• Lutter contre la torture, un autre défi pour le CICR

    La spirale des violences fait naître de nouvelles générations de tortionnaires qui n’ont cure du droit international.

    Le CICR n’est pas seulement sur le terrain pour porter secours aux populations civiles otages de conflits sanglants. Depuis sa création, l’organisation basée à Genève s’efforce de faire vivre le droit humanitaire international en jouant les vigies. L’une des missions historiques du CICR consiste, notamment, à rendre visite aux personnes privées de liberté pour détecter, prévenir et empêcher les atteintes à leur intégrité physique ou morale. Un combat de plus en plus difficile. Avec l’explosion du nombre de conflits et la spirale des violences, une nouvelle génération de tortionnaires, parfois plus violente que la précédente, opère à l’ombre des prisons ou des champs de bataille. «Plus que jamais la torture et les traitements cruels, inhumains ou dégradants persistent», constate le CICR.

    A chaque retour de mission, ses équipes essaient de faire avancer le débat et la réflexion pour mieux gérer ce phénomène. Cette semaine, l’organisation humanitaire se penche sur «la figure du tortionnaire et les processus qui peuvent pousser ce dernier à l’acte de torture».

    Action préventive

    Fouiller l’âme de ces bourreaux, démonter le mécanisme qui nourrit les postures criminogènes, c’est le travail de la psychologue psychothérapeute française Françoise Sironi qui va venir échanger ses connaissances et son expérience avec les experts et chefs d’équipe du CICR. Un travail de l’ombre rarement mis en lumière mais qui permet de mesurer l’efficacité des outils juridiques existants tout en fournissant des informations pratiques et concrètes aux équipes qui opèrent sur le terrain.

    «La lutte contre la torture est un défi qui ne peut être adressé dans son ensemble que dans une perspective à la fois préventive, curative et normative», résume Sophie Barbey, chargée des questions de détention au sein du CICR.

    Pour combattre plus efficacement toutes les formes de mauvais traitements, il est important de cerner qui sont les responsables de ces actes, et quelle est leur place dans le système auquel ils appartiennent. «Agir sur le comportement de ces personnes implique de déconstruire les mécanismes qui les ont forgés et de comprendre au mieux les raisons qui les ont poussés à l’acte», poursuit Sophie Barbey.

    Comment devient-on un bourreau et pourquoi? Quel rôle ont ces personnes dans la société? Voilà quelques-unes des questions qui seront soulevées. «Un même silence lie souvent tortionnaires et victimes de torture. Silence du déni pour les uns, silence de la peur intériorisée pour les autres. Ce silence qui cache la vérité renforce alors la culture d’impunité et érode l’interdiction de la torture et la sanction liée à de tels actes», constate le CICR.

    Séquelles irréparables

    Françoise Sironi considère que l’on ne peut comprendre «la fabrication des tortionnaires» par la seule perversité de certains individus. «Il existe un véritable travail d’initiation du bourreau […] qui rend possible la transgression des interdits et des tabous du monde ordinaire», explique-t-elle.

    Evidemment, la multiplication des conflits ces dernières années et les coups de sabre portés au droit humanitaire, expliquent que la question de la torture soit un véritable sujet de préoccupation. Mais pour les équipes du CICR, il est important de savoir se détacher de l’actualité pour nourrir une réflexion et un travail de fond. Aucun pays ou communauté n’est immunisé contre l’apparition et la persistance d’un tel phénomène, «souvent justifié ou toléré sur des bases politiques, sécuritaires, culturelles et/ou religieuses», relève l’organisation basée à Genève.

    Pour les humanitaires et les défenseurs des droits de l’homme, les actes de torture et autres formes de mauvais traitements constituent une «atteinte intolérable à la dignité de la personne humaine». Ils prétéritent aussi l’avenir. Les conséquences physiques et psychologiques pour les individus victimes de torture sont souvent graves, voire irréparables. Mais surtout, elles nourrissent le ressentiment et la haine qui perpétuent le cycle des violences.

    Lutter contre la torture CICR, jeudi 3 décembre, 18 h 30-20 h. Inscriptions


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