•  

    Le détournement du tanker Aris 13 et de son équipage sri-lankais lundi 13 mars 2017 par des pirates somaliens, première attaque du genre depuis 2012, n'est pas une surprise pour John Steed, responsable de l'Afrique de l'Est pour l'organisation de lutte contre la piraterie Oceans Beyond Piracy (OBP).

    Car si la présence d'une armada internationale et les mesures mises en oeuvre par les armateurs avaient quasiment réduit à néant la piraterie somalienne, l'extrême pauvreté qui l'alimentait n'a jamais disparu et ses victimes potentielles ont baissé la garde. "La question n'était pas de savoir si une nouvelle attaque allait avoir lieu, mais quand", explique-t-il dans un entretien à l'AFP.

    QUESTION: Le problème de la piraterie somalienne n'avait-il pas été résolu?

    REPONSE: "La communauté internationale a tenté de résoudre le problème de la sécurité en mer, avec le renforcement de la présence des forces navales et la mise en oeuvre par les armateurs de +meilleures pratiques+ qui requièrent de signaler son entrée et sa sortie de la zone à risque, de naviguer à vitesse maximum et le plus loin possible de la côte, ou encore de voyager avec une escorte armée.

    Des centaines de pirates ont été arrêtés, les autres ont été découragés, et on n'a plus connu de détournement de navire commercial pendant cinq ans.

    Mais les problèmes qui n'ont pas été résolus, ce sont ceux qui sont à l'origine de la piraterie, à savoir la pauvreté et le manque de travail pour les pêcheurs somaliens, d'autant que la Somalie fait face à une sécheresse importante, donc il n'y a pas d'eau, pas de nourriture.

    De nombreux navires étrangers, principalement d'Asie du sud-est, viennent par ailleurs pêcher illégalement dans les eaux somaliennes, et n'hésitent pas à attaquer les navires de pêches locaux. Les pêcheurs somaliens estiment dès lors que ces navires étrangers viennent piller une des seules ressources à leur disposition et sont donc très frustrés.

    Les gens sont désespérés. Il y a donc un amas de tensions sur la côte. Les pirates n'avaient pas disparu, certains s'étaient rangés, et certains faisaient d'autres choses, comme la contrebande d'armes. Mais lorsque l'opportunité s'est présentée de prendre un navire, ils l'ont saisie".

    QUESTION: Les armateurs ont-ils fait preuve de relâchement?

    REPONSE: "L'industrie a baissé sa garde après 5 ans. C'est humain, et les armateurs diront parfois à leurs capitaines de naviguer moins vite ou de prendre un raccourci qui va le rapprocher des côtes, car ça permet d'économiser du carburant et de l'argent. Parfois, c'est l'équipage lui-même qui insiste auprès du capitaine pour se rapprocher des côtes afin d'avoir du réseau téléphonique et communiquer avec leurs familles.

    De la même manière, les forces navales et militaires sont appelées à d'autres endroits, comme la Méditerranée avec la crise des migrants. Après cinq ans sans la moindre attaque réussie, les ressources à la disposition des forces internationales de lutte contre la piraterie sont moins importantes qu'au plus fort de la crise de la piraterie.

    Quant à l'Aris 13, il s'est lui-même rendu vulnérable. Il avait pris un raccourci qui l'a rapproché des côtes, il naviguait lentement, le pont principal était très proche de l'eau, ce qui rendait son accès facile, d'autant qu'il n'y avait à bord aucune escorte armée. Tous les ingrédients étaient réunis pour qu'un incident se produise".

    QUESTION: D'autres attaques sont-elles à craindre?

    REPONSE: "Il est possible qu'il y ait des attaques similaires, qui s'inspirent de celle-ci. Car si elle est couronnée de succès, avec par exemple une rançon payée et les pirates qui s'en sortent, d'autres pirates pourraient être tentés.

    Il est donc très important que d'un côté, l'industrie maritime continue ou se remette à observer les bonnes pratiques, et que de l'autre, des solutions soient trouvées aux problèmes des pêcheurs somaliens tentés par la piraterie. Il faut leur proposer une alternative".


    votre commentaire
  • La justice va trancher sur le port du voile au travail

    La Cour de justice européenne va donner son avis sur l'interdiction du foulard islamique au travail, en réponse à deux cas en France et en Belgique.

    La Cour européenne de justice La Cour de justice européenne (CJUE) se penche sur deux cas de licenciement dû au port, soudain ou non, du voile islamique dans le contexte d'un travail au Luxembourg et en France.

    Les deux magistrates doivent répondre aux interrogations des plus hautes autorités judiciaires française et belge, saisies chacune dans leur pays des situations - sensiblement différentes - de femmes musulmanes qui estiment avoir été discriminées sur leur lieu de travail en raison de leur religion.

    In fine, il appartiendra aux plus hauts juges français et belges, dans deux Etats historiquement attachés aux principes de laïcité et de neutralité, de trancher légalement les litiges en question.

    La question du port du foulard islamique reste complexe dans l'UE, où les opinions et les pratiques sont très variées, un constat fait par les deux avocates générales dans ces dossiers qui sont parvenues à des conclusions qui peuvent paraître en contradiction.

    Discrimination illicite

    L'une évoque clairement une discrimination illicite tandis que l'autre laisse la porte ouverte à la justification d'une restriction liée à une «politique de neutralité» mise en place par l'entreprise.

    Le rôle de ces deux magistrates est de présenter un «avis juridique» qui ne lie absolument pas les juges quant à leur décision finale.

    Dans le cas belge, une jeune femme de confession musulmane, Samira Achbita, ne portait pas le foulard au moment de son embauche comme réceptionniste en 2003 par le groupe G4S, qui fournit des services de surveillance et de sécurité.

    Cependant, trois ans plus tard, Samira Achbita fait part à son employeur de sa décision de porter le foulard, malgré la politique de neutralité affichée d'abord oralement, puis par écrit, par l'entreprise qui interdit le port de signes politiques, philosophiques ou religieux.

    Libertés en conflit

    La seconde affaire, en France, est relative au licenciement d'une femme musulmane, employée comme ingénieure d'étude par la société française Micropole, qui portait le foulard au moment de son embauche en 2008.

    Mais lors d'un rendez-vous avec un client, ce dernier s'était plaint et avait exigé qu'il n'y ait «pas de voile la prochaine fois».

    Micropole avait transmis cette requête à son employée qui a refusé. Elle a été licenciée en juin 2009.

    Il existe deux types de discrimination en matière d'emploi, directe ou indirecte. Et la justice doit prendre en compte deux libertés potentiellement en conflit: celle d'adhérer à une religion et de le manifester, et celle de la liberté d'entreprise.

    Discriminations directe et indirecte

    La discrimination directe relève de l'égalité de traitement, et ne peut trouver d'exception que pour cause d'«exigence professionnelle essentielle et déterminante», avec un «objectif légitime et proportionnée», comme l'interdiction de porter certains signes religieux pour des questions de sécurité.

    La discrimination indirecte peut, elle, dépendre d'une politique de «neutralité» affichée par l'entreprise, et doit aussi répondre à un principe de proportionnalité dans l'application des exceptions.

    Dans l'affaire de Micropole, l'avocate générale Eleanor Sharpston estime qu'imposer d'ôter le foulard pour un rendez-vous avec un client est clairement une discrimination, car son foulard ne l'empêchait en aucun cas d'exercer son métier d'ingénieure d'études.

    Dans le cas de G4S, l'avocate générale Juliane Kokott considère en revanche que l'exercice du métier de réceptionniste peut exiger le respect d'un cadre vestimentaire et que l'entreprise peut opter pour une image de stricte neutralité, ce qui répond au critère d'exigence professionnelle.

    En cas de discrimination indirecte, il revient alors à la juridiction nationale de juger de la proportionnalité dans l'application d'exceptions, observe Mme Kokott.  


    votre commentaire
  • Les premiers ministres du groupe Visegrad en conférence de presse à Varsovie, le 2 mars 2017. De gauche à droite, le Tchèque Bohuslav Sobotka, le Hongrois Viktor Orban, la Polonaise Beata Szydlo et le Slovaque Robert Fico.

    Les premiers ministres du groupe Visegrad en conférence de presse à Varsovie, le 2 mars 2017. De gauche à droite, le Tchèque Bohuslav Sobotka, le Hongrois Viktor Orban, la Polonaise Beata Szydlo et le Slovaque Robert Fico

    Le groupe de quatre pays membres de l’UE – Pologne, Hongrie, République Tchèque, Slovaquie – s’est réuni jeudi 2 mars à Varsovie, pour s’accorder sur la ligne commune à tenir pour les prochains sommets à 27.

    Le groupe, identifié pour ses positions anti-migrants, veut mettre en avant d’autres thèmes comme le souverainisme, la défense du marché unique, et les conséquences d’une « Europe à plusieurs vitesses » dont ils seraient écartés.

    Avant les 60 ans du traité de Rome

    Le groupe de Visegrad (« V4 » : Pologne, Hongrie, République Tchèque, Slovaquie) a demandé que le Conseil européen présente à son prochain sommet à Rome, le 25 mars, un projet consensuel de réformes de l’Union européenne pour préserver son unité.

    Cette position a été présentée à Varsovie par la Première ministre polonaise Beata Szydlo, au lendemain de la présentation par le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker de ses « pistes » pour l’avenir de l’UE après le Brexit, dont certains passages portent sur une « Europe à plusieurs vitesses ». « Nous voulons une meilleure Europe, pas “plus d’Europe” ou “moins d’Europe” », a-t-elle encore insisté.

    Toujours le refus des migrants

    C’est le thème qui a ressoudé le Groupe de Visegrad à partir de 2015. En effet, ce dernier n’avait plus vraiment de raison d’être, une fois accomplies ses deux vocations premières : l’intégration dans l’UE et dans l’Otan après la chute de l’empire soviétique.

    Les quatre pays se rejoignent sur la même ligne idéologique, avec un besoin de se recentrer sur les identités nationales, de fermer les frontières aux migrants musulmans notamment. Ils ont fermement combattu la logique de répartition des réfugiés dans l’UE, et ont pour le moment obtenu gain de cause lors des derniers sommets.

    Néanmoins, la question d’un asile européen, avec un mécanisme de solidarité, est remise sur la table des discussions par l’Allemagne et des pays du sud qui dénoncent une charge déséquilibrée sur le continent.

    Le « V4 » veut donc resserrer les rangs sur ce point. Mais plus le temps avance, plus les quatre pays risquent de se heurter à un mur budgétaire, alors que les nouvelles perspectives financières vont bientôt être discutées. Pour le moment, le groupe de Visegrad est bénéficiaire des politiques communautaires. Les contributeurs de l’Ouest font valoir que la solidarité ne peut fonctionner à sens unique.

    Préserver le secteur agro-alimentaire et le marché unique

    Voilà une manière de déplacer le bras de fer Est-Ouest, très centré sur l’immigration, sur le plan du marché intérieur, que la première ministre polonaise Beata Szydlo a invité à « préserver » ce jeudi.

    Selon les quatre pays, il existerait deux poids deux mesures dans la qualité des produits fournis par les géants de l’agroalimentaire, avec des meilleurs standards à l’ouest et des biens de consommation inférieurs à l’Est. Cette dénonciation repose sur une étude sur 24 produits, réalisée par l’autorité hongroise de la sécurité alimentaire.

    Le « V4 » demande à la commission européenne de fixer des règles pour sanctionner les entreprises qui essayent de vendre leurs « déchets agro-industriels », estime Janos Lazar, chef de cabinet du premier ministre hongrois, Viktor Orban.

    Souverainisme

    S’il est un message que le Groupe de Visegrad veut adresser, c’est bien celui-là : l’UE doit rendre aux États leur souveraineté. Dans le processus législatif européen, il estime que les chambres nationales doivent avoir le dernier mot.

    Ses membres voudraient aussi donner davantage de poids au Conseil européen – donc aux chefs d’État – au détriment de la Commission. Pour eux l’Europe doit se centrer sur des missions sécuritaires : renfort des contrôles aux frontières de l’UE, lutte contre le terrorisme. Ils ne sont pas contre l’idée de développer une armée européenne.


    votre commentaire
  •  

     

    La commission d'enquête internationale de l'ONU estime que toutes les parties engagées dans la bataille d'Alep ont commis des crimes.

    Toutes les parties syriennes engagées dans la bataille d'Alep, qui a abouti le 22 décembre 2016 à la reprise totale de la ville par le régime, ont commis des crimes de guerre, et l'accord d'évacuation final constitue un déplacement forcé de population, selon une enquête onusienne publiée mercredi.

    «Toutes les parties ont commis de graves violations des lois humanitaires internationales constitutives de crimes de guerre», conclut le rapport de la Commission d'enquête internationale indépendante sur la Syrie, dans un rapport d'enquête couvrant la période allant du 21 juillet, date du début du siège d'Alep par les forces du régime, au 22 décembre 2016, reprise de la ville.

    Violence implacable

    L'enquête souligne également le rôle des forces alliées du régime dans cette bataille d'une «violence implacable», particulièrement celui de la Russie. «Entre juillet et décembre 2016, les forces russes et syriennes ont conduit des frappes aériennes quotidiennes, faisant des centaines de morts et réduisant les hôpitaux, les écoles et les marchés en cendre», accuse le rapport.Il dénonce aussi l'usage par les forces syriennes d'armes interdites commme le chlore ou les bombes à fragmentation.

    La commission d'enquête accuse également, pour la première fois, le régime de Damas d'être responsable de l'attaque d'un convoi humanitaire transportant de l'aide de l'ONU et du croissant rouge syrien le 19 septembre à Orum al-Koubra, près d'Alep.

    Tollé international

    L'attaque, qui avait tué 15 travailleurs humanitaires selon le rapport- avait suscité un tollé international et mis un terme aux tentatives d'accord entre Washington et Moscou pour un cessez-le-feu. «Tous les rapports, images satellites, témoignages et expertises médico-légales sur le terrain (...) impliquent les forces syriennes», selon l'enquête, qui estime que ces dernières ont «commis un crime de guerre».

    En décembre dernier, une autre enquête de l'ONU avait conclu que le convoi avait bien été visé par une frappe aérienne, mais sans désigner les responsables. Damas a toujours démenti son implication, tout comme la Russie.

    Le rapport de la Commission accuse également de crimes de guerre les rebelles syriens, qui contrôlaient Alep-est et ont mené une «campagne de bombardements indiscriminés» sur la partie ouest de la ville, sous contrôle gouvernemental. Il cite notamment des tirs le 10 août contre un minibus d'étudiants, qui ont tué 13 personnes, ou une attaque le 6 octobre contre un marché qui a fait 12 morts.

    En outre, le rapport accuse des groupes rebelles d'avoir empêché des civils de fuir Alep-est, parfois en les exécutant, et de les avoir utilisés comme boucliers humains. Le rapport qualifie enfin de «crime de guerre» l'accord final d'évacuation d'Alep-est, conclu sous l'égide de la Russie, soutien du régime, et la Turquie, alliée de l'insurrection. «Aucun civil n'avait l'option de rester», souligne le texte, assimilant l'accord à un «déplacement forcé de population».

    La Commission d'enquête indépendante de l'ONU a été créée en août 2011, quelques mois après le début du conflit syrien. Présidée par le Brésilien Paulo Pinheiro, elle a déjà rendu plusieurs rapports.


    votre commentaire
  •  

    Le procès de Saïf al-Islam Kadhafi et de 36 autres dignitaires du régime du Colonel Mouammar Kadhafi n'a pas respecté les normes internationales en matière de procès équitable, selon un rapport de la Mission d'appui des Nations Unies en Libye (MANUL) et du Haut-Commissariat aux droits de l'homme (HCDH).

    Ce procès en Libye représentait pourtant un important effort de la part du système judiciaire libyen en vue d'amener les accusés à répondre des crimes commis durant le soulèvement de 2011.

    Officiellement connu sous le nom d'Affaire 630/2012, le procès a été suivi de près par la MANUL et le HCDH depuis la phase préliminaire et tout au long de la procédure judiciaire, qui a débuté en mars 2014, jusqu'au verdict rendu en juillet 2015. Neuf des accusés ont été condamnés à mort, y compris Saïf al-Islam Kadhafi, jugé par contumace, l'ancien chef des services de renseignement Abdullah al-Senussi et l'ancien Premier Ministre libyen Al-Baghdadi al Mahmudi.

    Le rapport conjoint analyse les principaux aspects du procès à la lumière des normes internationales et du droit libyen et formule une série de recommandations visant à remédier aux défaillances de la justice pénale libyenne mises en évidence dans le cadre du procès.

    Des efforts du système judiciaire libyen dans un contexte difficile

    Le rapport reconnaît la difficulté de traduire en justice d'anciens membres du régime, en particulier dans un contexte de conflit armé et de polarisation politique. Toutefois, il rappelle que l'organisation de ce procès soulève de nombreuses préoccupations dont les autorités libyennes doivent tenir compte.

    Le personnel du HCDH et de la MANUL ne s'est pas contenté de suivre la procédure, directement au tribunal ou à travers les retransmissions en direct des audiences, il a également interrogé de nombreux accusés ainsi que leurs proches et avocats, procédé à un examen du dossier et du jugement et s'est entretenu longuement avec des responsables libyens de même qu'avec des experts nationaux et internationaux. Le bureau du procureur a notamment fourni de la documentation et était ouvert à toute discussion relative au procès, tout au long de la procédure.

    Le rapport note que l'Affaire 630/2012 constitue un effort particulièrement important de la part du système judiciaire libyen afin d'amener des hauts-fonctionnaires de l'ancien régime à répondre des crimes commis durant le soulèvement de 2011 et tout au long du conflit armé. Il salue également la diffusion en direct des audiences du tribunal.

    Défaillances de la justice pénale libyenne

    Cependant, le rapport identifie de graves violations des garanties d'une procédure régulière, y compris de longues périodes de détention au secret pour les défendeurs, sans parler des allégations de torture qui n'ont fait l'objet d'aucune enquête appropriée.

    À plusieurs reprises, des avocats se sont plaints de difficultés à rencontrer leurs clients en privé et à accéder à la documentation. Le droit à la défense a également été compromis par le fait qu'aucun témoin de l'accusation n'a été appelé à témoigner devant la cour – la présentation des moyens à charge a eu lieu brièvement au cours des audiences de la cour – et le tribunal a limité à deux le nombre de témoins que chaque accusé pouvait appeler. En outre, le système judiciaire libyen ne prévoit pas un mécanisme de recours complet mais uniquement le pourvoi en cassation – dont le rôle se limite à l'examen des seules questions de droit.

    « Il est absolument crucial que les auteurs de ces violations rendent compte de leurs actes mais le processus doit répondre à des garanties de procès équitable et de procédure régulière. La justice et le peuple libyen ont ainsi laissé passer une importante occasion de se confronter aux accusés et d'engager une réflexion sur les actes de l'ancien régime », a expliqué le Haut-Commissaire aux droits de l'homme, Zeid Ra'ad al Hussein.

    Le rapport souligne qu'un dossier d'instruction complet, incluant la présentation au tribunal de toutes les preuves de l'accusation, aurait grandement contribué à faire la lumière sur le contexte du soulèvement de 2011 et aurait constitué un document d'importance pour les générations futures.

    Assurer la pleine conformité des procédures judiciaires libyennes avec les normes internationales

    La MANUL et le HCDH exhortent la cour de cassation à prendre pleinement en compte les violations de procédure régulière identifiées dans le rapport et à prévoir des recours efficaces, dans l'attente de l'adoption des réformes nécessaires en vue d'assurer la pleine conformité des procédures judiciaires libyennes avec les normes internationales.

    Parmi les autres recommandations formulées, le rapport appelle à une révision du Code pénal et du Code de procédure pénale afin de garantir une définition claire de tous les crimes, à assurer l'accès à un avocat pendant l'interrogatoire et à renforcer les autres garanties de procès équitable. Les accusés devraient être détenus dans des lieux sous le contrôle effectif de l'État et les allégations de torture doivent faire l'objet d'une enquête approfondie immédiate. Le rapport exige en outre l'adoption d'un moratoire sur la peine capitale.

    Les autorités libyennes devraient également veiller à remettre Seïf al-Islam à la Cour pénale internationale, dans le respect des obligations internationales de la Libye.


    votre commentaire
  •  

    Le Maroc reconnaît enfin la paternité d'une enfant née hors mariage et c'est  une première historique en matière de justice, alors que les relations hors mariage restent un délit au Maroc.

    La mère aura droit à une indemnité mais le tribunal de Tanger a rejeté la demande de versement d’une pension alimentaire.

    Une jeune femme de Tanger avait déposé une plainte pour la reconnaissance de paternité de sa fille née d’une relation hors mariage, en fournissant les résultats d’un test ADN prouvant le lien biologique entre le père et sa fille. Le tribunal de première instance de Tanger lui a donné raison le 30 janvier. Cette information, révélée par le site marocain « Medias24.com » mardi 21 février au soir, a fait grand bruit au Maroc.

    Quelle est la nouveauté de ce jugement ?

    « C’est une petite révolution juridique ! », se réjouit Abderrazzak El Hannouchi, du Conseil national des droits de l’homme (CNDH) du Maroc. « Un jugement historique ! », insiste Khalid Ghnimi, vice-président de l’association 100 % mamans de Tanger. « Ce sont souvent des naissances dans des relations consenties mais, dès la grossesse déclarée, la plupart des pères tournent les talons », déplore-t-il.

    Au Maroc, les relations sexuelles hors mariage sont un délit punissable d’un mois à un an de prison, en vertu de l’article 490 du code pénal. Et les pères n’ont aucun devoir à l’égard des enfants issus de ces unions illégitimes. Le père en question avait d’ailleurs été condamné en mars 2016 à un mois de prison ferme pour « débauche ». Un argument qu’il a fait valoir pour justifier qu’il n’était en rien redevable au regard de la fillette née de cette relation.

    « Pour une fois, le juge s’est référé non pas au code de la famille marocain mais à la convention internationale sur les droits de l’enfant, ratifiée par le Maroc, et selon laquelle ce sont les intérêts primordiaux des enfants qui prévalent, explique Abderrazzak El Hannouchi. Il s’est en outre basé sur la convention européenne sur les droits des enfants, également ratifiée par le Maroc en 2014, celui-ci étant partenaire pour la démocratie avec le Conseil de l’Europe. »

    Quelle est la différence entre paternité et filiation ?

    La fillette a donc un père. Ce premier jugement a été largement salué, ouvrant des perspectives aux enfants nés hors mariage et qui se trouvent privés de nombreux droits. L’association Insaf (Institution nationale de solidarité avec les femmes en détresse) avait estimé qu’entre 2003 et 2009, 210 000 enfants étaient nés hors mariage au Maroc, soit plus de 30 000 par an.

    « Encore beaucoup d’enfants n’arrivent même pas à avoir un état civil parce que les mères, souvent rejetées par leur famille, ne peuvent pas fournir les documents nécessaires, notamment les certificats de résidence », déplore Khalid Ghnimi, qui milite activement pour l’abrogation des dispositions discriminatoires figurant encore dans le code de la famille et le code pénal.

    Cette reconnaissance de paternité ne donne pas accès aux droits inhérents à la filiation, laquelle est en partie régie par la charia, le droit musulman. « Même si le père a reconnu l’enfant, celui-ci reste illégitime et donc ne peut pas jouir des droits réservés aux enfants légitimes, ajoute-t-il. Ils n’ont par exemple pas droit à l’héritage. »

    Pourquoi le juge a-t-il refusé une pension alimentaire ?

    L’enfant illégitime ne peut pas non plus bénéficier d’une pension alimentaire. « Les femmes qui ont des enfants en dehors du mariage, ainsi que leurs enfants, souffrent des pires formes d’exclusion juridique, économique et sociale », dénonce le CNDH.

    La mère célibataire se doit d’assumer seule son enfant. Mais le juge a estimé qu’une naissance hors mariage constituait un préjudice à la mère, à la fois marginalisée dans la société et devant en supporter la charge financière. Il a donc à ce titre condamné le père à verser une indemnité de 100 000 dirhams (9 400 €).

    Les associations espèrent que ce premier jugement qui ouvre une première brèche prometteuse ne sera pas cassé en appel.


    votre commentaire
  • « Atlas des crises et des conflits », de Pascal Boniface et Hubert Védrine, Éditions Armand Colin Fayard, 149 p., 25 €

    L’ouvrage – déjà de référence – n’est déjà plus tout à fait une nouveauté. Mais en ces temps agités et troubles, sa clarté est bienvenue et mérite largement un coup de projecteur.

    Le projet de Pascal Boniface, directeur de l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS) et d’Hubert Védrine, ancien ministre des affaires étrangères et conseiller diplomatique, est de recenser et d’expliquer, à quatre mains et en 150 pages, « les crises et les conflits dont les implications sont internationales, qui subissent des influences étrangères ou qui peuvent avoir des répercussions internationales ».

    L’Europe, la Russie, les Amériques, le Moyen-Orient, l’Afrique et l’Asie : tour à tour, chacune des grandes zones géographiques est étudiée à la loupe.

    Les causes

    « Les peuples, si ce n’est les dirigeants, ont sans aucun doute toujours espéré vivre en paix et en sécurité » annoncent les auteurs en introduction de la première partie, « Les causes », avant d’y opposer la vérité des faits : hormis dans quelques pays, pour une partie de la population et pendant de courtes périodes, l’espérance s’est trop rarement réalisée.

    Sur des fonds de planisphère, Pascal Boniface et Hubert Védrine posent d’abord les bases du monde aujourd’hui. Les pays membres de l’ONU (« Illusions d’un monde en paix »), les signataires de l’interdiction des armes biologiques, ceux du Traité de non-prolifération nucléaire, ou les religions expliquées par répartition et en fonction du nombre de croyants.

    Les crises en cours

    La partie traitant spécifiquement des crises et des conflits constitue le cœur de l’ouvrage. Chaque double page permet d’aborder un pays/une région spécifique, en usant toujours de la même présentation. Une carte correspond un texte dont le modèle ne varie pas : origine, crise actuelle et scénarios d’avenir (plusieurs – entre 2 et 4 – sont proposés).

    La volonté pédagogique est indéniable, que l’on soit dans les Balkans, dans la crise entre Turquie et Kurdistan, dans celles entre la Russie et l’Ukraine, l’Iran et les Pays arabes, les deux Corées, ou en Syrie, en RD-Congo, au Soudan du Sud, en mer de Chine… Le livre agit comme une caisse de résonnante de toute notre actualité et ne néglige pas.

    Les scénarios d’avenir

    À la fois bilan et propositions pour les années à venir, la dernière partie du livre tire un constat. Face à la diversification et à la multiplication des états, au développement des ONG, ou encore à l’importance grandissante prise par les groupes infra-étatiques illégaux, le monde ne cesse de se complexifier et les systèmes de décisions internationaux se font plus lents et plus complexes. Autant de changements importants qu’il faut prendre en compte pour trouver des solutions nouvelles à ces crises.

    En dépit d’une augmentation apparente ou d’une permanence du nombre de conflits, « l’Atlas » de Pascal Boniface et Hubert Védrine, dont les cartes sont signées Jean-Pierre Magnier, se termine sur une note positive : depuis une à deux décennies, le nombre de conflits dans le monde et les morts qui en découlent, sont moins nombreux. Malgré les apparences.


    votre commentaire
  •  

     

    Dix ans après les Principes et engagements de Paris, cette conférence sera l’occasion de faire le point sur la protection des enfants vivant dans des conflits.

    Un tiers des besoins est pour la Syrie

    Le président François Hollande ouvre mardi 21 février à Paris une conférence destinée à mobiliser la communauté internationale sur le sort des 250 millions d’enfants vivant dans des zones de conflit.

    « Dix ans après les Principes et engagements de Paris relatifs aux enfants associés aux forces ou aux groupes armés, cette nouvelle initiative de la France et de l’Unicef rassemblera plus de 80 pays et près de 40 organisations internationales et non gouvernementales », précise la présidence de la République.

    La conférence sera l’occasion d’un important appel aux dons. « Les besoins s’élèvent à 3,3 milliards de dollars », selon Sébastien Lyon, directeur général de l’Unicef France, soit « le chiffre le plus élevé que l’Unicef ait jamais été appelé à demander pour les situations d’urgence. Il était de 1,5 milliard il y a encore quatre ans. » « Sur ces 3,3 milliards de dollars, 1,4 milliard est nécessaire juste pour le conflit syrien », précise le responsable.

    Sur le terrain, le Fonds des Nations unies pour l’enfance (Unicef) œuvre notamment à la libération des enfants recrutés dans des groupes armés. Depuis 2000, « environ 100 000 enfants ont pu être libérés », selon l’organisation.

    Recrutement d’enfant soldats au Soudan du Sud

    La conférence rassemble les pays signataires des Principes et engagements de Paris, une liste d’orientations et de suggestions politiques que les États sont invités à adopter en matière de protection des enfants, signés il y a dix ans. Des ONG seront également présentes, ainsi que des enfants-soldats qui témoigneront de leur expérience. 105 États ont adopté et signé les Principes et Engagements de Paris.

    Leila Zerrougui, la représentante spéciale pour les enfants et les conflits armés du secrétaire général des Nations unies, assistera à la conférence, comme Peter Maurer, le président du comité international de la Croix-Rouge (CICR) et Anthony Lake, le directeur exécutif de l’Unicef.

    Concernant les enjeux de la conférence, Jean-Pierre Lacroix, en charge des organisations internationales au ministère des Affaires étrangères, indique « le phénomène de recrutement des enfants-soldats, avec des chiffres élevés dans certains pays, plus de 17 000 au Soudan du Sud, environ 5 000 en Somalie, plus de 1 000 au Yémen ».

    Les enfants sont également exposés à « l’impossibilité d’aller à l’école et d’avoir accès à l’aide humanitaire » et aux « violences directes : meurtres, mutilations, violences sexuelles, enlèvements de masse ».

     


    votre commentaire
  • Une saisie d'ivoire.

    Les trafiquants avaient enduit la marchandise d'un produit pour tromper le flair des chiens. Trois personnes ont été arrêtées.

    Les autorités ougandaises ont saisi plus d'une tonne d'ivoire. La marchandise avait été découpée en morceaux et enduite d'un produit chimique visant à empêcher sa détection par les chiens des services des douanes, a-t-on appris lundi 20 février 2017 auprès des services ougandais de protection de la faune sauvage.

    L'ivoire a été saisi samedi dans la banlieue de Kampala, avant son transfert prévu via l'aéroport international d'Entebbe, au sud de la capitale, vers une destination inconnue. Dans cette affaire, deux Bissau-Guinéens et un Libérien ont été arrêtés à Kampala.

    «Au cours d'une opération menée conjointement avec la police, nous avons saisi samedi plus d'une tonne d'ivoire introduit depuis la Tanzanie ou la République démocratique du Congo» (RDC), a déclaré à l'AFP Simplicious Gessa, un porte-parole des services ougandais de protection de la faune sauvage. «L'opération est toujours en cours.»

    «Lois laxistes»

    Les autorités pensent que le réseau de trafiquants implique plus de personnes que les trois hommes arrêtés, dont des agents des douanes ou des employés de sociétés spécialisées dans l'export.

    «Nous pensons que les trafiquants ont utilisé l'Ouganda car nos lois sont assez laxistes», a précisé Simplicious Gessa, regrettant les peines relativement faibles prononcées pour le trafic d'ivoire, «alors que les butins atteignent des millions de dollars».

    «C'est pour cela que nous voulons amender la loi (...), afin que l'Ouganda ne soit plus une des routes utilisées par les trafiquants», a-t-il conclu, soulignant que ce genre de saisie n'est pas rare dans son pays.

    Massacrés pour leur «or blanc»

    Quelque 30.000 éléphants d'Afrique sont tués illégalement chaque année pour leurs défenses en ivoire, principalement afin de satisfaire la demande asiatique. Le commerce de l'«or blanc» est estimé à près de 600 millions de dollars annuels (609 millions de francs).

    Selon l'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), la population des éléphants d'Afrique vient d'enregistrer sa plus importante chute depuis 25 ans: le continent compte environ 415'000 éléphants, soit 111'000 de moins que lors de la dernière décennie.


    votre commentaire
  • Hallucinant: un "pacte contre le populisme" formé par des multinationales aux Pays-Bas

    De grandes entreprises néerlandaises telles que Unilever, Philips et Ahold Delhaize veulent, à un mois des élections législatives, lutter contre le populisme et le négativisme, qu'elles considèrent comme un danger pour les Pays-Bas, en stimulant l'économie.

    "Le populisme est un symptôme de l'absence de progrès", a déclaré le directeur Europe d'Unilever Jan Zijderveld, cité samedi par le quotidien Het Financieele Dagblad. "Il manque pour le moment une perspective de croissance et cela nourrit le négativisme."

    Pour le journal de référence FD, "les entreprises sentent aussi dans leurs nuques le souffle chaud des citoyens en colère et tentent, un mois avant les élections, d'influencer le sentiment".

    Les Pays-Bas lanceront le 15 mars une série d'élections cruciales en Europe avec des scrutins en France et en Allemagne, alors que le sentiment anti-Union Européenne ne cesse de croître et que le continent est aux prises avec sa pire crise migratoire depuis la Seconde Guerre mondiale.

    Ces thèmes ont favorisé les partis d'extrême droite européens pendant que le programme anti-islam, anti-immigration et anti-système du député néerlandais Geert Wilders lui a permis de se hisser à la tête de tous les sondages ces derniers mois, devant les libéraux du Premier ministre Mark Rutte (VVD).

    "Pour aller à l'encontre du populisme, nous avons besoin d'un nouveau modèle d'affaires, un point à l'horizon vers lequel nous pouvons travailler lors de la prochaine décennie", a affirmé M. Zijderveld, à l'origine de l'initiative. "Dans les débats électoraux, on parle seulement d'aujourd'hui, pas de l'avenir."

    Les multinationales néerlandaises souhaitent ainsi "créer un large mouvement de personnes et d'entreprises qui soient à nouveau fières des Pays-Bas et croient en leurs capacités à résoudre les problèmes", a-t-il expliqué: "Des problèmes internationaux, des solutions néerlandaises."

    Selon ces entreprises, les Pays-Bas peuvent, grâce à leurs compétences, répondre à cinq tendances: le problème alimentaire, la gestion de l'eau (potable), le vieillissement de la population, l'urbanisation et le passage à l'énergie durable.

    Sont notamment parties prenantes à ce qu'ils appellent "une alternative pour le négativisme croissant" le géant néerlandais de l'agroalimentaire et des cosmétiques Unilever, le pétrolier britannico-néerlandais Shell, le groupe néerlando-belge de la distribution Ahold Delhaize, le géant de l'électronique Philips et le groupe de produits laitiers FrieslandCampina.

    "Notre plan n'est ni rouge, ni vert, mais se place au-dessus de la politique", a souligné Rudolph Jordaan, du cabinet de recrutement Egon Zehnder.


    votre commentaire