• Pékin campe sur sa position en mer de Chine méridionale malgré la colère du Vietnam

    Pékin - La Chine a campé vendredi 16 mai 2014 sur sa position concernant la mer de Chine méridionale, faisant fi de la colère du Vietnam et des inquiétudes de Washington après des violences antichinoises meurtrières au Vietnam.

    Ces violences, qui ont fait cette semaine deux morts chinois et plus de 100 blessés selon Pékin, ont été déclenchées par le déploiement d'une plateforme pétrolière au large des îles Paracel, que se disputent les deux pays communistes.

    Un photographe de l'AFP embarqué avec la marine vietnamienne a pu voir des dizaines de navires chinois protégeant la plateforme en question.

    Et vendredi, si le calme semblait revenu au Vietnam, les tensions entre Pékin et Hanoï sont montées d'un cran.

    Le Global Times, journal de la presse d'Etat chinoise, accuse ainsi le Vietnam de n'avoir pas encore remis ses pendules à l'heure et de vivre encore dans l'illusion qu'il est possible de faire reculer la Chine par des pressions.

    Ce journal connu pour son ton nationaliste, et directement contrôlé par le Parti communiste chinois, a brandi la menace de mesures non pacifiques par Pékin en cas de provocations.

    Le régime de Hanoï a de son côté, dans un SMS envoyé à la population, appelé les Vietnamiens au patriotisme et à protéger la noble souveraineté du pays, dans le respect de la loi, à deux jours de manifestations antichinoises attendues dimanche à travers le Vietnam.

    Le président vietnamien Truong Tan Sang a posé vendredi comme condition préalable le retrait de la plateforme chinoise. Vous devez vous retirer d'abord, a-t-il dit lors d'un déplacement à Ho Chi Minh-Ville, selon le journal en ligne Tuoi Tre.

    Il a appelé à se battre pour protéger la souveraineté nationale par des moyens pacifiques.

    Pékin accuse Hanoï de connivence avec les émeutiers, alors que des experts estiment que Hanoï aurait pu se laisser dépasser par la colère populaire antichinoise, après avoir pensé instrumentaliser les manifestations.

    La Chine, qui revendique la quasi totalité de la mer de Chine méridionale, semble avoir mal estimé les réactions suscitées par sa plateforme pétrolière, estime Bill Hayton, l'auteur de Vietnam: Rising Dragon (Vietnam: Le dragon qui monte).

    Cela a simultanément enflammé l'opinion publique vietnamienne, durci l'attitude du gouvernement vietnamien et relancé les théories de la +menace chinoise+ en Asie du sud-est, renforçant la position des Etats-Unis dans la région, analyse-t-il.

    Le vice-président américain Joe Biden a fait part jeudi de la vive préoccupation des Etats-Unis quant aux actions unilatérales de la Chine dans des eaux contestées avec le Vietnam.

    Il a rencontré à Washington le général Fang Fenghui, chef d'état-major de l'armée chinoise qui n'a pas donné de signe d'infléchissement de Pékin.

    -Pas de retrait de la plate-forme-

    Ce que nous allons faire, c'est assurer la sécurité de cette plateforme pétrolière et nous assurer qu'elle continuera à fonctionner, a-t-il dit après une rencontre au Pentagone.

    Le chef d'état-major a aussi suggéré que le rééquilibrage stratégique opéré par les Etats-Unis vers l'Asie avait été une occasion utilisée par certains pays de la région pour susciter des troubles dans les mers de Chine méridionale et orientale.

    Au Vietnam, les manifestations antichinoises se sont étendues cette semaine à 22 des 63 provinces de ce pays de 90 millions d'habitants, tenu par un régime autoritaire qui ne tolère habituellement pas les mouvements de protestation.

    Deux Chinois ont été tués et une centaine d'autres blessés lors d'une attaque contre une aciérie taïwanaise dans le centre du Vietnam.

    Le gouvernement vietnamien a promis un retour à l'ordre de crainte d'être confronté à un exode des investisseurs étrangers.

    Des centaines de ressortissants chinois installés au Vietnam se sont d'ores et déjà réfugiés au Cambodge voisin, selon la police cambodgienne.

    Un homme d'affaires taïwanais rencontré à l'aéroport de Taïwan vendredi a raconté avoir dû fuir à la hâte son usine, vandalisée par une foule de Vietnamiens emportés par leur rage antichinoise.

    Le Vietnam et la Chine ont une longue histoire émaillée de contentieux nourrissant les rancoeurs nationalistes.

    En 1974, alors que les Etats-Unis se retiraient du Vietnam, la Chine avait pris le contrôle des îles Paracels (au coeur de la dispute actuelle) en mer de Chine méridionale, occupées par le Sud-Vietnam. En 1979, les deux voisins communistes se sont également affrontés lors d'une guerre, brève mais sanglante, déclenchée par la Chine en réplique au renversement du régime Khmer rouge au Cambodge, allié de Pékin, par l'armée vietnamienne.


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