• Vers une reconfiguration de la MINUAD?

     

    Près de 10 ans après la mise en place de l'Opération de l'Union africaine et des Nations Unies au Darfour (MINUAD) et à la suite d'un examen stratégique mené en mars 2017, le Conseil de sécurité s'est vu proposer mercredi une reconfiguration de cette mission pour tenir compte de l'évolution sur le terrain.

    Les effectifs militaires et de police seraient fortement réduits et la MINUAD serait appelée à mener des activités de consolidation de la paix en collaboration avec l'équipe de pays et le gouvernement du Soudan, sauf dans le Djebel Marra où elle poursuivrait des activités plus classiques de maintien de la paix.

    Le représentant du Soudan a salué ces recommandations et a souhaité leur adoption en l'état, afin de commencer à mettre en œuvre la stratégie de sortie de la MINUAD. Ce processus nécessitera toutefois la pleine coopération du gouvernement du Soudan, a indiqué le Sous-Secrétaire général aux opérations de maintien de la paix, El-Ghassim Wane, en expliquant qu'il fallait éviter tout vide dans les régions d'où la MINUAD est appelée à se retirer.

    M. Wane présentait au Conseil les conclusions et recommandations du Secrétaire général de l'ONU et de la Présidente de la Commission de l'Union africaine (UA), qui sont le résultat de l'examen stratégique de la MINUAD.

    Il a relevé que d'importants changements étaient survenus au Soudan depuis que le Conseil de sécurité avait proposé, il y a 10 ans, le mandat de la MINUAD.

    Sur le terrain, les succès militaires du gouvernement ont réduit la rébellion à une petite présence de l'Armée de libération du Soudan-faction Abdul Wahid (ALS/AW) dans l'ouest du Djebel Marra, a expliqué M. Wane. Le nombre des incidents intercommunautaires a également diminué, du fait des efforts du Gouvernement et des dirigeants communautaires. Parallèlement, la conclusion du dialogue national et l'inclusion du Document de Doha dans la Constitution ont permis de réaliser des progrès sur le plan politique.

    Il reste néanmoins quelque 2,7 millions de déplacés internes, a-t-il indiqué, en soulignant qu'il fallait encore répondre aux nombreuses causes du mécontentement à l'origine du conflit et aux problèmes qui en ont résulté. Il a pointé du doigt les activités des milices, les différends intercommunautaires non résolus relatifs notamment au partage des ressources en eau ou en terres, ainsi que la prévalence d'armes et de groupes criminels. À cela s'ajoutent les insuffisances et l'inefficacité des institutions chargées de faire respecter l'état de droit.

    De cette situation, le rapport conjoint conclut que la MINUAD connaît actuellement deux types de problèmes liés aux causes profondes du conflit. Le premier découle de l'instabilité persistante dans la région du Djebel Marra et des déplacements qu'elle entraîne; le second touche à la violence intercommunautaire.

    C'est pourquoi le rapport conjoint propose un nouveau concept d'opérations à deux volets selon les régions. Dans la plus grande partie du Darfour, l'approche devrait être axée sur la consolidation de la paix, tandis que dans le Djebel Marra et ses environs immédiats, la mission devrait conserver les attributions plus traditionnelles de maintien de la paix, en traitant les problèmes qui empêchent le retour des populations déplacées.

    L'adoption de ce nouveau concept d'opérations permettrait de réduire de 36 à 18 le nombre des bases d'opérations et de réduire la présence de Casques bleus en passant de 16 à 8 bataillons. M. Wane a cité les nouveaux plafonds envisagés qui seraient de 8.735 militaires et 2.360 policiers, soit des réductions de 44% du plafond actuel autorisé pour le personnel militaire et de 30% pour la composante de police.

    Si les priorités actuelles de la MINUAD, qui traite des questions en suspens, représentent une bonne base pour les tâches que la mission devrait continuer d'accomplir, le rapport recommande un « ajustement » des priorités. Ainsi, dans le domaine du processus politique, la MINUAD devrait se concentrer sur la mise en œuvre effective du Document de Doha pour la paix au Darfour, désormais intégrée dans la Constitution soudanaise. Pour leur part, les activités de protection des populations civiles devraient se poursuivre dans la région du Djebel Marra élargie, alors que la mission se concentrerait dans les autres États du Darfour sur les conditions de vie et l'état de droit dans le cadre d'un fort partenariat avec l'équipe de pays.


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  • 31 mai 2017 – Le Slovaque Miroslav Lajcák a été élu Président de la 72e session de l’Assemblée générale des Nations Unies. Ministre des affaires étrangères et des affaires européennes de la Slovaquie, il a été élu par acclamation par les 193 Etats membres de l’ONU réunis en Assemblée générale à New York.

    Durant son discours d’investiture, le Président élu de la prochaine Assemblée générale a mis l’accent sur les six priorités qu’il souhaite défendre pendant son mandat. Il a d’emblée annoncé qu’il demanderait aux États membres de mettre l’accent sur les peuples, ainsi que sur la prévention et la médiation en faveur d’une paix durable. Sa troisième priorité sera la migration et le processus en cours du Pacte mondial pour la migration.

    M. Lajcák a expliqué qu’il faudra approfondir la question des Objectifs de développement durable (ODD) et du climat en mettant un accent particulier sur les besoins des pays les moins avancés (PMA) et des petits États insulaires en développement (PEID). « Ma cinquième priorité sera la question des droits de l’homme », a-t-il insisté en précisant qu’il ne peut y avoir de paix et de développement sans respect de la dignité et des droits fondamentaux de tous.

    Dans ce contexte, le Président élu de la 72e session de l’Assemblée générale a assuré qu’il garantirait l’équilibre homme-femme et une répartition géographique aussi équitable que possible au sein de son Bureau. Enfin, il a mis l’accent sur la « qualité » des travaux des Nations Unies en expliquant qu’il aurait le souci de faire participer davantage les petits pays à tous les travaux qui seront mandatés sous sa présidence.

    Un autre objectif de M. Lajcák est de favoriser une interaction constructive, éclairée et ouverte à tous entre les États membres et le Secrétaire général. Il s’est en outre dit prêt à examiner les initiatives de réforme du Secrétaire général dans les domaines de la paix et de la sécurité, du développement et de la gestion.

    M. Lajcák a jugé vital d’améliorer plus avant l’efficacité et le rôle de l'Assemblée générale. « C’est une question éthique et politique », a-t-il dit en faisant remarquer que la réforme la plus souvent évoquée est celle de la composition du Conseil de sécurité, son objectif étant d’en faire un organe en phase avec les nouvelles réalités mondiales du XXIème siècle.

    Ce n’est pas une époque facile pour être à la tête des Nations Unies, a-t-il lancé au Secrétaire général, António Guterres, avant de remercier le Président sortant de l'Assemblée générale, Peter Thomson. « Je m’engage à représenter chaque pays de façon juste et ouverte pour que chacun sente que sa place compte », a-t-il conclu.

    Présent lors de l’investiture, M. Guterres a félicité M. Lajcák pour son élection en tant que Président de l'Assemblée générale.

    « J'ai eu la chance de le connaître car nous avons chacun présenté notre vision pour les Nations Unies aux États membres l'année dernière », a déclaré le Secrétaire général. « Le Ministre des affaires étrangères Lajčák a toujours démontré une maitrise impressionnante de tous les aspects de l'action des Nations Unies et un engagement fort envers les principes qui régissent notre travail ».

    Pour M. Guterres, le prochain Président de l’Assemblée générale a exprimé sa ferme conviction que « le renforcement de l'ONU est le meilleur investissement pour atteindre le désir universel de paix, de développement, d'égalité et de justice dans le monde ».

    « Je pense que nous avons tous les deux vu de grandes attentes et avons pu nous rendre compte ô combien les gouvernements et les peuples ont besoin des Nations Unies pour répondre aux appels légitimes des peuples du monde entier pour une paix durable, la justice, les droits de l'homme et la dignité humaine », a dit le chef de l’ONU qui s’est dit impatient de collaborer avec le nouveau Président l'Assemblée générale « pour tracer la voie vers un avenir meilleur ».

    M. Lajcák prendra officiellement ses fonctions de Président lorsque débutera la 72e session de l’Assemblée générale prévue le 12 septembre au siège de l’ONU à New York.

     


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  • Hina Jilani.

    La Pakistanaise Hina Jilani encourage l’ONU à se montrer plus intransigeante que jamais avec ceux qui violent le droit international.

    Elle a fondé la Commission des droits de l’homme au Pakistan et a été plusieurs fois menacée de mort. Hina Jilani, 63 ans, va succéder aujourd'hui à Yves Berthelot au poste de président de l’organisation mondiale contre la torture (OMCT). Créée en 1985, l’OMCT, qui fête cette année sont trentième anniversaire, constitue la principale coalition internationale d’organisations non gouvernementales luttant contre la torture. Sa nouvelle présidente compte bien user de sa connaissance des rouages onusiens pour faire de la lutte contre la torture l’une des priorités de l’agenda des droits de l’homme.

    Votre organisation a-t-elle recensé plus de cas de torture ces dernières années?

    Nous avons du mal à donner des chiffres précis car nous ne recensons malheureusement pas tous les cas. Nous n’avons pas connaissance de tous les abus commis dans le monde. Il est donc difficile de savoir avec exactitude l’évolution d’une année sur l’autre. Ce qu’on sait, en revanche, c’est que la tendance n’est pas bonne. La multiplication des conflits entraîne une augmentation des cas de torture.

    Y a-t-il toujours autant d’abus commis au nom de la lutte contre le terrorisme?

    La lutte contre le terrorisme est un vrai défi mais elle ne peut pas servir de prétexte à une violation du droit international. On recense de plus en plus de représailles et de cas de détentions arbitraires. Les textes sont très clairs en la matière. Les traitements inhumains et dégradants ne peuvent pas faire partie de la panoplie. Rien ne peut justifier la torture. Les Etats doivent respecter le droit international.

    N’assiste-t-on pas à un incroyable recul sur la question des droits de l’homme en général?

    L’augmentation des violences et des violations des droits de l’homme est directement liée à l’augmentation du nombre de conflits à travers le monde. Le lien entre les deux est très clair et toutes les parties commettent des abus, les Etats comme les groupes armés. Ce qui nous inquiète c’est que l’impunité en est le corollaire. Il faut comprendre et réaliser que tout acte de torture constitue un crime contre l’humanité. Les auteurs doivent être poursuivis et condamnés.

    C’est loin d’être le cas… Que faut-il faire? Réformer l’ONU?

    Dès lors qu’il s’agit de crimes de guerre, la responsabilité du Conseil de sécurité est engagée. Il faut mettre la question sur la table et la traiter sérieusement en appliquant le droit international. Il faut surtout mettre tout en œuvre pour protéger les victimes et ceux qui dénoncent ces crimes. Dans de nombreux pays, les représentants de la société civile sont menacés.

    Quelle a été votre réaction lorsque vous avez entendu Donald Trump légitimer la torture durant sa campagne?

    Il est très regrettable de voir un leader de cette stature faire des commentaires de cette nature. Il n’a pas parlé de torture mais de certaines formes de traitement. Penser qu’il y a une différence, c’est méconnaître la définition de ce qu’est la torture. La torture est un acte de cruauté qui nie la dignité humaine fondamentale, laissant des traces profondes et indélébiles sur les individus et les sociétés. Une fois encore, le recours à toute forme de sévices pour soutirer des aveux ou des informations est une violation du droit international.


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