. Le journal catholique avait alors saisi un tribunal et obtenu gain de cause en 2009, jugement qui a entraîné une série d’attaques contre des églises.

    Saisi en appel par les conseils islamiques de sept États du pays et l’Association musulmane des Chinois de Malaisie, le tribunal a confirmé l’interdiction en octobre 2013, estimant que « le nom Allah ne faisait pas partie intégrante de la foi et de la pratique chrétiennes » et que cette mesure « évitait toute confusion entre les différentes religions ».

    Lors de l’audience en mars, devant la haute cour, l’éditeur du Herald, Mgr Pakiam Murphy, administrateur apostolique de Kuala Lumpur, et son rédacteur en chef, le jésuite Lawrence Andrew, ont plaidé leur cause. Ils ont souligné que « l’interdiction d’utiliser le mot“Allah” est inconstitutionnelle, que le ministère de l’intérieur avait outrepassé ses pouvoirs, rapporte l’agence Églises d’Asie. Et surtout l’incongruité à voir une cour de justice se prononcer en matière de théologie comparée, en fondant ses conclusions sur de simples recherches effectuées sur Internet. »

    Pourquoicette interdiction ?

    « Allah est un mot arabe – manifestement de dérivé sémitique – antérieur à l’islam et servant à désigner Dieu : littéralement “al-lah”, le dieu », rappelle le P. Emmanuel Pisani, dominicain et enseignant en islamologie à l’Institut catholique de Paris. Partout au Moyen-Orient, les chrétiens arabes l’utilisent, y compris dans la liturgie.

    « Il est aussi utilisé en Malaisie, comme de nombreux autres mots arabes, à côté du terme malais “tuan”, sans que cela n’ait jamais posé de problème jusque-là : “Allah” désignait la divinité mais pas spécifiquement le dieu des musulmans », constate Rémy Madinier, chercheur au CNRS et codirecteur de l’Institut d’études de l’islam et des sociétés, qui voit derrière cette affaire « la crispation d’une partie de l’islam malais et sa hantise de la christianisation du pays ».

    Tout en se disant « extrêmement déçu » de cette décision « viciée à bien des égards », le président de la Fédération des chrétiens de Malaisie, Eu Hong Seng, affirme la considérer comme uniquement relative à « ce cas d’espèce » et annonce l’intention des « communautés chrétiennes de continuer à utiliser le mot “Allah” dans (leurs) bibles, services liturgiques et réunions ».


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