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    L'inculpation d'une urgentiste, dans le nord américain, pour avoir excisé plusieurs fillettes, est une première aux USA.

    Une urgentiste hospitalière de Detroit (Michigan, nord) a été arrêtée et inculpée jeudi 13 avril 2017 pour avoir excisé plusieurs fillettes, ce qui pourrait être le premier médecin jamais inculpé aux Etats-Unis pour de telles pratiques.

    Jumana Nagarwala, 44 ans, est accusée d'avoir réalisé ces mutilations génitales dans un cabinet médical de Livonia, dans la banlieue de Detroit, sur plusieurs fillettes âgées de six à huit ans, a indiqué le bureau du procureur fédéral pour l'Est du Michigan dans un communiqué.

    «Mme Nagarwal est accusée d'avoir réalisé ces horribles actes de brutalité sur des victimes particulièrement vulnérables», a souligné le procureur. «Le ministère de la Justice est déterminé à mettre fin aux mutilations génitales», une «pratique qui n'a pas sa place dans une société moderne», a-t-il souligné.

    Au moins deux filles

    Selon l'accusation, deux fillettes ont ainsi été amenées début février par leur mère depuis le Minnesota (nord) pour subir ces mutilations. Elles ont été priées de ne pas parler de ce qu'elles avaient subi.

    Le procureur évoque également d'autres fillettes qui auraient été mutilées par Jumana Nagarwala, notamment entre 2005 et 2007.

    Interrogée par le FBI, la doctoresse a nié les faits, selon les documents du tribunal. Elle a été incarcérée jeudi 13 avril 2017 et inculpée pour mutilation génitale, transport de mineurs et faux témoignage, des chefs d'accusation qui pourraient lui valoir la prison à vie.

    Une audience prévue lundi doit déterminer si elle peut être libérée sous conditions, a indiqué à l'AFP Gina Balaya, porte-parole du FBI.

    Une première

    Selon Shelby Quast, directrice aux Etats-Unis de l'organisation Equality Now pour la défense des femmes, Jumana Nagarwala est «sans doute le premier médecin» jamais inculpé aux Etats-Unis pour excision.

    Des médecins ont fait l'objet d'enquêtes sans que cela n'ait cependant débouché sur des inculpations, a-t-elle ajouté. D'autres enquêtes sont toujours en cours.

    Elle a rappelé que les Centres américains de contrôle et de prévention des maladies (CDC) estimaient que plus de 500'000 femmes et filles vivant aux Etats-Unis soit avaient été victimes de telles mutilations, soit risquaient d'être mutilées dans ce pays. «La plupart d'entre elles sont nées aux Etats-Unis et beaucoup n'ont aucune origine africaine», où cette pratique est répandue, a souligné Shelby Quast.

    Jumana Nagarwala est aussi la première personne inculpée au titre d'une loi fédérale contre les mutilations génitales sur mineurs adoptée en 1996. La moitié des 50 Etats américains, dont le Michigan, n'ont en effet pas de loi locale contre ce crime, a précisé Shelby Quast.


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  • Stopper la médicalisation des mutilations génitales

    Médicaliser les mutilations sexuelles contrecarre les efforts mondiaux pour mettre fin à ces pratiques, estime l'Ined.

    La pratique, de plus en plus fréquemment médicale, et non 'traditionnelle' des mutilations génitales féminines dans certains pays «dévoie» les campagnes de sensibilisation et compromet l'éradication de l'excision, dénonce l'Institut français d'études démographiques (Ined) dans un rapport rendu public le 12 avril 2017.

    Longtemps décrite comme un rite de passage à l'âge adulte, l'excision tend à être pratiquée de plus en plus tôt : avant 10 ans pour la majorité des femmes dans la plupart des pays concernés et avant cinq ans pour les plus jeunes générations.

    Depuis plusieurs années, à cette tendance au rajeunissement de la pratique s'ajoute le développement «inquiétant» de sa médicalisation dans plusieurs pays (Egypte, Guinée, Indonésie, Kenya, Nigeria, Soudan du Sud, Yémen), souligne l'Ined.

    Si dans la majorité des cas, les mutilations continuent à être faites par des exciseuses «traditionnelles», de plus en plus de filles sont excisées par des professionnels de santé en milieu médical, sous prétexte de réduire les risques sanitaires de l'opération.

    Réassignation de sexe

    A l'initiative du Fonds des Nations unies pour la population (FNUAP), les organisations internationales ont condamné ce «dévoiement des premières campagnes de sensibilisation, qui compromet l'éradication de l'excision», souligne l'Ined.

    Elle rappelle par ailleurs que d'autres pays pratiquent des chirurgies de «réassignation» sur des nouveaux-nés qui possèdent des caractéristiques des deux sexes et qu'on observe aux Etats-Unis, en Amérique Latine, en Asie et en Europe, un développement très récent de pratiques de chirurgie esthétique génitale, telles que la nymphoplastie (ablation totale ou partielle des petites lèvres).

    Quelque 200 millions de femmes et de filles dans le monde ont subi des mutilations génitales et la moitié d'entre elles vivent en Egypte, Ethiopie et Indonésie, selon une évaluation du Fonds des Nations unies pour l'enfance (Unicef) rendue publique en 2016, rappelle l'Ined.

    Chiffres

    Aux 30 pays où ces mutilations ont été pratiquées (27 pays africains, le Yémen, l'Irak et l'Indonésie), s'ajoutent des filles et femmes originaires de pays à risque et vivant dans des pays d'immigration, pour lesquels on ne dispose pas encore d'estimation globale, ajoute l'institut.

    De récentes études évaluent par exemple à près de 500.000 le nombre des filles ou des femmes mutilées ou exposées au risque aux Etats-Unis et à plus de 500'000 le nombre des migrantes concernées en Europe


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  • Somalie: libération de 8 marins capturés par des pirates

    Huit membres d'équipage d'un bateau indien détourné par des pirates somaliens le 31 mars ont été libérés mercredi 12 avril 2017 par les forces de sécurité locales, a annoncé  un responsable des gardes-côtes somaliens.

    "Les huit otages ont été libérés sans qu'il y ait eu de combats. Les forces de sécurité ont assiégé les pirates, qui ont essayé de fuir, mais trois d'entre eux ont été capturés", a déclaré Abdirashid Mohamed Ahmed, commandant adjoint des gardes-côtes de la région autoproclamée semi-autonome du Galmudug (centre).

    "L'opération de secours a été un succès total, les otages sont en sécurité et en bonne santé", a-t-il ajouté, précisant qu'ils étaient détenus sur la côte, près de la ville d'Hobyo.

    Le 10 avril, les autorités locales étaient déjà parvenues à reprendre le contrôle du navire, appartenant à un propriétaire indien, et à libérer deux membres d'équipage. Mais les pirates avaient réussi à s'enfuir et rejoindre la côte, emmenant huit autres marins.

    Le Al Kausar convoyait des denrées alimentaires (blé, sucre...) de Dubaï vers le port de Bossasso, dans le nord-est de la Somalie, en passant par un port du Yémen, quand il a été attaqué en haute mer par cinq pirates qui avaient demandé une rançon dont le montant n'a pas été précisé.

    Plusieurs attaques du genre ont été menées au cours du mois de mars 2017, signe d'une recrudescence des actes de piraterie somalienne, alors que la dernière attaque de pirates réussie datait avant celles-ci de 2012.

    La piraterie somalienne, qui avait repris à une échelle industrielle en 2005, a connu son apogée en 2011, et les attaques avaient très sérieusement perturbé la navigation internationale dans cette zone très fréquentée par les navires marchands.

    Mais les mesures de lutte antipiraterie, dont le déploiement de forces navales internationales, avaient fini par porter leurs fruits et seulement une poignée de tentatives de s'emparer de navires avaient été enregistrées au large des côtes somaliennes ces dernières années.

    Mais les causes de la piraterie, à savoir la pauvreté et le manque de ressources pour les pêcheurs somaliens, n'ont pas disparu. Et les compagnies maritimes ont commencé à baisser un peu la garde.


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  • Pétrole, Pétrole

    Le gouvernement d'union nationale libyen (GNA), reconnu par la communauté internationale, soutenu par l'Onu mais qui ne contrôle même pas Tripoli, a annoncé avoir déclaré la guerre à la contrebande des hydrocarbures, un fléau qui mine l'économie de ce pays pétrolier en proie à l'insécurité et au chaos.

    Les forces loyales au gouvernement libyen d'union nationale (GNA) ont gagné du terrain à Tripoli en chassant le mois dernier des groupes rivaux de leurs fiefs, au prix de violents combats qui ont paralysé la ville.
    La capitale libyenne, en proie à une insécurité chronique depuis la chute de Mouammar Kadhafi en 2011, est sous la coupe de dizaines de milices. Le GNA, soutenu par les Nations unies, a gagné le ralliement de certaines d'entre elles depuis son entrée en fonction en mars 2016 mais plusieurs secteurs de Tripoli sont toujours hors de son contrôle.

    A moins d'un euro les 20 litres à la pompe, le carburant, fortement subventionné par l'Etat, coûte moins cher en Libye que l'eau minérale, faisant de la contrebande vers des pays voisins un trafic très lucratif.

    Il est acheminé par les trafiquants en camion-citernes vers les pays frontaliers comme la Tunisie à l'ouest ou vers le Niger, le Tchad et le Soudan (sud) et par bateaux vers les côtes européennes, notamment vers Malte.

    "L'opération, lancée sur instruction du GNA, ne cessera tant qu'elle n'a pas atteint ses objectifs et présenté les criminels à la justice", a déclaré Milad al-Hejrissi, président d'un "Comité de crise du carburant et du gaz".

    L'opération baptisée "tempête de la Méditerranée" vise à "lutter contre le trafic de carburants qui sévit au large des côtes libyennes", a indiqué l'agence de presse libyenne (LANA) citant ce responsable.

    Des dizaines d'embarcations ont été arraisonnées et leurs équipages sont interrogés, a-t-il précisé.

    "Il s'agit de traquer et d'appréhender ces gangs qui exploitent le subventionnement de carburants importés pour les vendre illégalement dans d'autres pays", a-t-il indiqué, annonçant une prochaine opération qui visera "tous ceux qui ont trahi le peuple libyen".

    De grandes quantités de carburant ont été également saisies ces derniers jours près des frontières avec la Tunisie, dont la région sud vit essentiellement du trafic transfrontalier.

    Sont visés par l'opération du GNA les sociétés de distribution, les gérants des stations services, même "certains responsables de Brega Oil", principale compagnie publique de distribution qui commercialise les dérivés du pétrole dans le pays, a expliqué M. Hejrissi

    Déchirée par des luttes de pouvoir et en proie à une insécurité chronique depuis la chute du régime de Mouammar Kadhafi en 2011, la Libye est dirigée par deux autorités rivales: le GNA à Tripoli et un gouvernement basé dans l'est du pays.

    D'importantes zones demeurent hors du contrôle du GNA où des milices incontrôlables profitent du chaos pour monter des réseaux de trafics en tout genre: immigration clandestine, carburant, drogue et armes.


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  • En 2016, 1054 rhinocéros ont été tués.

    Le commerce de cornes de rhino a été validé par la Cour constitutionnelle sud-africaine, qui autorise le commerce intérieur de corne de rhinocéros, mais en interdit l'exportation.

    La plus haute juridiction sud-africaine a définitivement confirmé la levée du moratoire sur le commerce intérieur de la corne de rhinocéros, rejetant un appel du gouvernement sur ce sujet sensible, source de vifs débats dans le pays.

    «Le tribunal a étudié la demande d'appel et l'a rejetée», indique la Cour constitutionnelle dans son arrêt.

    La question du commerce de la corne de rhinocéros est le théâtre d'une longue saga judiciaire entre les éleveurs privés qui le défendent et le gouvernement qui s'y oppose. En novembre 2015, un tribunal avait donné raison à des éleveurs de rhinocéros souhaitant pouvoir vendre la corne de ces animaux sur le territoire sud-africain. Le gouvernement avait fait une première fois appel de cette décision, mais avait été débouté en mai 2016.

    «Il est important de rappeler que des permis doivent être obtenus pour vendre ou acheter de la corne de rhinocéros», a réagi Albie Modise le porte-parole du ministère de l'Environnement.

    Le jugement de la Cour constitutionnelle concerne uniquement le commerce intérieur, la vente à l'international restant interdite et ce depuis 1977.

    L'Afrique du Sud qui abrite plus de 80% de la population mondiale de rhinocéros est particulièrement touchée par le braconnage de ces mammifères pour leur corne.

    En 2016, 1054 rhinocéros ont été tués, soit plus de trois par jour, un chiffre en baisse par rapport au record de 2014 (1.215) mais toujours très préoccupant.

    Les rhinocéros sont abattus pour alimenter un trafic vers le Vietnam et la Chine où la médecine traditionnelle attribue des vertus à leur corne, comme celle de guérir le cancer ou l'impuissance.

    «Nous sommes absolument ravis de la décision de la Cour constitutionnelle. Nous avons toujours pensé être dans notre droit de faire commerce de la corne de rhinocéros», s'est réjoui auprès de l'AFP, Pelham Jones, président de l'association sud-africaine des propriétaires privés de rhinocéros (PROA).

    Les éleveurs de rhinocéros estiment que l'interdiction de ce commerce ne fait qu'alimenter le braconnage et assurent pouvoir répondre à la demande asiatique en fournissant des cornes d'animaux toujours vivants, espérant pouvoir à terme faire lever l'interdiction de leur vente vers l'étranger.

    Ils peuvent en effet couper la corne, une procédure indolore pour l'animal qui est anesthésié pendant une quinzaine de minutes. La corne repousse ensuite. Les vertus de cet appendice, fait de kératine comme les ongles humains, n'ont jamais été prouvées scientifiquement.

    Cela n'empêche pas le kilo de corne de se vendre plus de 60.000 dollars le kilo, plus cher que l'or ou la cocaïne.


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  • Le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi a rencontré le président américain Donald Trump.

    Sissi l’Egyptien reçu à Washington, Assad le Syrien autorisé à rester au pouvoir… La politique des Etats-Unis dans cette région explosive se profile enfin.

    Finie, l’ère glaciaire! Après plus de trois ans de froid entre Washington et Le Caire, le réchauffement est manifeste avec la visite ce lundi aux Etats-Unis du très autoritaire?président égyptien Abdel Fattah al-Sissi. Or, quatre jours plus tôt, on apprenait que Donald Trump n’exige plus le départ de Bachar el-Assad en Syrie. Quant à la «solution des deux Etats» pour Israël et la Palestine, elle n’est plus défendue. Quel Moyen-Orient prépare-t-il? L’analyse d’Hasni Abidi, qui dirige le Centre d’études et de recherche sur le monde arabe et méditerranéen (Cermam) à Genève.

    – A quoi va ressembler ce nouveau Moyen-Orient?
    – Contrairement à ce que beaucoup disaient, Donald Trump n’est pas imprévisible. Il a toujours dit regretter la chute de Saddam Hussein en Irak et de Muammar Kadhafi en Libye. Il veut des pouvoirs forts en Egypte et en Syrie. Au nom de la lutte contre le groupe Etat islamique (Daech), il ferme les yeux sur les violations des droits de l’homme. Il veut de la stabilité dans la région, pour retirer ses hommes et garantir la sécurité d’Israël, ce qui implique des régimes autoritaires capables de «tenir» les peuples à défaut de savoir bien les «gérer».

    – Qu’en est-il face à l’Iran et à la Turquie?
    – L’Iran, c’est bien sûr la grande inconnue. Mais on notera qu’il n’a pas dénoncé l’accord nucléaire et qu’il reste assez discret, comme pour ne pas fournir des armes aux ultraconservateurs lors de l’élection présidentielle iranienne en mai. Cela démontre un certain pragmatisme. Quant à la Turquie d’Erdogan, ce n’est pas son autoritarisme qui pose problème mais plutôt ses ambitions en Syrie. Donald Trump a augmenté le soutien aux milices kurdes en guerre contre Daech, ce qui est très mal vécu à Ankara.

    – Donc pas de bouleversement majeur en vue?
    Barack Obama était tiraillé, il n’aimait ni le premier ministre israélien Benjamin Netanyahou, ni le maréchal Abdel Fattah al-Sissi (ndlr: qui a renversé en juillet 2013 le président égyptien Mohamed Morsi, issu des Frères musulmans). Mais au fond, la politique de Donald Trump s’inscrit dans une continuité. Les financements à l’Egypte, suspendus par Obama après le coup d’Etat militaire, avaient déjà repris après quelques mois. Quant à l’Etat hébreu, il n’a jamais reçu autant de soutien militaire que sous la dernière présidence démocrate. Même en ce qui concerne la Syrie, il faut reconnaître que c’est le même Obama qui a abandonné le projet d’intervenir contre le régime Assad en cas d’utilisation d’armes chimiques. La fameuse ligne rouge a été franchie sans déclencher d’opération militaire des Etats-Unis.


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  • Le QG onusien, à New York (ici), accueille lundi le lancement de la discussion sur l'abandon de l'arme nucléaire.

    Comme décidé en octobre, des négociations inédites sur l'interdiction de l'arme nucléaire s' ouvrent aujourd'hui à l'ONU.

    Plus de 100 pays lancent lundi à l'ONU des négociations inédites sur un traité interdisant les armes nucléaires, convaincus qu'il réduirait le risque d'une guerre atomique malgré les objections des grandes puissances.

    Le lancement de ces négociations sur un texte légalement contraignant a été décidé en octobre, avec le soutien de 123 pays membres des Nations unies.

    La plupart des puissances nucléaires, déclarées ou non, avaient néanmoins soit voté contre ces négociations (Etats-Unis, France, Israël, Royaume-Uni, Russie), soit s'étaient abstenues (Chine, Inde, Pakistan). Même le Japon, seul pays à avoir subi, en 1945, des attaques atomiques, a voté non, inquiet de voir l'absence de consensus sur ces négociations «saper les avancées sur un désarmement nucléaire effectif».

    Mais l'opposition de ces pays n'a pas dissuadé les nations en pointe sur ce dossier - comme l'Autriche, l'Irlande, le Mexique, le Brésil, l'Afrique du Sud ou la Suède - ni les centaines d'ONG engagées à leurs côtés.

    Nombreux foyers

    Face à la multiplication des foyers de tensions, aux menaces de la Corée du Nord, et à une nouvelle administration américaine jugée imprévisible, ils ont décidé de prendre les devants, inspirés par les mouvements qui ont mené aux conventions internationales interdisant les armes à sous-munitions (signée en 2008) ou les mines anti-personnel (1997).

    «Cela va prendre du temps, ne soyons pas naïfs», déclarait la semaine dernière à l'ONU la ministre suédoise des Affaires étrangères, Margot Wallström. «Mais c'est très important, surtout en ce moment, quand on assiste à toutes sortes de discours ou de démonstrations de force incluant la menace d'utiliser l'arme nucléaire», a-t-elle souligné.

    «Beaucoup de pays disent que nous devons sortir de l'impasse sur cette question depuis des années. C'est aussi l'expression d'une frustration».

    «Jamais le bon moment»

    Car aucune avancée n'a été enregistrée ces dernières années en matière de désarmement nucléaire, malgré les engagements pris par les grandes puissances dans le cadre du Traité sur la non-prolifération (TNP), déplore Beatrice Fihn, directrice de l'Ican (International campaign to abolish nuclear weapons), une coalition internationale d'ONG mobilisées sur ce dossier.

    «Il y a eu beaucoup d'efforts à la fin de la Guerre froide, et puis ça s'est arrêté (...) L'administration Obama a déçu, elle avait fait des promesses mais ne les a pas tenues. Maintenant les craintes sont exacerbées avec le nouveau président» Donald Trump, dit-elle.

    Forte de l'expérience sur les armes à sous-munitions ou les mines anti-personnel, Beatrice Fihn estime qu'il y a de «bonnes chances» qu'un traité soit adopté, si ce n'est dès la première phase de négociations qui se terminera le 7 juillet, au moins d'«ici deux ans».

    De l'avant

    Peu importe que les puissances nucléaires boudent les débats, dit-elle, l'adoption d'un tel traité les obligera tôt ou tard à revoir leur politique, même si elles sont engagées aujourd'hui dans la modernisation de leur armement nucléaire.

    «Même si les principaux fabricants (d'armes nucléaires, ndlr) ne signent pas, ces traités ont un gros impact», dit-elle. «Prenez la Russie: pourquoi dément-elle utiliser des armes à sous-munitions en Syrie? Elle n'est pourtant pas signataire du traité interdisant ces armes, mais elle sait que ce n'est pas bien.»

    Aucune grande puissance n'a fait de commentaires à l'approche de ces négociations, même si l'ambassadrice américaine à l'ONU, Nikki Haley, devait faire une déclaration en marge de leur ouverture lundi matin à New York.

    Les représentants des Etats-Unis et de la France avaient néanmoins expliqué en octobre leur opposition par la nécessité, en matière de désarmement, de «procéder par étapes», sans chambouler l'équilibre stratégique actuel ou mettre en péril la dissuasion. «C'est comme les grands fumeurs, ce n'est jamais le bon moment pour arrêter», juge Beatrice Fihn. «Mais la tendance est là: dans ce monde multipolaire, beaucoup de pays pensent qu'ils n'ont pas besoin d'attendre les grandes puissances pour agir».

     


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    Les discussions, préparées à Genève, pour un traité d'interdiction des armes nucléaires se sont ouvertes lundi 20 mars 2017 à New York sans les puissances nucléaires.

    Selon des experts, le traité pour abolir les armes nucléaires semble probable, mais il faudra des décennies pour éliminer tout cet armement.

    «Même si tous les Etats nucléaires rejoignaient d'ici trois ans un traité, il faudrait 30 à 50 ans pour détruire les armes», a dit à l'ats le directeur général de la Plateforme du désarmement de Genève (GDP) Richard Lennane. Impliqué dans une ONG depuis plusieurs années pour obtenir ces négociations, il estime la possibilité d'un traité «très probable».

    Jamais un accord de ce type sur les armes nucléaires n'a été négocié, dit-il. Cette approche humanitaire portée par les pays en développement met l'ensemble des Etats, potentiellement victimes, au centre et non les seules puissances nucléaires, une première.

    Une résolution de l'Assemblée générale à New York a été votée en décembre dernier après plusieurs réunions préparatoires en 2016 à Genève. Et après le refus de la Conférence du désarmement, également à Genève, de négocier sur cette question.

    Etats nucléaires inquiets

    Des Etats estiment que le Traité de non-prolifération (TNP) suffit. Adopté en 1968, il régit actuellement toutes les questions nucléaires et interdit ces armes à ceux qui n'en disposent pas. Problème, parmi les pays qui défendent le maintien de cette approche figurent les puissances nucléaires qui vont boycotter les négociations de New York.

    Cinq parmi elles justifient leur appareil nucléaire par sa légitimité reconnue par le TNP, souligne le chercheur au Centre de politique de sécurité de Genève (GCSP) Marc Finaud. Un traité d'interdiction doit permettre de «délégitimer» ce droit.

    Comme pour les armes à sous-munitions ou les mines antipersonnel, «la seule solution est une interdiction», estime M. Finaud. «On a vu qu'on ne pouvait pas réglementer».

    Le processus est considéré comme sérieux par les puissances nucléaires. Elles ont tenté avec leurs alliés d'empêcher les négociations, ce qui montre que la discussion est «crédible» et que le traité «aurait un effet significatif», dit M. Lennane.

    Abstention suisse

    La Russie a dit tout le mal qu'elle en pensait devant la Conférence du désarmement. La Corée du Nord est la seule à avoir été favorable au processus. La Chine, l'Inde et le Pakistan se sont abstenus au moment du vote, mais les deux premiers pourraient participer.

    Ce scénario «rendrait difficile pour les autres Etats nucléaires de continuer à défendre leur boycott», explique M. Lennane. Leur participation affaiblirait aussi la position des pays protégés par un Etat nucléaire ou de ceux qui se sont abstenus, comme la Suisse. M. Lennane est persuadé que le traité deviendra à long terme «le nouveau TNP». Comme pour la Convention d'interdiction des mines antipersonnel, les deux spécialistes s'attendent à ce que des Etats comme les Etats-Unis s'engagent conformément à l'accord sans pour autant l'adopter.

    Plus largement, selon M. Lennane, aucune avancée sur les différents types d'armes ne peut plus se faire à la Conférence du désarmement. L'investissement devrait être utilisé pour d'autres plates-formes.

    OTAN fortement préoccupée

    Derrière les négociations de New York, de nombreuses questions se posent, dont le coût d'un désarmement nucléaire impossible à évaluer. Celle du délai d'application aussi. Pour les armes chimiques, il a par exemple été repoussé à plusieurs reprises et cible désormais 2020, 23 ans après l'entrée en vigueur du traité.

    Mais surtout, l'impact d'un accord sur les alliances militaires reste incertain. De passage à Genève, le secrétaire général de l'OTAN Jens Stoltenberg aurait vigoureusement rejeté une mesure qui mettrait en péril selon lui l'organisation. Selon M. Finaud, des précédents montrent que de tels accords ne sont pas incompatibles avec une alliance.

    Certes, cinq pays européens devraient demander aux Etats-Unis de retirer leurs armes nucléaires de leur territoire, dit-il. Pour le reste, les membres de l'OTAN s'engageraient seulement à ne pas être impliqués dans une offensive conjointe avec des Etats nucléaires qui pourraient utiliser la menace de recourir à cet armement.

    Le traité devra par ailleurs interdire la production de matières fissiles pour des armes nucléaires, selon M. Finaud. Et viser les missiles, des avions ou des sous-marins qui véhiculent cet armement.


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  • Jadranko Prlic lors de son premier jugement en 2013.

    Jadranko Prlic comparaît en appel pour crimes de guerre et crimes contre l'humanité commis à l'encontre de musulmans.

    L'ex-dirigeant des Croates de Bosnie Jadranko Prlic, condamné en 2013 pour avoir tué et déporté des populations musulmanes pendant la guerre de Bosnie, doit comparaître à nouveau devant le Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie (TPIY) dans le cadre de son procès en appel.

    Avec cinq autres anciens hauts responsables militaires et politiques des Croates de Bosnie, il avait été jugé pour crimes de guerre et crimes contre l'humanité, commis à l'encontre des musulmans lors de cette guerre (1992-1995) qui a fait plus de 100'000 morts et 2,2 millions de déplacés.

    Jadranko Prlic, âgé aujourd'hui de 57 ans, avait été condamné à 25 ans de prison pour avoir forcé le transfèrement de populations musulmanes en Bosnie et avoir eu recours à des meurtres, des viols, des destructions de biens civils dans le but de créer une «grande Croatie».

    Procès long et compliqué

    L'ancien président du gouvernement des Croates de Bosnie était poursuivi pour avoir créé et participé, entre 1991 et 1994, à une entreprise criminelle commune «en vue de soumettre politiquement et militairement les musulmans de Bosnie et autres non-Croates» en Herceg-Bosna, entité croate unilatéralement proclamée dans le sud-ouest de la Bosnie-Herzégovine.

    «Le procès Prlic et consorts était l'un des plus compliqués et longs du tribunal», a indiqué le TPIY dans un communiqué, mentionnant 326 témoins, 465 jours d'audience et 2600 pages du premier jugement.

    Les nationalistes croates convoitaient cette région, et notamment la ville de Mostar, un des symboles du caractère multiethnique de la Bosnie avant la guerre. Les soldats croates y ont systématiquement chassé les musulmans de Mostar-ouest et bloqué le passage de l'aide humanitaire.

    «Nettoyage ethnique»

    «Dès décembre 1991, les dirigeants de la Communauté croate d'Herceg-Bosna et des dirigeants de la Croatie estimaient que pour réaliser l'objectif ultime, à savoir la mise en place d'une entité croate (...), il était nécessaire de modifier la composition ethnique des territoires revendiqués», avait souligné le juge Jean-Claude Antonetti lors du premier jugement, parlant d'un «nettoyage ethnique».

    L'éphémère république autoproclamée d'Herceg-Bosna a été dissoute peu avant les accords de paix de 1995 et son territoire a été intégré à la Fédération croato-musulmane, entité qui forme avec la Republika Srpska (entité serbe) la Bosnie d'après-guerre.

    D'abord président de la Communauté croate de Herceg-Bosna, puis Premier ministre de la République croate de Herceg-Bosna, Jadranko Prlic est en procès devant le TPIY depuis 2006.

    Arrêt attendu en novembre

    Les co-accusés de Jadranko Prlic, dont Bruno Stojic, ancien ministre de la Défense, Slobodan Praljak, ancien officier supérieur dans l'armée croate, et Milivoj Petkovic, ancien responsable des forces armées d'Herceg-Bosna, avaient été condamnés à des peines allant de dix à vingt ans de prison. Les suspects, qui s'étaient livrés au tribunal, avaient tous plaidé non coupable. La presse croate et bosnienne ne fait que peu écho à ce procès en appel.

    D'autres Croates ont également été jugés par le TPIY, dont le général Ante Gotovina condamné en première instance à 24 ans de prison avant que ce verdict ne soit annulé, un coup de théâtre intervenu lors du procès en appel. Acquitté en 2012 de crimes de guerre contre les Serbes, il a été nommé en novembre conseiller du ministre croate de la Défense.

    La guerre de Bosnie a essentiellement opposé les musulmans aux Serbes, mais Croates et musulmans se sont également combattus.

    Le TPIY devrait rendre l'arrêt dans l'affaire Prlic en novembre 2017, a-t-il indiqué. Il s'agira de l'un des derniers jugements du TPIY alors que l'ancien chef militaire des Serbes de Bosnie Ratko Mladic devrait connaître le sien à la même période.


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  • Des membres de la délégation namibienne lors d'une conférence de presse à New York. (Jeudi 16 mars 2017)

    Une juge fédérale new-yorkaise a relancé jeudi 16 mars 2016 une plainte déposée contre Berlin par les tribus Nama et Héréro, originaires de Namibie.

    Le génocide de leurs ancêtres par les autorités coloniales allemandes date d'il y a plus de 110 ans. Mais les tribus Nama et Héréro, originaires de Namibie, ont repris espoir d'obtenir réparation. Jeudi, une juge fédérale new-yorkaise a relancé une plainte déposée contre Berlin et restée jusqu'ici sans suite.

    En fixant la prochaine audience au 21 juillet, la juge Laura Taylor Swain a accordé une première victoire aux deux tribus. Une quinzaine de représentants étaient venus spécialement à New York depuis la Namibie, le Canada ou le centre des Etats-Unis, parfois en costumes traditionnels hérités de l'ère coloniale.

    L'Allemagne dispose donc de quatre mois pour répondre à leur demande de réparation pour les «dommages incalculables» subis par les deux peuples. Le texte a été déposé le 5 janvier à New York.

    «Quand je l'ai entendue dire que l'audience aurait lieu, c'est le plus grand succès que nous ayons enregistré. C'est le signe que nous sommes vainqueurs», s'est réjouie Ida Hoffmann, représentante de la tribu Nama et députée namibienne venue assister à cette première audience.

    Guerre «raciale»

    Ce génocide, le premier du XXe siècle, remonte à l'époque où la Namibie s'appelait encore Afrique allemande du Sud-Ouest (1884-1915). L'Allemagne a mené une guerre «raciale» contre les Héréros et les Namas, qui culmina en 1904.

    Dépossédés de leurs terres, de leur bétail et de tout moyen de subsistance et mis sous pression par l'administration coloniale, les Héréros se sont révoltés le 12 janvier 1904, massacrant 123 civils allemands.

    Après la sanglante bataille de Waterberg en août suivant, quelque 80'000 Héréros ont fui vers le Botswana voisin mais ils ont été poursuivis par les troupes allemandes. Seuls 15'000 survivront. Puis, en octobre 1904, le commandant militaire de la colonie, le général Lothar von Trotha a ordonné l'extermination des Héréros.

    Les Namas ont connu un sort similaire: quelque 10'000 d'entre eux - environ 50% de la tribu - ont été tués en essayant de se rebeller entre 1903 et 1908.

    Pas de reconnaissance formelle

    Dépossessions, viols, camps de concentration, expériences scientifiques sur des «spécimens» d'une race jugée inférieure, extermination: les ingrédients des grands génocides du XXe siècle étaient déjà réunis.

    Au point que le chef Héréro Vekuii Rukoro, 62 ans et venu spécialement de Namibie, a déclaré jeudi que «ce qui est arrivé aux Juifs (pendant l'Holocauste) n'était que le perfectionnement de ce qui (nous) est arrivé».

    Si l'Allemagne a mis longtemps à reconnaître la gravité des faits, plusieurs de ses représentants utilisent désormais eux aussi le terme de «génocide». Mais il ne s'agit pas d'une reconnaissance formelle.

    Négociations

    Berlin a toujours considéré ne pas avoir à payer de dédommagements individuels aux descendants des victimes, arguant de l'aide au développement versée à la Namibie depuis son indépendance de l'Afrique du Sud en 1990. Une aide qualifiée de «généreuse», avec des montants «records» par habitant, qui reflète «la responsabilité particulière» de l'Allemagne, a fait valoir un porte-parole du ministère des Affaires étrangères.

    Berlin négocie depuis deux ans avec le gouvernement namibien une déclaration commune: l'Allemagne présenterait des excuses pour les massacres et envisagerait un dédommagement global sous forme d'aide au développement spécifique pour les descendants des victimes.

    Mais les représentants des deux tribus contestent la validité de négociations dont ils ne sont pas partie prenante. Selon la plainte déposée au nom des quelque 250'0000 descendants des victimes des deux tribus et un recours déposé parallèlement auprès des Nations unies, leur absence enfreint une déclaration de l'ONU sur les droits des peuples indigènes.

    Les négociations «ne peuvent pas être sur nous, sans nous», a souligné Ester Muiinjangue, une représentante Nama.

    Réponse et dédommagements

    Les chefs tribaux réclament par ailleurs de vrais dédommagements. «Je suis sûr que l'Allemagne demandera, 'Combien de milliards voulez-vous?' Je ne sais pas, nous devons nous asseoir autour d'une table et décider cela sur la base du donnant-donnant», a souligné le chef Rukoro, estimant «ne voir aucune raison» pour que le dispositif adopté pour les victimes juives du régime nazi ne soit pas appliqué.

    Leur avocat Kenneth McCallion, qui a défendu de nombreux descendants de victimes de l'Holocauste, a également évoqué cette possibilité. Il a néanmoins jugé «prématuré» toute discussion sur le montant des indemnisations.

    Lui aussi espère que Berlin va désormais «revoir sa position» sur la présence de représentants tribaux dans les négociations, et va répondre à la plainte si possible avant l'audience de juillet.


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