• Lutte contre l’EI : Obama peine à démêler les intérêts alliés

    Lutte contre l’EI : Obama peine à démêler les intérêts alliés

    Washington a tenté de «resserrer les boulons» d’une coalition qui se délite à l’occasion, mardi aux Etats-Unis, d’une réunion des chefs militaires d’une vingtaine de pays.

    Officiellement, l’objectif était de «parler d’une vision commune, des défis et de l’avenir de la campagne contre l’Etat islamique», comme l’a dit le Pentagone. En privé, on reconnaît aussi à Washington que la réunion qui a rassemblé, mardi sur la base aérienne d’Andrews (Maryland), les chefs militaires d’une vingtaine de pays de la coalition menée par l’Amérique contre le groupe extrémiste «devait permettre de resserrer un peu les boulons en des temps difficiles».

     

    Près d’un mois après les premières frappes aériennes en Syrie, l’administration américaine doit faire face à des dissensions de plus en plus flagrantes avec ses alliés dans le combat contre les extrémistes.

    Depuis plus d’une semaine, Washington fait notamment part de son irritation constante face à Ankara et ce qui est perçu comme «l’inaction turque» devant l’assaut des jihadistes contre la ville kurde de Syrie Kobané. Dernier épisode en date : les propos contradictoires des deux capitales quant à la possible utilisation des bases aériennes turques, et plus particulièrement celle d’Incirlik, par les avions américains. Alors que les Etats-Unis s’étaient félicités dimanche d’un accord à la suite d’intenses discussions bilatérales, la Turquie a souligné lundi que rien n’avait été signé avec Washington. Entraînant de facto une certaine confusion et la nécessité de nouveaux pourparlers.

    «Double jeu». Autant de divergences qui traduisent en réalité la complexité des enjeux régionaux pour certains des partenaires des Etats-Unis dans la lutte contre l’EI. Depuis le début des frappes aériennes, la Turquie s’inquiète ainsi du soutien militaire de Washington aux Kurdes syriens, alliés du PKK, le parti des rebelles kurdes turcs. Ankara, mais aussi l’Arabie Saoudite ou encore la Jordanie ont également fait part de leurs craintes de voir la campagne aérienne américaine renforcer le pouvoir de Bachar al-Assad à Damas. «En lançant un appel à une mobilisation mondiale contre l’Etat islamique à la tribune de l’Assemblée générale des Nations unies et en déclenchant des frappes en Syrie avec la collaboration de cinq pays arabes, Obama a évidemment tenté de légitimer son action, explique un diplomate arabe aux Nations unies. Personne ne veut voir Daech [le nom arabe de l’EI, ndlr] progresser et établir son califat. Mais à moyen et long terme, les intérêts des uns et des autres ne sont pas forcément les mêmes. Si l’on veut résumer, les monarchies du Golfe traditionnelles comme l’Arabie Saoudite, les Emirats arabes unis et la Jordanie ne voient pas les choses de la même façon que la Turquie, ou même que le Qatar.»

    La semaine dernière en outre, Riyad, Abou Dhabi et Amman ont mis en garde la Maison Blanche contre le «double jeu» du Qatar, accusé de continuer à financer des groupes extrémistes malgré son engagement au sein de la coalition. L’été dernier, le département américain du Trésor avait établi plusieurs rapports montrant que des fonds importants émanant de l’émirat alimentaient les caisses d’Al-Qaeda, du Front al-Nusra syrien et même de l’Etat islamique. La Jordanie, notamment, n’a pas caché qu’elle n’accepterait rien d’autre «qu’une tolérance zéro face au financement de l’extrémisme».

    Zone tampon. Pour l’administration Obama, la priorité est donc de resserrer les rangs de la coalition sur la base d’Andrews, mais aussi de convaincre ses alliés d’en faire encore un peu plus. Au Département d’Etat, on souligne que l’Amérique n’a toujours aucune intention de déployer des troupes au sol mais que «c’est aux acteurs sur place de produire des efforts».

    Réticents, pour beaucoup, à l’établissement d’une zone tampon au nord de la Syrie réclamée par Ankara, les chefs d’état-major américains pourraient toutefois en discuter l’hypothèse, afin notamment d’utiliser le territoire pour entraîner et former les rebelles syriens modérés. Une façon d’amplifier la campagne contre l’EI tout en maintenant la pression sur Bachar al-Assad.


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