• La justice kényane interdit la fermeture du camp de Dadaab

     

    La justice kényane interdit la fermeture du camp de Dadaab

    Le camp rassemble 256 000 réfugiés majoritairement somaliens, depuis 25 ans. La justice s’est opposée au projet de fermeture du gouvernement kenyan.

    Quelle est la portée de cette décision ?

    La justice kényane a déclaré jeudi 9 février « nulle et non avenue » la décision du gouvernement de fermer le camp de réfugiés de Dadaab, réputé être le plus grand au monde. « La décision du gouvernement de viser spécifiquement les réfugiés somaliens constitue un acte de persécution d’un groupe, est illégale, discriminatoire et donc anticonstitutionnelle », a déclaré le juge de la Haute Cour.

    John Mativo se prononçait sur une plainte déposée par la commission nationale kényane des droits de l’homme. « Cette décision est très importante. Pour qu’un programme de retour soit volontaire, il faut que les réfugiés puissent faire un choix. Ce n’est pas le cas actuellement à Dadaab », constate Laetitia Bader, chez Human Rights Watch. Le gouvernement peut cependant faire appel de cette décision.

    Pourquoi le Kenya veut-il fermer Dadaab ?

    Dadaab, situé à une centaine de kilomètres de la frontière avec la Somalie, abrite 256 000 réfugiés, en très grande majorité des Somaliens ayant fui depuis 1991 la guerre civile, les islamistes radicaux et des sécheresses.

    Nairobi avait annoncé le 6 mai dernier sa décision de fermer Dadaab : le gouvernement kényan estimait que les attaques des islamistes somaliens chebabs à Nairobi en 2013 et à l’université de Garissa en 2015 avaient été planifiées dans ce camp.

    Le Kenya avait fixé la date de la fermeture à la fin novembre 2016, avant de la reporter au 21 mai 2017 à la suite d’une requête du Haut-Commissariat de l’ONU pour les réfugiés (HCR). En avril 2015, le gouvernement kényan avait déjà menacé de fermer Dadaab, avant que les États-Unis ne promettent 39 millions d’euros d’aide en plus.

    Cette fois-ci, les annonces de fermeture du camp de Dadaab n’ont pas été suivies de rallonges budgétaires de la part des grands bailleurs de fonds comme Echo ou la Usaid. Le dernier appel lancé par le HCR n’a été financé qu’à 38 %. « Depuis trois mois, les rations distribuées par le programme alimentaire mondial (PAM) ont été réduites de moitié », constate Laetitia Bader.

    Que peuvent faire ces réfugiés ?

    Le gouvernement kényan voulait que 50 000 réfugiés retournent en Somalie en 2016. « À la mi-octobre, ils étaient déjà 27 000 à être repartis de Dadaab. Les autorités avaient annoncé que la proposition d’une aide au départ de 400 € par personne prendrait fin début décembre », souligne Louise Carr, coordinatrice du programme « Personnes déracinées » à Amnesty international.

    Les organisations humanitaires estiment que les conditions de sécurité ne sont pas réunies en Somalie pour accepter ces retours. « Ils vont souvent rejoindre les camps informels de déplacés où s’entassent déjà plus d’un million de Somaliens », affirme Laetitia Bader. Elle insiste également sur « les risques d’une nouvelle famine dans le pays, du fait du manque de pluies. »

    La solution pour ces réfugiés passe par une réinstallation dans des pays tiers. « Les solutions pérennes pour que ces personnes aient la possibilité de reconstruire leurs vies sont multiples, comme les visas d’asile ou humanitaire », conclut Louise Carr.


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