• Vladimir Poutine organise une Union économique eurasiatique

    En pleine crise ukrainienne, Moscou insiste sur la finalité avant tout politique de son union avec la Biélorussie et le Kazakhstan.

    Vladimir Poutine organise une Union économique eurasiatique

    Soucieux d’éviter un retour à l’URSS, ses deux partenaires soulignent le caractère économique de l’accord.

    Les présidents kazakh et biélorusse ont critiqué ces dernières semaines à mots couverts le rattachement de la Crimée et les divers référendums séparatistes.

    « Tout est question de perceptions… » Dans les coulisses de l’accord signé jeudi 29 mai par la Russie, la Biélorussie et le Kazakhstan pour la création de l’Union économique eurasiatique, cet officiel kazakh ne cachait pas qu’entre Moscou et ses deux partenaires, ce mariage est scellé avec de sérieux désaccords sur les ambitions à long terme.

    Union à finalité avant tout politique pour le Kremlin, soupçonné, y compris par certains de ses alliés, de vouloir revenir à une forme d’Empire soviétique. Espace uniquement économique, au contraire, pour les Kazakhs, soucieux de marquer leur indépendance.

    Dans les discours, jeudi 29 mai lors de la signature à Astana, au Kazakhstan, le président hôte Noursoultan Nazarbaïev comme son homologue russe Vladimir Poutine semblaient pourtant parler d’une même voix, utilisant les mêmes mots : l’Union nouvelle vise à créer une « intégration » entre les trois pays pour favoriser le « développement » de chacun des pays.

    La crise ukrainienne, en arrière-fond

    « Cette union est économique et ne touche pas à la souveraineté des États participants », s’est toutefois permis d’insister Noursoultan Nazarbaïev, pour mieux couper court à toute interprétation politique.

    Un langage que le président biélorusse, Alexandre Loukachenko, a lui aussi repris. Avant de donner une dimension bel et bien politique à l’événement : « Nous avons perdu des participants en route, je pense à l’Ukraine. Mais je suis sûr que, tôt ou tard, la direction ukrainienne comprendra où est son destin… », a-t-il déclaré.

    Ainsi l’ombre de la crise ukrainienne a-t-elle plané sur la cérémonie à Astana, prévue de longue date. D’autant plus que, ces dernières semaines, Noursoultan Nazarbaïev et Alexandre Loukachenko se sont révélés très prudents dans leur soutien à la stratégie du Kremlin en Ukraine. Critiquant notamment à mots couverts le rattachement de la Crimée et les divers référendums séparatistes.

    « Le fait que Kiev ne soit pas aujourd’hui dans l’Union n’est pas un problème. Au contraire. Cela a permis d’avancer plus vite », a confié à La Croix Rakhim Oshakbaev, l’un des dirigeants du patronat kazakh.

    Cela a aussi permis de dépolitiser le lancement de cette nouvelle organisation russo-biélorusso-kazakh alors que ce sont les chaotiques choix de Kiev qui, hésitant l’automne dernier entre Union européenne et Union eurasiatique, ont précisément plongé depuis le pays dans la crise.

    Prolongement de l’Union douanière

    « Initialement, Moscou voulait construire une organisation similaire à celle de Bruxelles, très politique, avec un Parlement, un conseil des ministres, un régime unique de passeports et de visas, voire une monnaie unique. Un rêve du Kremlin… Mais regardez le résultat final : il n’y a rien de tout cela dans l’accord signé aujourd’hui ! », se félicite Rakhim Oshakbaev.

    La nouvelle Union, qui doit entrer en vigueur le 1er  janvier 2015, est en fait la suite de l’Union douanière mise en place depuis 2010 par les trois pays. « Sur cette base, nous avons créé une organisation aux objectifs économiques concrets et pragmatiques », a insisté hier Sergueï Roumas, le président de la Banque biélorusse du développement, chargé de négociations pour Minsk.

    Les trois États s’engagent à garantir la libre circulation des produits, services, capitaux et travailleurs. Parallèlement, ils doivent mettre en œuvre une politique concertée dans les domaines clés de l’énergie, l’industrie, l’agriculture et les transports. Un immense marché de plus de 20 millions de kilomètres carrés et 170 millions d’habitants.

    Message envers Bruxelles

    En pleine crise ukrainienne, la signature de cette Union prend aussi des allures de message indirect envoyé vers Bruxelles et les 28 membres de l’UE.

    « Tout cela est très bon pour la Chine qui va pouvoir profiter de ce marché commun à sa porte. Et c’est mauvais pour l’Union européenne qui, d’un coup, perd de l’influence sur ces trois pays », prévient l’un des ambassadeurs européens présents à la cérémonie. Comme la plupart des observateurs occidentaux, jeudi 29 mai, il ne croit pas à la résurgence de l’URSS.

    « C’est une obsession de l’Ouest », ironise quant à lui dans couloirs du sommet Vladimir Iakounine, président de RZD, la société nationale des chemins de fer russes. « Les États-Unis s’allient bien avec des pays d’Asie dans des zones de libre-échange, confie-t-il à La Croix. Pourquoi la Russie ne pourrait-elle pas le faire avec ses alliés proches ? »

     


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