• « Atlas des crises et des conflits », de Pascal Boniface et Hubert Védrine, Éditions Armand Colin Fayard, 149 p., 25 €

    L’ouvrage – déjà de référence – n’est déjà plus tout à fait une nouveauté. Mais en ces temps agités et troubles, sa clarté est bienvenue et mérite largement un coup de projecteur.

    Le projet de Pascal Boniface, directeur de l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS) et d’Hubert Védrine, ancien ministre des affaires étrangères et conseiller diplomatique, est de recenser et d’expliquer, à quatre mains et en 150 pages, « les crises et les conflits dont les implications sont internationales, qui subissent des influences étrangères ou qui peuvent avoir des répercussions internationales ».

    L’Europe, la Russie, les Amériques, le Moyen-Orient, l’Afrique et l’Asie : tour à tour, chacune des grandes zones géographiques est étudiée à la loupe.

    Les causes

    « Les peuples, si ce n’est les dirigeants, ont sans aucun doute toujours espéré vivre en paix et en sécurité » annoncent les auteurs en introduction de la première partie, « Les causes », avant d’y opposer la vérité des faits : hormis dans quelques pays, pour une partie de la population et pendant de courtes périodes, l’espérance s’est trop rarement réalisée.

    Sur des fonds de planisphère, Pascal Boniface et Hubert Védrine posent d’abord les bases du monde aujourd’hui. Les pays membres de l’ONU (« Illusions d’un monde en paix »), les signataires de l’interdiction des armes biologiques, ceux du Traité de non-prolifération nucléaire, ou les religions expliquées par répartition et en fonction du nombre de croyants.

    Les crises en cours

    La partie traitant spécifiquement des crises et des conflits constitue le cœur de l’ouvrage. Chaque double page permet d’aborder un pays/une région spécifique, en usant toujours de la même présentation. Une carte correspond un texte dont le modèle ne varie pas : origine, crise actuelle et scénarios d’avenir (plusieurs – entre 2 et 4 – sont proposés).

    La volonté pédagogique est indéniable, que l’on soit dans les Balkans, dans la crise entre Turquie et Kurdistan, dans celles entre la Russie et l’Ukraine, l’Iran et les Pays arabes, les deux Corées, ou en Syrie, en RD-Congo, au Soudan du Sud, en mer de Chine… Le livre agit comme une caisse de résonnante de toute notre actualité et ne néglige pas.

    Les scénarios d’avenir

    À la fois bilan et propositions pour les années à venir, la dernière partie du livre tire un constat. Face à la diversification et à la multiplication des états, au développement des ONG, ou encore à l’importance grandissante prise par les groupes infra-étatiques illégaux, le monde ne cesse de se complexifier et les systèmes de décisions internationaux se font plus lents et plus complexes. Autant de changements importants qu’il faut prendre en compte pour trouver des solutions nouvelles à ces crises.

    En dépit d’une augmentation apparente ou d’une permanence du nombre de conflits, « l’Atlas » de Pascal Boniface et Hubert Védrine, dont les cartes sont signées Jean-Pierre Magnier, se termine sur une note positive : depuis une à deux décennies, le nombre de conflits dans le monde et les morts qui en découlent, sont moins nombreux. Malgré les apparences.


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  • Entretien

    Professeur en histoire du Moyen-Orient à Sciences po Paris, Jean-Pierre Filiu publie « Les Arabes, leur destin et le nôtre » (La Découverte) et « La Dame de Damas » (Futuropolis). Il répond aux questions de « L'Orient-Le Jour » sur les causes historiques des crises qui bouleversent actuellement le Moyen-Orient.

    Dans votre livre, Les Arabes, leur destin et le nôtre, vous expliquez qu'à la fin du XIXe siècle et durant la première moitié du XXe, l'islamisme et le nationalisme n'étaient pas perçus comme contradictoires, mais plutôt comme complémentaires. Comment expliquer qu'on présente aujourd'hui ces deux tendances comme inconciliables ?
    J'essaye de redonner du sens, donc de l'espoir, en retrouvant la perspective historique. Aujourd'hui, on nous présente ces catégories comme étant contradictoires, voire vouées à s'éliminer l'une l'autre. C'est ce que les dictateurs et les jihadistes veulent : une guerre civile éternelle. L'homme de cette synthèse entre islamisme et nationalisme était Abderrahman al-Kawakibi. Un homme qui prônait la séparation du religieux et du politique dans des termes très forts, et en même temps militait pour un califat de type électif. On n'utilisait pas les termes nationaliste et islamiste à l'époque. Les islamistes disent : « Nous sommes meilleurs musulmans que les Turcs. » Et les nationalistes disent : « Nous sommes un peuple qui a les mêmes droits que ces peuples européens qui nous envahissent. » On n'est pas islamistes et nationalistes parce qu'on pense différemment, on est plus islamistes quand on parle aux Ottomans, et plus nationalistes quand on parle aux Occidentaux. Les références sont pourtant les mêmes.
    Le chérif Hussein réunissait en sa personne ces deux revendications pendant la révolte arabe. Il a la légitimité pour devenir le calife arabe d'une restauration antiturque, mais il est aussi celui qui va entrer dans une négociation avec les Occidentaux pour établir un « royaume arabe ». On ne connaît pas les frontières de ce « royaume », mais on sait déjà quelle en sera la capitale : Damas, le Cham de « Bilad ech-Cham ».
    Bourguiba, qu'on nous présente aujourd'hui comme le parangon de la laïcité, prend le pouvoir au sein du parti Destour en Tunisie en militant contre l'enterrement dans les carrés musulmans des Tunisiens naturalisés. Une position qui, aujourd'hui, serait qualifiée d'islamiste, alors que lui le fait pour se montrer plus nationaliste que le « vieux » Destour. Autre exemple : les « Officiers libres » nationalistes prennent le pouvoir en Égypte en 1952 avec le soutien actif des Frères musulmans. La rupture entre eux va être aggravée non pas par le caractère incompatible entre ces deux philosophies politiques, mais par ce qu'on appelle la « guerre froide arabe » entre l'Égypte de Nasser et l'Arabie de Fayçal.

    Il existe aujourd'hui une autre forme de polarisation entre sunnites et chiites. Sur quoi repose-t-elle ?
    Je découvre Beyrouth en 1980 avec, partout sur les murs, des posters de Arafat dans les bras de Khomeyni et la légende : « Deux révolutions en une ». L'idée d'une divergence entre ces deux mouvements paraissait alors inconcevable. Pour arriver à la polarisation actuelle entre sunnites et chiites, il faudra trois décennies de lutte entre les régimes théocratiques que sont la République islamique d'Iran et le royaume d'Arabie saoudite. On ne peut plus nier l'existence de ce conflit, ni la virulence de la propagande confessionnelle. Mais rien de cela n'était fatal. En Syrie, les manifestations pacifiques qui ont duré de longs mois étaient tout sauf confessionnelles. C'est la violence terrible du régime qui a « confessionnalisé » la crise et a militarisé l'opposition. S'il y a une minorité dont l'avenir paraît bien sombre aujourd'hui, ce sont les alaouites. Les alaouites sont entraînés dans le gouffre par la politique d'Assad. Les forces démocratiques et révolutionnaires en Syrie ne peuvent se contenter d'un discours sur les minorités, elles doivent marteler un message d'avenir partagé avec les alaouites. Mais évidemment, Assad ne veut pas que cela arrive et il continue de prendre les alaouites en otage.
    Autre exemple avec le Yémen. En un millénaire, le Yémen a connu toutes les formes de guerres possibles, mais il n'a jamais connu une guerre entre sunnites et chiites. Le conflit actuel résulte directement de l'affrontement entre Téhéran et Riyad.

    Vous évoquez l'instrumentalisation des théories du complot comme un moyen utilisé par les forces contre-révolutionnaires.
    Je crois que les peuples font leur histoire, ce ne sont pas des complots extérieurs qui la déterminent. Durant une phase révolutionnaire, l'ancien monde et le nouveau monde coexistent, et c'est généralement très violent. Dans les théories du complot, il y a toujours une part de vérité qui leur permet de se diffuser malgré leur caractère profondément erroné. Le plus grave est que cette vision conspirationniste prive les hommes et les femmes concernés de leur libre arbitre.

    Quel peut-être le rôle de l'Europe dans cette période?
    L'Europe a pu faire face et a répondu de manière historiquement responsable à la chute du mur de Berlin et à l'effondrement de l'empire soviétique. Ce qu'on vit actuellement dans le monde arabe est du même ordre; pourtant cette fois, l'Europe n'est pas au rendez-vous. Or, la lutte des Arabes pour leur libération n'est pas que leur affaire, elle concerne l'Europe au premier chef. Il est donc urgent pour l'Europe, dans son intérêt propre, d'avoir une politique à la mesure de cet enjeu.

    Le discours des contre-révolutionnaires, des partisans du fait que les régimes dictatoriaux sont de moindres maux, est pourtant en train de gagner du terrain en Europe.
    On a la chance d'avoir en France un président et un ministre des Affaires étrangères qui s'inscrivent en faux contre cette tendance. Mais il est vrai qu'elle gagne du terrain en Europe du fait d'une forme de fatalisme, d'abandon, de démission. Les gens qui vous disent « Bachar est le moindre mal contre Daech » sont ceux qui préparent les catastrophes de demain. Ce sont les mêmes qui pensaient en 2003 que renverser Saddam Hussein allait permettre d'importer la démocratie en Irak.

    En tant qu'historien, pensez-vous que la région puisse se remettre de cette terrible période ?
    Loin de moi l'idée d'être innocent ou naïf : c'est un moment terrible. Mais c'est aussi la fin de ce monde dictatorial, car il n'y a aucun espoir dans la restauration des dictatures. On voit bien qu'elles ne se maintiennent qu'à un coût exorbitant. Assad a dû expulser la moitié des Syriens pour prolonger la dynastie de son père. Les régimes construits contre la volonté de leurs peuples sont prêts à toutes les extrémités pour priver ces peuples de leur droit à l'autodétermination.
    On a libéré les monstres, on les voit aujourd'hui à l'œuvre, entre autres avec Daech, mais la seule chose dont l'historien peut être sûr, c'est que leur projet totalitaire ne peut pas s'inscrire dans la longue durée. La séquence que nous vivons depuis 2011 est d'une violence épouvantable du fait de la contre-révolution, mais en même temps, c'est une période d'accélération de l'histoire.
    La nouvelle génération militante a aujourd'hui un bagage sans précédent. J'ai enseigné l'histoire dans le camp de réfugiés syriens à Zaatari (en Jordanie) et j'avais des débats de très haute tenue. Les réfugiés syriens ne se sentent pas obligés de dire que Nasser était une idole ou que Nasser était un tyran. Ils ont compris qu'il pouvait être les deux à la fois. Et que l'avenir appartient aux peuples et non aux despotes.

    Pourquoi avoir voulu tenter l'expérience de la bande dessinée ? Qu'est-ce que ce support peut apporter à l'historien ?
    On fait une bande dessinée pour divertir, pour séduire, ce n'est pas la même démarche que pour un essai. J'ai toujours rêvé de faire de la bande dessinée, mais je n'y serais pas arrivé tout seul. J'ai rencontré aux « Rendez-vous de l'histoire » de Blois, en 2008, le grand dessinateur David B., avec qui nous avons réalisé deux albums. Puis j'ai travaillé avec Cyrille Pomès sur Le Printemps des Arabes, une autre BD documentaire, et La Dame de Damas, qui est ma première fiction. Non pas que nous décrochions du réel, puisque cette BD est enracinée dans une chronologie, dans une banlieue de Damas, que je connais bien, Daraya. J'étais très ému quand, à la fin d'une conférence à l'Institut du monde arabe, un jeune de Daraya est venu me dire : « Comment vous avez fait, c'est vraiment chez nous ? » Des Syriens ont donc reconnu dans cette BD une histoire qui peut être la leur.

    La bande dessinée permet-elle d'apporter un regard plus humain aux crises qui bouleversent le Moyen-Orient ?
    Peut-être pas plus humain, mais plus incarné. On met des visages, on donne une chair, une substance. Des gens qui n'auraient pas lu un essai de ma part, sur la pratique de la non-violence dans une banlieue de Damas, liront peut-être La Dame de Damas. Et finalement, je raconte la même chose. Dans la grande tragédie qu'est la guerre syrienne aujourd'hui, je suis très sensible à la question des disparus. C'est la mort dans la vie et la vie dans la mort. On n'en parle pas, mais il y a des dizaines de milliers de disparus en Syrie. La bande dessinée est aussi pour moi une façon de leur rendre une existence.

     


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  • Le livre d'Hitler, bientôt libre de droit

    Faut-il autoriser la réédition de «Mein Kampf»? La question fait débat dans le pays, alors que les droits du texte tombent dans le domaine public au 1er janvier 2015.

    La publication à l'état brut du manifeste enflammé, qui énonce les bases idéologiques du programme politique nazi et théorise le désir d'élimination des Juifs, restera prohibée en vertu d'une décision des ministres régionaux allemands de la Justice pour empêcher au plan pénal toute «incitation à la haine» et par respect pour les victimes du nazisme.

    En revanche, la fin de la protection des droits rend pour la première fois possible dans le pays la parution d'une version commentée par des historiens. C'est précisément le projet controversé que mène l'Institut d'histoire contemporaine de Munich (IFZ): une édition critique de «Mein Kampf», qui doit sortir dans les librairies allemandes en janvier 2016. Un projet similaire est en cours en France, où la question suscite aussi la polémique.

    «Ce débat s'est vraiment engagé cette année alors que les droits tombent bientôt dans le domaine public», souligne Barbara Zehnpfennig, spécialiste du totalitarisme à l'université de Passau (sud), qui souligne que la discussion suscite «de nombreuses peurs».

    Déconstruire le mythe

    La version annotée à laquelle les chercheurs de l'IFZ travaillent depuis 2009, et qui mettra pour la première fois depuis 1945 le texte original à disposition du public allemand, s'emploie à «déconstruire et mettre en contexte les écrits de Hitler: comment sont nées ses thèses ? Quels objectifs avait-il ? (...) Et surtout: que pouvons-nous opposer avec nos connaissances d'aujourd'hui aux innombrables affirmations, mensonges et déclarations d'intention de Hitler ?», se justifie l'institut.

    «Mein Kampf» (en français «Mon combat») a été rédigé en 1924 par Adolf Hitler, en prison après l'échec de son putsch, à Munich. L'achat, la vente ou la possession de vieilles éditions d'origine du livre, dont environ 12,4 millions d'exemplaires en langue allemande ont été diffusés jusqu'en 1945, ne sont pas interdits en Allemagne.

    Une Bavière hésitante

    C'est en Bavière où il avait sa résidence secondaire que le «Führer» laissa juridiquement avant sa mort en 1945 tous ses biens. La région reçut du gouvernement militaire américain, au sortir de la Seconde Guerre mondiale, les droits du livre avec mission d'empêcher la diffusion de l'idéologie nazie.

    Aujourd'hui, la Bavière reste du coup très hésitante face à la sortie programmée de la version commentée. Elle avait commencé par soutenir le projet, lui octroyant un financement de 500'000 euros en 2012, avant de revenir sur sa décision fin 2013 pour ne pas heurter les victimes.

    «Je ne peux pas demander l'interdiction du NPD (parti allemand d'extrême droite) et dans la foulée prêter les blasons de l'Etat pour la diffusion de +Mein Kampf+», avait alors déclaré le ministre-président bavarois Horst Seehofeer.

    Responsabilité des autorités

    Pour le journaliste Sven Felix Kellerhoff, auteur d'un livre sur l'histoire de «Mein Kampf», le refus des autorités d'autoriser jusqu'ici la publication d'une version commentée a contribué à «mythifier» le brûlot. «Il est absolument nécessaire qu'une version commentée sérieuse de +Mein Kampf+ soit mise à la disposition du public» à des fins éducatives, dit-il.

    «Il est très important que l'on se penche de manière approfondie sur Hitler et sa conception du monde», abonde la politologue Barbara Zehnpfennig, qui plaide pour que «Mein Kampf» puisse également être lu dans sa vision non commentée. «Nous sommes tous adultes et nous avons pratiqué la démocratie pendant 70 ans, je pense que nous pouvons supporter de lire un tel livre», juge-t-elle.

    «Le livre est dangereux»

    Les sympathisants d'extrême droite «sont très peu à le connaître vraiment, tranche-t-elle, ce n'est pas à cause de ce livre qu'ils sont d'extrême droite».

    «Le livre est dangereux. C'est une boîte de Pandore», affirme pour sa part à l'AFP Charlotte Knobloch, présidente de la communauté juive de Munich. A ses yeux même une version critique recèle un danger de propagande haineuse «car elle contient le texte d'origine» qui lui ne «devrait plus être imprimé».

    «Nous avons pu voir récemment à quel point le potentiel de la haine antijuive, du racisme et de la xénophobie est important dans notre société, également en Allemagne», met-elle en garde.

    Hitler, en prison après l'échec de son putsch, à Munich. L'achat, la vente ou la possession de vieilles éditions d'origine du livre, dont environ 12,4 millions d'exemplaires en langue allemande ont été diffusés jusqu'en 1945, ne sont pas interdits en Allemagne.

     


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  • «L'Occident terroriste, d'Hiroshima... aux drones»

    Dans ce livre, Noam Chomsky s'entretient avec le réalisateur et journaliste d'enquête Andre Vltchek sur la puissance de l'Occident et son appareil de propagande. « L'Occident terroriste » constitue une excellente introduction à la pensée politique de Chomsky et une lecture éclairante sur le véritable rôle de l'Occident dans le monde. S'ouvrant sur l'histoire du kiosque à journaux de New York où le jeune Chomsky a commencé à faire son éducation politique, la discussion s'élargit progressivement sur des sujets tels que le colonialisme et le contrôle impérialiste, la propagande et les médias, la puissance et le déclin des États-Unis. Les auteurs critiquent de façon magistrale l'héritage du colonialisme et l'exploitation des ressources naturelles par l'Occident en effectuant un retour sur les grands événements qui ont jalonné le XXe siècle. Ce livre d'entretiens est une bouffée d'air frais pour tous ceux et celles qui refusent de se laisser gagner par le cynisme et la déception devant l'état du monde actuel.

      Provocateur, globe-trotteur comme on n'en fait plus, il a rencontré beaucoup de monde pour conclure à l'injustice de ce monde.

    Aujourd'hui à presque 88 ans, cet homme aux mille vies continue de s'interroger et d'interpeller les gens en multipliant les mises en garde.

    Son dernier ouvrage : L'Occident terroriste : d'Hiroshima à la guerre des drones au titre significatif et ô combien accusateur, est une alerte qui n'est le fait ni d'un génie fauché ni d'un vagabond incompris.

     Celui qui veut aiguillonner la révolution des consciences est dépité par «la dégénérescence» des vertus cardinales, gangrenées par les puissances de l'argent. Dédaignant les joutes idéologiques imposées par des intellectuels assujettis, le philosophe cohérent et sincère veut sortir des carcans préfabriqués et des solutions prêt-à-porter. Hussard sur le toit brûlant d'une planète en ébullition voire en feu, ce saltimbanque de la pensée en mouvement perpétuel n'en finit pas de tirer la sonnette d'alarme et sur ceux qu'il considère à l'origine des désastres présents et à venir...Cet homme, c'est Noam Chomsky, ulcéré par le fait que la politique a été supplantée par l'économique. «L'ultralibéralisme économique a ceci de particulier.

     En échappant aux institutions et aux régulations, celui-ci trouve un terreau propice à son expansion sauvage. En poursuivant avec la même arrogance son pouvoir si caduc en se déployant davantage de manière hégémonique. On a l'impression de vivre piégés. Cette situation fatale découlerait d'une globalisation'' dont on ne connaît ni les tenants, encore moins les aboutissants».

     C'est à peu près autour de ces questions que le professeur en linguistique a consacré une bonne partie de ses travaux. Mais qui est au juste Noam Chomsky ? Il est né en 1928. Après des études studieuses en hébreu, il s'oriente vers la linguistique dont il devient l'une des références les plus en vue.

    DE LA RELIGION À L'ANARCHISME

     C'est vers 1964 que Chomsky a pris la décision de s'engager publiquement dans le débat politique. Depuis la publication de L'Amérique et ses nouveaux mandarins, en 1969, Chomsky a consacré l'essentiel de ses interventions publiques à une critique radicale de la politique étrangère des Etats-Unis.

     Elle n'est guidée, selon lui, que par la volonté de favoriser coûte que coûte l'expansion ou le maintien de l'empire américain, si bien que «les Etats-Unis ne peuvent tolérer le nationalisme, la démocratie et les réformes sociales dans le tiers-monde parce que les gouvernements de ces pays devraient alors répondre aux besoins de la population et cesser de favoriser les intérêts des investisseurs américains».

     A ce titre, Chomsky pense notamment que l'étiquette de «terroriste» est une arme idéologique employée par des gouvernements qui ont été incapables de reconnaître la dimension terroriste de leurs propres activités. Il critique largement la politique d'Israël vis-à-vis des Palestiniens et le soutien des Etats-Unis à cette politique.

     Pour lui, loin de conduire à un véritable «processus de paix», le soutien diplomatique et militaire apporté depuis la résolution 242 par les Etats-Unis à leurs alliés israéliens au Moyen-Orient bloque toute initiative concrète en ce sens. En Israël, selon le quotidien Haaretz, Chomsky est vu par la droite, mais pas seulement, comme un déserteur, un traître et un ennemi de son peuple. Eveilleur Chomsky ? Il faut bien le croire en suivant son itinéraire chahuté.

     En s'interrogeant en permanence sur notre incapacité à réagir, en acquiesçant presque toujours tétanisés, vivant non pas sous l'empire de la fatalité, mais plus banalement sous un régime planétaire dont l'idéologie évacue le principe même du politique et que sa puissance se passe du pouvoir et des institutions étant la source et le moteur des drames planétaires à propos desquels ce pouvoir invisible parvient à n'être même pas mentionné, car s'il détient la gestion véritable de la planète il délègue aux gouvernements soumis l'application.

     Aussi, la question n'est pas pour ce régime international d'organiser une société, mais d'accumuler des richesses et des profits, prêt à tous les ravages. «L'Occident, nous prévient-il, voit la démocratie chez les autres à travers un prisme bien singulier. Une démocratie à géométrie variable, penchant au nom de ses intérêts plutôt vers la deuxième conception de la démocratie qui veut que le peuple doit être exclu de la gestion des affaires qui le concernent et que les moyens d'information doivent être étroitement et rigoureusement contrôlés.

     On est loin de la participation efficace des citoyens à la gestion des affaires qui les concernent et qui a cours dans les sociétés avancées.» Aussi Noam rappelle-t-il certaines évidences, en allant puiser dans l'histoire tumultueuse de la plus grande puissance mondiale. «Lippmann, figure de proue des journalistes américains et grand théoricien de la démocratie libérale, avait déjà reconnu il y a un siècle l'impact de la propagande censée fabriquer le consentement, c'est-à-dire pour obtenir l'adhésion de la population à des mesures dont elle ne veut pas grâce à l'application de nouvelles techniques de propagande.» Démocratie, que de dégâts a-t-on commis en ton nom ? s'est interrogé Chomsky : «Depuis la fin de la Seconde guerre mondiale, le colonialisme et le néo-colonialisme occidentaux ont causé la mort de 55 millions de personnes, le plus souvent au nom de nobles idéaux comme la liberté et la démocratie. Pourtant, l'Occident parvient à s'en tirer en toute impunité et à entretenir aux yeux du reste du monde le mythe voulant qu'il soit investi de quelque mission morale.

     Comment y arrive-t-il ?» Chomsky dénonce de façon magistrale l'héritage funeste du colonialisme et l'exploitation éhontée des ressources naturelles de la planète exercée par les pays du Nord. Chomsky parle de la censure avec beaucoup de dérision. «Chez nous, la censure s'exerce aussi d'autres façons.

     Nos médias emploient des techniques qui, sans relever précisément de la censure, nous empêchent de dire quoi que ce soit.» Plus sérieusement, l'analyste lucide et au fait des choses livre certaines vérités sur les manipulations et les retournements de situations qu'on a de la peine à croire. «Au début de l'invasion américaine de l'Afghanistan, j'ai séjourné à Islamabad. La capitale pakistanaise était l'endroit le moins éloigné du théâtre des opérations auquel la presse avait accès.

     Des hordes de journalistes s'y trouvaient donc pour couvrir l'événement, et j'ai constaté la même chose : ils étaient tous assis au bar de l'hôtel à s'amuser. Quand un missile a détruit les bureaux d'Al Jazeera à Kaboul, ils ont minimisé l'affaire en la qualifiant d'erreur de tir. Tous les journalistes présents s'en moquaient Ils admettaient tous qu'on cherchait à pulvériser cet immeuble, mais aucun d'eux n'a rapporté cette information. Ils ont tous écrit le même texte.

     C'était en Afghanistan, mais j'ai constaté la même chose en Cijordanie et en Amérique centrale (...). Nombreux sont les reporters qui ne vont jamais sur le terrain. Il existe cependant de courageuses exceptions qui méritent tout notre respect.»

     LE MAL, C'EST L'ULTRALIBÉRALISME

     Chomsky évoque les collusions suspectes de l'Amérique. Si l'on s'intéresse aux tribunaux internationaux, on constate que ce sont surtout des Africains qui y sont accusés, ainsi qu'une poignée d'ennemis de l'Occident, tel Milosevic. Et ces Africains font toujours partie du camp auquel nous nous opposons.

     Pourtant, d'autres crimes n'ont-ils pas été commis ces dernières années ? «Prenez l'invasion de l'Irak : il n'y a rien là qui puisse être considéré comme criminel -- si l'on oublie Nuremberg et le reste du droit international contemporain. Il en est ainsi pour une raison d'ordre juridique peu connue : les Etats-Unis se sont immunisés contre toute poursuite. En 1946, ils ont adhéré à la Cour internationale de justice en imposant une condition : celle de ne jamais y être poursuivis en vertu d'un traité international, qu'il s'agisse de la Charte des Nations unies, de la Charte de l'Organisation des Etats américains (OEA) ou des Conventions de Genève.

     Ils se sont donc mis à l'abri de tout procès relatif à ces dispositions, ce que la Cour a accepté. Le cas du Sahara occidental est intéressant. Ses habitants, les Sahraouis, sont de véritables non-personnes ! Il s'agit de la dernière colonie officielle d'Afrique, si bien que les Nations unies ont été chargées de son administration et de sa décolonisation (...) Mais sitôt annoncée la rupture du lien colonial en 1975, le pays a été envahi par le Maroc, un satellite de la France.

     La plus récente récrimination a été soulevée au tout début du Printemps arabe. En fait, c'est au Sahara occidental que le Printemps arabe a commencé avant la Tunisie.» Chomsk est formel quant au financement du terrorisme international alors que les Américains laissent faire. «Les Saoudiens financent généreusement les variantes les plus extrémistes de l'islamisme radical -- le wahhabisme des madrasas du Pakistan aux groupes salafistes d'Egypte. Les Etats-Unis n'y voient aucun problème et ne font rien pour les en empêcher. La thèse voulant que les Etats-Unis s'opposent à l'islamisme radical est ridicule. L'Etat islamiste le plus fondamentaliste du monde est l'Arabie Saoudite, un favori de Washington. Le Royaume-Uni a lui aussi soutenu l'islamisme de manière assidue.

     Cet appui découle de la nécessité de combattre le nationalisme séculier. La relation de proximité qui existe aujourd'hui entre les Etats Unis et Israël s'est établie en 1967 quand l'Etat hébreu a généreusement écrasé le nationalisme séculier.» Le Printemps arabe est une équation complexe, estime Chomsky, «ce n'est qu'au cours de la dernière décennie que l'Amérique latine, pour la première fois depuis les conquistadors, a emprunté le chemin de l'intégration et de l'indépendance.

     Ce continent a aussi entrepris de faire face à certains de ses propres problèmes sociaux qui sont terribles. Son évolution récente a une portée historique. Si le Printemps arabe allait dans la même direction, ce qui est encore possible, l'ordre mondial en sortirait radicalement transformé. C'est pourquoi l'Occident fait tout pour l'en empêcher.»

     UNE TRIBUNE POUR LES SANS-VOIX

     «Je pressens que les gouvernements vont bientôt perdre toute crédibilité, incapables qu'ils sont de régler les problèmes fondamentaux qui ont donné lieu aux soulèvements, à savoir les politiques néolibérales et leurs conséquences. Ils ne font que les reconduire. Leurs pays vont ainsi s'enfoncer davantage dans le marasme. Prenons la Libye, par exemple. Le bombardement de ce pays n'a reçu pratiquement aucun appui au-delà des trois puissances impériales classiques que sont le Royaume-Uni, la France et les Etats-Unis.

     On parle de la communauté internationale'', mais il s'agit d'une vue de l'esprit. Si les appuis ont été si rares, ce n'est pas sans raison : en mars 2011, les Nations unies avaient adopté une résolution appelant à l'établissement d'une zone d'exclusion aérienne'', à la protection des civils, à l'imposition d'un cessez-le-feu et à l'ouverture de négociations. Les puissances impériales ne souhaitaient pas emprunter cette voie. Elles voulaient prendre part à la guerre et imposer à la Libye un gouvernement correspondant à leurs attentes. Si le reste du monde s'opposait à l'offensive aérienne, c'est parce qu'il craignait que celle-ci, en menant à une guerre d'envergure, ne débouche sur une catastrophe humaine.

     Et c'est ce qui s'est produit. C'est d'ailleurs une des raisons pour lesquelles plus personne n'en parle ; la Libye n'est plus qu'un champ de ruines.» Le terrorisme international qui semble avoir tissé une toile à travers le globe avec une facilité déconcertante restera comme une tache noire, mais aussi une énigme. «On classe les actes terroristes dans les catégories bien distinctes. Les leurs'' qui sont épouvantables, et les nôtres'' qui relèvent de la vertu». Vous avez dit vertu ? Et puis Chamsky de mentionner l'attaque de novembre 2004 contre Falloudja par les forces armées américaines, un des pires crimes commis dans le cadre de l'invasion de l'Irak. «Cela a commencé par l'occupation de l'hôpital général.

     Cela constitue déjà en soi un grave crime de guerre. Des soldats en armes ont forcé les patients et les employés de l'hôpital à sortir des chambres, puis leur ont ordonné de s'asseoir et de se coucher par terre et leur ont ligoté les mains derrière le dos, rapportait l'article. Selon ce dernier, ces crimes étaient non seulement justifiés mais méritoires. En fait, l'hôpital général de Falloudja diffusait régulièrement des rapports sur le nombre des victimes civiles...».

     Bio express

     Naissance le 7 décembre 1928 à Philadelphie (Etats-Unis). Après avoir fait des études théologiques, il s'oriente vers la linguistique dont il devient un éminent représentant. C'est au Massachusetts Institute Of Techologie qu'il a enseigné toute sa carrière.

     Il s'est fait connaître du grand public à la fois dans son pays et à l'étranger par son parcours d'intellectuel engagé de tendance anarchiste. Il mène une campagne virulente contre la guerre du Vietnam, ce qui lui vaut bien des déboires.


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  • "Le drone militaire est un progrès technologique et opérationnel mais aussi moral"

    Jean-Baptiste Jeangène Vilmer (1) est un philosophe de la guerre. Auteur prolifique, il publie « Erythrée, un naufrage totalitaire » (PUF), une radiographie instructive d'un des derniers Etats totalitaires de la planète dont la jeunesse vient grossir le flux des réfugiés qui tentent de rallier l'Europe. L'occasion d'interroger ce chercheur au parcours original, également diplômé en droit et en science politique. Après avoir enseigné à l'étranger, il a décidé de se frotter en temps réel « au bruit et à la fureur » des relations internationales, en intégrant le CAPS (Centre d'analyse, de prévision et de stratégie). Cette entité, qui dépend directement du ministre des Affaires étrangères, a la particularité de faire travailler ensemble diplomates et chercheurs. En charge des « affaires transversales », Jean-Baptiste Jeangène Vilmer s'y occupe notamment des questions liées aux conflits armés et aux droits de l'homme, autrement dit des dossiers urgents : recrudescence des affrontements (Proche Orient et Ukraine), extension du terrorisme, émergence de Daech, rôle des grandes puissances mais aussi évolution technologique (drones, cyber-attaques), qui modifient l'évolution des conflits.

    Vous publiez un livre sur l'Érythrée, pourquoi cet intérêt pour ce pays ? Pour deux raisons : la première est personnelle, c'est un intérêt pour la photographie de voyage et la Corne de l'Afrique en particulier. J'avais déjà publié, en 2011 avec Franck Gouéry, un livre de photos sur le Danakil éthiopien, une dépression désertique et volcanique qui est le lieu le plus chaud du monde et le plus bas d'Afrique. Un ouvrage photographique sur Djibouti est aussi en préparation. L'autre raison est plus théorique, et relève de la philosophie politique. Je m'intéresse au totalitarisme, à cette expérience de domination politique qui a l'unification comme fin (parti unique, fusion de l'État et de la société, dissolution du privé dans le public, monopole de la vérité) et la terreur comme moyen (exécutions, arrestations arbitraires, torture). Or, l'Érythrée compte parmi les derniers régimes totalitaires, avec la Corée du nord et le Turkménistan. J'ai vécu un an au Turkménistan et ai écrit deux livres sur ce pays d'Asie centrale. En dépit de leur distance géographique et culturelle, travailler sur l'Érythrée s'inscrit dans cette continuité. Le totalitarisme est aujourd'hui coincé entre deux écueils. Certains en font un concept historique, applicable seulement à l'Allemagne nazie, l'URSS stalinienne, éventuellement la Chine de Mao, le cas de l'Italie fasciste de Mussolini restant discuté. Dans tous les cas, il n'y aurait plus de régimes totalitaires. D'autres, au contraire, appliquent la notion à tout et n'importe quoi : de Daech jusqu'à la dictature du marché, du capital, en passant par un certain nombre d'États autoritaires. Cette élasticité rend le concept inopérant. J'ai voulu le réhabiliter, montrer qu'il reste opérationnel à condition de le définir rigoureusement. Il est utile de revenir aux classiques, notamment à ceux des années 1950-1960 : Hannah Arendt, Raymond Aron, Zbigniew Brzezinski, George Orwell, l'auteur de 1984, qui a beaucoup contribué à sa théorisation. Vous analysez également le rapport de la communauté internationale à l'Érythrée, dont une partie de la population fuit le pays pour venir se réfugier en Europe. Comment réagir ? On estime qu'entre 5.000 et 10.000 Érythréens fuient leur pays chaque mois. En 2014, ils constituaient le deuxième contingent de migrants arrivés en Italie par la mer depuis la Libye (33.559), juste derrière les Syriens (39.651). Ce sont essentiellement des jeunes, qui fuient le service national à durée indéterminée, la misère, l'oppression et l'absence d'avenir. On ne peut pas espérer régler la question des réfugiés érythréens en discutant avec le régime, et surtout pas en l'aidant financièrement. Or c'est ce que l'Europe est en train de faire. 

     

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  • Le CICR a-t-il facilité la fuite des criminels de guerre nazis?

    Le titre de voyage délivré par le CICR avec lequel Adolf Eichmann est parvenu à s’enfuir.

    L’historien Gerald Steinacher publie un livre qui accuse le CICR des années 1945-1950.

    Historien d’origine autrichienne et professeur à l’Université de Nebraska-Lincoln, aux Etats-Unis, Gerald Steinacher publie la traduction française d’une vaste étude: «Les nazis en fuite».

    Le livre met en cause le Vatican, la CIA, mais aussi le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) qui aurait facilité la fuite d’anciens criminels de guerre nazis, dont Eichmann et Mengele, en leur délivrant des titres de voyage sans prendre la peine de vérifier leur identité. Les faits étudiés se déroulent en Italie, entre la fin de la Seconde Guerre mondiale et le début des années 1950. Alors que s’installe la guerre froide.

    Responsabilité morale

    Gerald Steinacher ne ménage pas le CICR. Il incrimine au mieux son «amateurisme», au pire sa complaisance idéologique à l’égard des fuyards. Et il conclut en lui attribuant une «responsabilité morale» dans l’exode de ces criminels de guerre qui sont parvenus à fuir l’Europe et la justice.

    Chargé de recherches historiques au CICR, Daniel Palmieri réfute ces critiques et dénonce un travail d’une grande légèreté sur les archives de l’organisation humanitaire.

    Entre la fin de la Seconde Guerre mondiale et le début des années 1950, plusieurs dizaines de criminels de guerre nazis sont parvenus à fuir l'Allemagne et à échapper à la justice internationale. Quelles filières ont-ils suivi ? De quelles complicités ont-ils joui ? Où ont-ils trouvé refuge ? Gerald Steinacher démêle ici le vrai du faux, laissant de côté fantasmes et théories du complot, pour nous offrir un récit saisissant de la fuite des séides de Hitler les plus convaincus, ou les plus compromis. Le résultat de son enquête est édifiant : les filières d'évasion passent par le Tyrol, pour rejoindre ensuite les ports italiens et, au-delà, le continent sud-américain. Les fugitifs – Adolf Eichmann, Josef Mengele ou encore Klaus Barbie – bénéficient de papiers d'identité de la Croix-Rouge, du soutien du Vatican et de la protection de la CIA. C'est que, dans le cadre de la guerre froide en gestation, les puissances occidentales d'après-guerre avaient de nombreuses motivations pour exfiltrer d'anciens nazis, de la pénurie de personnel de renseignements à la lutte contre le " communisme athée ". Par cette enquête passionnante, où la réalité dépasse souvent la fiction, l'auteur retrace avec finesse ce moment d'histoire effarant.

    Le CICR a-t-il facilité la fuite des criminels de guerre nazis?

     


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