• L’engagement du Canada envers les communautés autochtones ne répond pas au droit international

    Le 1er juin 2017, le Canada disait au revoir aux quatre délégués des Nations unies en visite qui ont passé les dix derniers jours à rencontrer des communautés à travers le pays afin d’en apprendre davantage sur l’impact des entreprises d’ici sur les droits de la personne protégés par le droit international. Au cours de la prochaine année, ils rédigeront leur rapport, et les droits des peuples autochtones seront au coeur même de ce rapport.

    Le Canada est en avance sur de nombreux autres pays en matière de reconnaissance des droits des peuples autochtones, mais il reste encore beaucoup de travail à accomplir. Les tribunaux canadiens, les gouvernements, les entreprises et la société civile doivent reconnaître que le consentement libre, préalable et éclairé est une exigence essentielle afin de défendre les droits des peuples autochtones dans un contexte de droit international.

    Après plus d’une décennie à s’y opposer, le Canada a finalement annoncé l’an dernier qu’il appuyait pleinement la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones (la « Déclaration »). En 2007, le Canada avait été l’un des quatre États à voter contre la Déclaration. Lorsqu’il a finalement annoncé son soutien en 2016, le gouvernement a été acclamé pour sa décision. Mais, peu de temps après, le gouvernement a précisé que son soutien à la Déclaration se ferait « conformément à la Constitution canadienne existante ».

    Or il existe une différence considérable entre les exigences constitutionnelles du Canada concernant le traitement des peuples autochtones et les exigences du droit international.

    Une différence importante se situe au chapitre du standard de consultation, où le droit international exige un standard plus exigeant, soit le consentement des communautés autochtones. Dans le cadre de la Déclaration, lorsque les États agissent de manière à avoir un impact sur les droits des peuples autochtones, ils ont l’obligation de les consulter pleinement et de ne pas donner le feu vert au projet proposé avant de recevoir le consentement « libre, préalable et informé » des communautés affectées.

    La Déclaration ne constitue pas l’unique forum exigeant le consentement à titre de standard. La norme du consentement au développement de projets a en effet été adoptée par de nombreuses agences et organisations internationales de développement, telles que la Banque mondiale et la Société financière internationale, de même que par certains prêteurs privés soumis aux Principes de l’Équateur. Ceci est notamment dû au fait que la norme de consentement est de plus en plus considérée comme un outil pouvant éliminer les risques liés au développement de projets. En effet, contrairement à la consultation qui démontre le processus de discussion avec les populations affectées, la norme de consentement, quant à elle, est sans ambiguïté et permet plus de certitude.

    Place à la consultation

    Tout comme la Déclaration, la Constitution canadienne exige que les gouvernements consultent les peuples autochtones avant de prendre des mesures susceptibles d’affecter leurs droits. Cependant, les tribunaux canadiens ont souvent déclaré que la consultation ne nécessite généralement pas de consentement. Par crainte d’un pouvoir de veto, les autorités gouvernementales soutiennent fréquemment que le consentement n’est pas nécessaire.

    Le droit international exige également que la consultation soit libre, préalable et éclairée, et que les populations autochtones puissent participer pleinement aux décisions qui les concernent. Or la validité et la qualité de la consultation seront grandement affectées par la capacité des communautés autochtones d’avoir accès à des ressources financières adéquates qui leur permettront de faire une évaluation complète du projet.

    Au Canada, la consultation est habituellement considérée comme un obstacle administratif plutôt que comme un processus de prise de décision partagée. La consultation est souvent non financée, ou encore partiellement financée par l’entreprise qui demande un permis au gouvernement, ce qui rend souvent la capacité des peuples autochtones à exercer leurs droits constitutionnels dépendante du bon vouloir de l’entreprise qui aura des impacts sur le territoire touché. De plus, les délais de consultation sont généralement courts et les services d’experts indépendants sont rarement fournis.

    Certains projets canadiens ont reçu le consentement de communautés dans le passé. Cela s’est notamment produit lorsque les entreprises ont voulu négocier ouvertement les termes de leurs projets avec les communautés autochtones locales, leur fournissant le temps et le soutien nécessaires afin d’évaluer de façon indépendante l’impact du projet sur leurs droits et les avantages proposés.

    Cependant, jusqu’à ce que les communautés autochtones aient un accès garanti et adéquat aux ressources dont elles ont besoin pour s’engager dans une consultation et un droit reconnu de dire « non » aux développements qui les touchent, les exemples de consentement réel resteront rares et les processus de consultation favoriseront plutôt la discorde.

    Les tribunaux, les gouvernements, les entreprises et la société civile doivent reconnaître que les relations saines sont fondées sur le consentement — un consentement libre, préalable et éclairé. Un an après avoir finalement soutenu la Déclaration, nous devons commencer à l’appliquer à tous les niveaux : en droit, au sein des politiques et programmes gouvernementaux ainsi qu’en matière de contrats privés. Fournir un financement stable, des échéanciers flexibles et des experts indépendants lors de la consultation est la première étape cruciale à mettre en oeuvre. […]


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  • Quelle honte!!! Des nomades se tournent vers l'islam pour survivre

    En Indonésie, victimes de la déforestation, des tribus se convertissent pour toucher l'aide publique. Vêtus d'un pagne et armés de fusils, des nomades chassent au milieu de palmiers à huile sur l'île de Sumatra. Maigres, ces hommes à la peau hâlée cherchent désespérément du gibier dans une forêt tropicale dévastée par les coupes de bois qui ruinent l'existence des tribus en Indonésie.

    L'Indonésie est le premier producteur mondial d'huile de palme, une industrie qui encourage la déforestation et pèse de plus en plus sur le mode de vie traditionnel des nomades.

    Alors à deux heures de route de ce terrain de chasse, environ 200 nomades sur les 3.500 de la tribu des «Orang Rimba» viennent de changer de vie: ils se sont sédentarisés... et convertis à l'islam, religion majoritaire dans ce pays d'Asie du Sud-Est. Ces nomades avaient été approchés par une ONG islamique et des représentants des autorités indonésiennes qui encouragent les membres de tribus à se sédentariser, afin de faciliter l'aide et le recensement. Or pour obtenir une carte d'identité ouvrant droit à l'aide publique en Indonésie, toute personne doit déclarer une religion. Ce qui, dans le pays musulman le plus peuplé au monde, explique largement la conversion à l'islam des peuples indigènes, presque tous animistes au départ.

    Depuis janvier, ces 200 «Orang Rimba» vivent dans le district de Batang Hari, situé dans la province de Jambi. Assis dans une hutte sur pilotis, des enfants portant des calottes de musulmans et des hijabs y récitent le Coran. «Dieu merci, l'Etat prête maintenant attention à nous, alors qu'avant notre conversion, il nous ignorait», raconte Muhammad Yusuf, un leader de cette communauté qui reçoit désormais de la nourriture et des vêtements.

    Un choix désespéré

    L'initiative de ces «Orang Rimba» -qui signifie «habitants de la jungle- est en réalité un choix désespéré mettant en exergue l'échec du gouvernement à défendre les nomades, estiment des défenseurs des droits des peuples indigènes.

    Des défenseurs des droits des populations indigènes, eux, regrettent que même les groupes tribaux qui avaient réussi jusqu'ici à rester nomades soient désormais tentés de renoncer à leur mode de vie, en raison des difficultés à survivre dans la nature. »C'est l'échec de l'Etat qui ne sait pas les protéger«, confie à l'AFP Rukka Sombolinggi, secrétaire général de l'organisation de protection des peuples indigènes AMAN, en référence à la déforestation.

    En conséquence, les nomades «se tournent vers des prédicateurs ou l'Eglise dans certaines régions, car ceux-ci leur offrent une protection», dit-elle.

    Les tribus: 70 millions de personnes

    En Indonésie, un archipel de 17.000 îles et îlots qui possède une des plus grandes forêts tropicales de la planète, les tribus représentent environ 70 millions de personnes sur une population totale de 255 millions d'habitants.

    Parmi les tribus les plus connues figurent les Dayaks de l'île de Bornéo, tatoués de la tête au pieds, et les Mentawi, qui aiguisent leurs dents pour paraître plus beaux. Mais les »Orang Rimba« sont un des rares groupes nomades vivant en permanence dans la jungle.

    Yusuf souligne qu'il était de plus en plus difficile de trouver de la nourriture en forêt, et que les conflits opposant des membres de sa tribu à des représentants de sociétés convoitant leurs terres se multipliaient.

    Aujourd'hui, les quelque 200 »Orang Rimba« qui ont renoncé au nomadisme ont changé de vie et d'apparence.

    Ils ont troqué leurs étoffes traditionnelles contre des vêtements offerts par les services de l'Etat et des ONG.

    «C'est plus agréable d'être dans un village comme celui-ci, nous vivons mieux», dit Yusuf. Il a adopté ce nom islamique après être devenu musulman. Auparavant, il s'appelait Nguyup.

    Croyances superstitieuses

    Tous les »Orang Rimba« ne sont cependant pas prêts à franchir le pas. D'autres membres de la tribu vivent toujours dans la jungle. Ils s'abritent sous des bâches en plastique fixées à des tiges en bois et chassent les quelques animaux qu'ils trouvent dans les plantations de palmiers à huile.

    Ils changent d'endroit en moyenne trois fois par mois pour trouver du nouveau gibier et à chaque fois qu'un membre de la tribu meurt, comme l'exigent leurs coutumes. Malgré les conditions de vie difficiles et la malnutrition, ils restent résolument opposés à toute conversion à l'islam et à un mode de vie sédentaire.

    »Selon nos traditions, la conversion n'est pas autorisée«, affirme à l'AFP Mail, le leader du groupe. »Nous craignons d'être capturés par des tigres si nous manquons à notre serment«, dit-il en évoquant des croyances superstitieuses.

    D'autres nomades dans le pays s'étaient déjà convertis au sédentarisme et à l'islam, mais jamais autant en une seule fois. A la grande satisfaction des autorités qui encouragent la vie en société.

    Depuis sa conversion à l'islam, Yusuf dit ressentir une certaine »tranquillité". Mais il avoue que l'adaptation a pris un certain temps. Et sa famille attend toujours de recevoir les papiers d'identité promis...


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    La ministre des Affaires autochtones se fait rassurante concernant l’adhésion entière du Canada à la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones. 

    Carolyn Bennett a été saluée par une ovation, aux Nations unies, lorsqu’elle a officialisé la nouvelle annoncée la veille. Cette Déclaration de l’ONU, qui n’est pas juridiquement contraignante, énumère les droits des peuples autochtones dans le monde, notamment en matière de culture et de traditions, d’identité, de santé, d’éducation et de langues.

    La ministre canadienne a soutenu que la Déclaration, adoptée par l’ONU en 2007, reflète l’esprit et l’intention des traités conclus au fil du temps par le Canada avec les peuples autochtones, et qu’elle fera partie du processus de réconciliation promis par son gouvernement aux Premières Nations, Métis et Inuits.

    Le Canada avait été l’un des quatre seuls pays — avec l’Australie, la Nouvelle-Zélande et les États-Unis — à voter contre l’adoption de la Déclaration de l’ONU sur les droits des peuples autochtones en septembre 2007.

    Le gouvernement conservateur de Stephen Harper était alors préoccupé par les impacts que pourrait avoir cette déclaration sur le développement des ressources naturelles au pays. Il se demandait aussi comment arrimer les droits garantis par cette déclaration internationale avec ceux déjà enchâssés dans la Constitution canadienne.

    En novembre 2010, le Canada adoptait un « énoncé d’appui » au document de l’ONU, qui ne garantissait toutefois pas son adhésion pleine et entière.

    « Même si la Déclaration n’est pas juridiquement contraignante, ne constitue pas une expression du droit international coutumier et ne modifie pas les lois canadiennes, notre appui à ce document réitère notre volonté de continuer à travailler de concert avec les peuples autochtones pour bâtir un Canada meilleur », lisait-on alors dans l’énoncé d’appui.

    L’Association canadienne des producteurs pétroliers appuie la Déclaration des Nations unies et promet de collaborer avec les gouvernements et les peuples autochtones afin que ce nouveau traité s’arrime avec les lois canadiennes. 

    *

    Le gouvernement canadien a mis fin mardi à ses objections à l’endroit de la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones. Un pas important, mais qui, pour avoir un sens, devra se traduire en gestes concrets dont on ignore encore la portée et les contours.

    Lors de l’adoption de la Déclaration en 2007, quatre pays s’y sont opposés : le Canada, l’Australie, la Nouvelle-Zélande et les États-Unis. Ils ont tous fini par la signer, mais depuis 2014, seul le Canada persistait à s’opposer et à parler d’un « document d’aspirations qui est juridiquement non contraignant ».

    Un principe en particulier inquiétait les conservateurs, celui d’obtenir « le consentement préalable, donné librement et en connaissance de cause » des peuples autochtones lorsque des décisions ayant une incidence sur leurs droits ou leurs intérêts étaient prises. Ils craignaient que cela soit interprété comme un droit de veto sur des décisions prises dans « l’intérêt général ». En fait, le développement des ressources naturelles était leur premier souci.

    Du côté des peuples autochtones, on a toujours soutenu qu’il n’était pas question d’un droit de veto, mais d’un ensemble « de normes minimales nécessaires à la survie, à la dignité et au bien-être des peuples autochtones du monde ». Dans un document adopté en 2014, l’Assemblée générale précisait que les États s’engageaient avant tout à « coopérer avec les peuples autochtones, par l’intermédiaire de leurs propres institutions représentatives, en vue d’élaborer et de mettre en oeuvre des plans d’action, des stratégies ou d’autres mesures […] pour atteindre les objectifs de la Déclaration ».

    En campagne, les libéraux ont fait leur la recommandation de la Commission de vérité et réconciliation de mettre en oeuvre la Déclaration qui, doit-on préciser, n’a pas force de loi. Ils ont franchi un premier pas en levant les objections conservatrices, mais ce geste était le plus facile à poser. La mise en oeuvre sera nettement plus complexe.

    Le premier ministre Justin Trudeau parle avec constance de réconciliation et de nouvelle relation de nation à nation, mais il n’a pour l’instant présenté ni plan d’action ni stratégie pour donner corps à la Déclaration.

    Le député néodémocrate Roméo Saganash a pris les devants et présenté un projet de loi (C-262) qui obligerait le gouvernement à consulter les peuples autochtones et à coopérer avec eux afin de rendre les lois fédérales compatibles avec la Déclaration et afin d’élaborer et de mettre en oeuvre un plan d’action pour atteindre les objectifs énoncés. Les libéraux ont manifesté de l’intérêt, mais le reprendront-ils à leur compte ou l’appuieront-ils ? Ça reste à voir.

    D’autres tests les attendent. La Constitution de 1982 reconnaît des droits ancestraux ou issus de traités des autochtones, mais pour les faire respecter, ils ont dû multiplier les batailles juridiques. Quant à leurs revendications territoriales, elles s’enlisent généralement dans des négociations interminables.

    L’accès aux ressources naturelles en est souvent la raison. Les autochtones veulent avoir leur mot à dire sur ce qui se passe sur leurs territoires et bénéficier de tout développement qui s’y fait. Des jugements récents de la Cour suprême leur ont donné raison, mais plusieurs provinces résistent.

    Plusieurs cas à travers le Canada démontrent qu’elles ont tort, que leurs propres intérêts économiques seraient mieux servis par le dialogue. Le meilleur exemple vient du Québec, où, en 2002, les Cris et le gouvernement du Parti québécois ont conclu la Paix des Braves, une entente de nation à nation qui fait l’envie de bien des autochtones. Le gouvernement Trudeau osera-t-il aller dans le même sens ?


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  • Au Brésil, des Indiens violentés par les fermiers

    Les conflits entre fermiers et Indiens dans le nord-est du Brésil ne cessent de relancer le débat sur l’occupation des terres amazoniennes.

    Jeudi 4 mai, l’ONU a dénoncé une « grave attaque » contre une tribu brésilienne.

    À Povo das Bahias, près de Viana, dans l’État du Maranhao (nord-est), le territoire est taché de sang. Le 30 avril, deux cents hommes liés à des fermiers locaux ont attaqué la tribu indienne Gamela, en raison de conflits sur la délimitation des terres. Munis de machettes et d’armes à feux, les coupables ont fait treize blessés.

    Le service de santé de l’État de Maranhao a qualifié cette attaque de « violence lamentable » et a révélé, mercredi 3 mai, qu’un seul Indien était hospitalisé en état grave. Le Congrès Missionnaire Indien, une organisation liée à l’Église catholique, dénonce un climat hostile envers les Indiens et les paysans dans le pays.

    Après cette attaque, le bureau des Nations unies au Brésil s’est dit « inquiet » et a qualifié cette agression d’« attaque grave ». Solidaire des victimes, l’organisation s’est déclarée « prête à soutenir l’État brésilien afin que soient mis en œuvre les moyens d’éliminer le racisme, la discrimination ethnique, la haine, la violence et la violation des droits des peuples autochtones ». Surtout, l’ONU demande au gouvernement de «faire preuve d’une tolérance zéro face à la gravité des violences contre les Indiens et à l’impunité des agresseurs ».

    Des politiques hostiles

    La constitution stipule que les Indiens détiennent « les droits sur les terres qu’ils occupent traditionnellement », c’est-à-dire celles où ils vivent de façon permanente. Les tribus occupent environ 12 % du territoire brésilien, dont massivement la région amazonienne, au nord du pays. Mais les terres des Indiens sont de plus en plus occupées par les géants de l’agriculture, provoquant parfois de violents conflits.

    La tribu Gamela affirme que les terres où s’est tenue l’attaque leur avaient été données à l’époque coloniale. Expulsée dans les années 1970 en raison de l’expansion agricole, elle a réinvesti les lieux depuis 2015. Cette décision a provoqué des affrontements avec les producteurs.

    Après l’agression de dimanche, le gouvernement conservateur du président Michel Temer a été accusé de vouloir limiter le droit des Indiens. Issu d’un lobby parlementaire lié à l’agro-business, le ministre de la Justice Osmar Serraglio a déclenché, le 3 mai, le processus de délimitation des terres et décidé de dépêcher sur place la police fédérale pour « éviter de nouveaux conflits ».

    Certains membres de tribus accusent le Parlement d’être hostiles aux minorités ethniques. Alvaro Tucano, d’une tribu installée près de la frontière avec la Colombie et le Venezuela, précise qu’il n’avait « jamais vu un Parlement aussi conservateur, avec autant de préjugés contre les minorités ». Pour Candido Mezua, de la tribu panaméenne Emberá, « les droits des Indiens sont bafoués à cause de l’influence d’hommes politiques et de chefs d’entreprise qui voient avec convoitise la richesse de nos territoires ».

    Vers une plus grande représentation des tribus

    Les conflits entre les producteurs agricoles et les Indiens ne sont pas nouveaux. Menacés par la déforestation et l’agro-business qui ravagent le sud du continent, les Indiens demandent, depuis les années 1920, une meilleure délimitation des territoires. Ils tentent de protéger leurs terres pour la préservation de la biodiversité et les ressources naturelles du pays.

    Pour faire entendre leur voix, plus de 3 000 Indiens issus de tribus d’Amérique Latine se sont déplacés à Brasilia, cette semaine, afin d’exiger la reconnaissance de leurs coutumes et de leurs territoires. L’ethnie Munduruku est notamment menacée par la construction d’un gigantesque barrage en pleine forêt amazonienne.

    Le dernier recensement de 2010 compte 896 000 Indiens de 305 ethnies au Brésil, ce qui représente 0,4 % de la population globale de 200 millions d’habitants. Depuis 2003, 891 Indiens ont été assassinés au Brésil, selon le Congrès Missionnaire Indien.


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    Des milliers d'Indiens armés d'arcs et de flèches venus manifester à Brasilia pour défendre leurs droits et leurs terres ont été réprimés avec du gaz lacrymogène.

    Une manifestation rassemblant mardi 25 avril 2017 plusieurs milliers d'Indiens du Brésil a tourné à l'affrontement avec la police devant la chambre des députés à Brasilia.

    Les forces de l'ordre ont réprimé avec du gaz lacrymogène l'avancée d'hommes armés d'arcs et de flèches qui tentaient de pénétrer dans le bâtiment en portant de faux cercueils.

    «Ces cercueils représentent les Indiens de 305 ethnies qui sont morts ces dernières années. Le lobby de l'agro-business tente de détruire nos droits en transformant le Brésil en grenier du monde et en finir avec notre biodiversité», a affirmé à l'AFP Marize de Oliveira, professeure d'histoire de la communauté Guarani.

    Costumes traditionnels

    Plusieurs cercueils flottaient sur les plans d'eaux situés devant la chambre des députés, alors que la fumée blanche des bombes lacrymogènes masquait les couleurs des costumes traditionnels et des peintures corporelles des Indiens.

    La manifestation a eu lieu dans le cadre d'une semaine d'activités politiques et culturelles visant à promouvoir les droits des peuples autochtones.  


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    Des glaces de l’Alaska aux plages tropicales, plusieurs populations indigènes sont confrontées directement aux effets du changement climatique.

    Les premiers réfugiés climatiques ont déjà dû être déplacés en Papouasie-Nouvelle-Guinnée. Les îles Carteret, de minuscules bandes de terres qui formaient un atoll à l’est du pays en plein océan Pacifique, sont en train d’être submergées. Avec une altitude maximum d’à peine plus d’un mètre, l’atoll n’a pas résisté aux vagues de l’océan. Le millier d’habitants de l’île, les Tuluun, ont commencé à être rapatriés dans le nord de l’île proche de Bougainville.

    Dans une tentative pour sauver leur habitat, les îliens ont replanté des palmiers et des palétuviers. Mais les tempêtes tropicales ont balayé la végétation et érodé les maigres bancs de sable, que la mer recouvre petit à petit. Outre la hausse du niveau de l’eau, un second phénomène pourrait aggraver la situation : l’effondrement progressif des îles, qui s’enfoncent.

    L’image de la mer grignotant les falaises et causant la perte de certaines maisons est bien connue. Mais en Alaska, c’est la fonte des sols qui entraîne la fin de certains villages. Avec le réchauffement climatique, les Inuits du peuple Inupiat voient la disparition du pergélisol, le sol gelé sur lequel ils habitent. De plus, le gel tardif de la banquise, dû à des saisons chaudes plus longues, a augmenté le risque d’inondations et la violence des tempêtes qui touchent désormais la communauté de 19 000 personnes. La chasse et tous les trajets sont également compliqués par l’amincissement de la couche de glace.

    Les Inupiat collaborent régulièrement avec les scientifiques pour partager leurs observations sur les effets du changement climatique (1). L’histoire de ces Inuits et leurs relations avec l’environnement ont également fait l’objet d’un magnifique jeu vidéo, « Never Alone », qui permet de découvrir leur culture et les menaces du réchauffement climatique.

    Dans le Grand Nord, l’équilibre est précaire. Les rennes mangent du lichen qu’ils cherchent sous la neige. Et les Samis – les Lapons –, dépendent des troupeaux de rennes qu’ils élèvent. Or, les bouleversements climatiques entraînent un phénomène appelé « tjuokke » : un redoux inattendu au milieu de l’hiver fait fondre la neige, qui se transforme en une pellicule de glace lors des gelées suivantes et « emprisonne » le lichen.

    Coincée sous plusieurs centimètres de glace, la nourriture est alors inaccessible pour les rennes, explique l’Unesco. Et ce phénomène, tout anecdotique qu’il peut sembler, remet en cause tout l’équilibre alimentaire, économique et sociétal de ces éleveurs du Grand Nord.

    En Tanzanie, la vie des Massaïs est construite autour de leurs troupeaux. Le bétail sert de nourriture, avec la viande et le lait, et est source de revenus. Mais avec une saison des pluies de plus en plus courte, l’herbe se fait rare. Les vaches donnent moins de lait, quand elles ne meurent pas simplement de faim. Les vachers doivent parcourir des distances toujours plus grandes pour trouver des pâturages.

    Ce bouleversement de l’agriculture traditionnelle modifie ainsi la société. Les femmes sont séparées de leurs époux pendant de plus longs mois. Surtout, des conflits éclatent entre différents propriétaires de troupeaux, qui se disputent les pâturages. Pour faire face au changement climatique, les Massaïs se tournent petit à petit vers les cultures au lieu de l’élevage.


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  • Des femmes masaï en octobre 2010, à environ 100 km à l'ouest d'Arusha.

    « Notre terre est tout pour nous. Si nous n’avons pas de pâturage, nous n’aurons pas nos vaches. Et sans nos vaches, nous ne pouvons pas survivre », affirme Edward Loure, chef tribal masaï et militant des droits fonciers des peuples autochtones en Tanzanie. Comme les autres tribus masaïs, sa communauté semi-nomade élève du bétail en harmonie avec la nature environnante dans les vastes prairies du nord du pays depuis des générations.

    Cet homme a reçu le 18 avril à San Francisco le prix Goldman pour l’environnement 2016 (sorte de « Nobel » de l’écologie) pour l’Afrique. Il a été récompensé pour son action en faveur de la création d’un mécanisme juridique visant à préserver de grandes étendues de terres ancestrales dans la vallée du Rift, afin de protéger la faune sauvage ainsi qu’un mode de vie traditionnel. C’est la première fois que le rôle des tribus dans la conservation en Tanzanie est reconnu, c’est un modèle à suivre.

    Depuis des siècles, parfois des millénaires

    Aujourd’hui âgé d’une quarantaine d’années, Edward Loure a grandi sur les plaines de Simanjiro qui s’étendent sur 2,8 millions d’hectares de prairies au nord de la Tanzanie, où des communautés vivant d’élevage, de chasse et de cueillette cohabitent avec les espèces migratrices depuis des siècles, parfois des millénaires.

    Figurant parmi les plus beaux paysages du monde, la savane et les herbages qui couvrent cette partie du pays abritent une faune abondante et diverse : gazelles, éléphants, gnous, zèbres, impalas et autres animaux entretiennent l’équilibre de l’écosystème. « La région est également enrichie par nos cultures variées et ancestrales, expliquait Edward Loure la semaine dernière sur Skype depuis Dar es Salaam. Nous sommes dépendants de nos terres, qui ont façonné nos cultures et notre mode de vie. »

    Cependant, leur mode de vie traditionnel est compromis depuis les années 1950 et la création par le gouvernement tanzanien de parcs nationaux, qui ont déplacé des milliers d’autochtones et menacent la faune en détruisant des couloirs migratoires. La situation s’est aggravée ces dernières années, depuis que l’Etat vend des terres ancestrales à des organisateurs de parties de chasse et de safaris, ainsi qu’à des « voleurs de terres », des citadins qui utilisent les pâturages tribaux pour faire de l’élevage intensif illégal. Les Hadzabe, qui vivraient dans cette région depuis plus de 40 000 ans et font partie des rares populations de chasseurs-cueilleurs subsistant sur Terre, ne sont plus que 1 200. Sans droits fonciers, ces communautés sont vouées à disparaître.

    Mission de défendre les droits fonciers

    Motivé par son expérience personnelle – sa communauté a été déplacée en 1970 lorsque le parc national de Tarangire a été créé – Edward Loure s’est donné pour mission de défendre les droits fonciers des peuples autochtones. Il a rejoint puis dirigé l’Ujamaa Community Resource Team (UCRT), l’une des premières ONG locales en Tanzanie, qui milite pour le développement durable et les droits fonciers des communautés depuis 20 ans.

    L’UCRT s’appuyait depuis de nombreuses années sur le Village Land Act (Loi sur le foncier villageois) pour garantir aux villages locaux la propriété de leurs terres. Cet outil puissant, assez rare en Afrique, présente toutefois l’inconvénient d’être lent et coûteux, si bien qu’il se prête à la corruption et aux jeux politiques. Par conséquent, de nombreuses zones protégées par la loi ont tout de même fini par être vendues pour l’exploitation agricole et d’autres activités, ce qui a considérablement réduit les possibilités des Masaïs pour faire paître leurs troupeaux et les sources de nourriture des animaux sauvages.

    A la recherche d’un meilleur moyen de sauvegarder la propriété des terres, Edward Loure et l’équipe de l’UCRT ont trouvé une chance à saisir dans la forte culture commune des tribus. Ils ont identifié un mécanisme juridique innovant appelé Certificates of Customary Rights Occupancy (certificats d’occupation coutumière), qui confère des droits fonciers indivisibles à une communauté entière, contrairement à l’approche conventionnelle consistant à attribuer des terrains à des individus. Sous la direction d’Edward Loure, l’UCRT a utilisé pour la première fois le Village Land Act pour créer de tels certificats, qui gardent les tour-opérateurs à distance et empêchent l’exploitation agricole des terres ancestrales.

    Zones de conservation

    Pour établir ces certificats, Edward Loure et son équipe collaborent avec les tribus locales et assurent la liaison avec le gouvernement tanzanien pour recenser et classer les utilisations principales des terres (zones de pâturage, points d’eau, routes migratoires de la faune sauvage ou zones scolaires et communautaires) et définir les zones de conservation. Les territoires protégés sont soumis à des règlements, des plans de gestion et contrôlés par le comité de direction de l’utilisation des terrains ruraux.

    « Le certificat d’occupation coutumière constitue un formidable outil pour protéger les zones de pâturage collectives des menaces posées par l’augmentation de la densité démographique et le manque d’initiatives locales, souligne Matt Brown, directeur de la conservation pour l’Afrique au sein de l’ONG The Nature Conservancy. Si ces zones restent ouvertes au pâturage alors les écosystèmes résistent mieux et les animaux sauvages ont plus de facilité à circuler à l’intérieur et en dehors des parcs nationaux non clôturés. »

    Un premier certificat a été délivré par les autorités tanzaniennes en 2011 aux Hadzabe, puis un autre en 2014 à une tribu masaï du district de Moduli. Depuis, plus de 90 000 hectares de prairies du nord ont été sauvegardés grâce à 16 certificats. Avec l’aide de partenaires nationaux et internationaux, Edward Loure et l’UCRT cherchent désormais à reproduire ce modèle dans tout le pays. Au total, quelque 283 000 hectares de pâturages sont destinés à être protégés d’ici la fin de l’année.

    « Moins de litiges »

    Selon Edward Loure, une fois leurs droits fonciers garantis juridiquement, les communautés peuvent accéder à leurs ressources naturelles, les gérer et en bénéficier : « Le fait d’avoir un plan et un calendrier d’utilisation des terres en bonne et due forme aide nos animaux à disposer de pâturages sûrs en toute saison, si bien qu’ils sont en meilleure santé. Et quand nos animaux sont en meilleure santé, nos communautés le sont aussi et nous avons moins de litiges. »

    Certaines communautés tirent des revenus supplémentaires des crédits carbone et d’un tourisme culturel géré attentivement. Ainsi, certains villages hadzabe ont reçu à ce jour 70 000 dollars de la part de Carbon Tanzania en compensation du carbone enfermé dans leurs forêts, un montant appréciable dans un pays où le PIB par habitant ne dépasse pas 600 dollars.

    La protection des terres ancestrales aide à préserver le mode de vie des tribus traditionnelles, tout en favorisant la conservation de la biodiversité grâce à la création de corridors écologiques, à la préservation des routes migratoires traversant les terrains agricoles et à la réduction des conflits entre les hommes et les animaux.

    « Un travail fantastique »

    « L’UCRT, sous la direction de Monsieur Loure, a accompli un travail fantastique en expérimentant et en validant cette approche qui profite tant à la population qu’à la nature dans l’environnement en mutation du nord de la Tanzanie », se félicite Matt Brown.

    Ces concepts de droits fonciers collectifs, inventés en Tanzanie, pourraient tout à fait avoir des répercussions à l’échelle mondiale, ajoute-t-il : « L’idée d’une nécessité de défendre les droits fonciers collectifs des populations locales et de les faire inscrire officiellement au niveau national peut être reproduite et serait utile dans d’autres pays. »

    Les conseils d’Edward Loure pour trouver un organisateur de safaris honnête et ayant des pratiques loyales :

    - L’adresse physique et la structure sont dans le pays ;

    - L’organisateur a des relations avec la population locale ;

    - Demandez des exemples de son travail sur le terrain auprès des communautés ;

    - Le tour-opérateur a une bonne réputation internationale ;

    - Vérifiez par recoupement l’exactitude des informations (ne croyez pas tout ce que vous lisez sur Internet).

    Voici quelques tour-opérateurs dignes de confiance : Dorobo Tours, Mark Thornton Safaris, Tarangire Safari Lodge, Sopa Lodge et Elewana Collection Moivaro Lodge.


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    Au lieu de proposer un modèle de développement alternatif, la politique menée par le gouvernement bolivien a plutôt tendance à prolonger le modèle de développement occidental, estime la géographe Florence Bétrisey

    Le dimanche 22 février, le gouvernement bolivien organisait un référendum visant à valider la proposition gouvernementale de modification de la Constitution afin de permettre au président d’effectuer trois mandats successifs au lieu de deux actuellement. Quelques jours plus tard les résultats tombaient et un «non» trébuchant sortait des urnes. Depuis, ce vote est présenté, aussi bien en Bolivie qu’à l’étranger, comme un vote sanction contre le président au pouvoir: Evo Morales, ancien syndicaliste d’origine d’aymara, au pouvoir depuis 2006.

    La colère gronde face au gouvernement

    Or, si le président et son gouvernement ont été récemment éclaboussés par divers soupçons plus ou moins vérifiés de corruption et trafic d’influence, la colère qui gronde face au gouvernement Morales est loin d’être récente. Alors que la Bolivie apparaît aux yeux du monde comme le «laboratoire d’un monde meilleur pour les Indiens et la Nature» (lire à ce sujet l’étude de Laetitia Perrier-Bruslé, Le conflit du Tipnis et la Bolivie d’Evo Morales face à ses contradictions : analyse d’un conflit socio-environnemental. sur EchoGéo) – image renforcée suite notamment à l’intervention d’Evo Morales lors de la dernière conférence sur le climat (COP 21) à Paris en en décembre 2015 et sa diffusion dans les médias européens – à l’interne, c’est la déception et l’insatisfaction qui règnent, notamment dans le domaine des politiques environnementales. Nous proposons donc d’y revenir brièvement.

    Evo Morales, le chantre du changement, vraiment?

    Evo Morales s’est fait le chantre du «changement» de la Bolivie au travers notamment d’un processus dit de «décolonisation» de l’Etat qui dénonce toute forme d’emprunt culturel occidental et veut revaloriser les formes culturelles et organisationnelles pré-coloniales. La notion de «Vivir Bien» (Bien Vivre), apparaît comme clé au sein de ce processus de transformation et comme un symbole de développement «alternatif». Elle trouve son origine dans les cosmologies indigènes andines et se définit comme promouvant, entre autres, l’harmonie et la complémentarité entre l’homme et la nature.

    Cette notion de bien vivre s’inscrit donc à merveille dans la volonté de décolonisation du gouvernement Morales et a permis l’inscription des droits de la Nature (aussi référée en tant que Terre-Mère) au sein de la nouvelle Constitutions de 2009. Autre notion clé de ce processus de décolonisation et inscrite dans la nouvelle constitution: les autonomies indigènes. Les peuples originaires se voient ainsi reconnus le titre de nation, au sein de l’Etat Plurinational de Bolivie, l’autodétermination et l’autorité sur leur territoire et la gestion des ressources naturelles qui y sont situées.

    Une logique économique extrativiste

    Or, en parallèle de ces références récurrentes au respect des peuples et cultures autochtones, au Vivir Bien en harmonie avec la nature, Morales promeut depuis son arrivée au pouvoir, une logique économique extractiviste – au sens d’un modèle économique fondé sur la (sur) exploitation de ressources naturelles. Certes, la rente provenant notamment de l’exploitation des hydrocarbures et des minerais est redistribuée par le biais de la création d’infrastructures publiques dans les domaines de la santé, de l’éducation ou des transports. Mais c’est au prix d’une re-primarisation de l’économie bolivienne et d’une dépendance plus accrue aux marchés internationaux de ces matières.

    Formellement, le gouvernement bolivien prétend que l’adoption d’un tel modèle extractiviste n’est que temporaire, jusqu’à la réalisation d’un certain «niveau de développement» (qui n’est, au demeurant, jamais défini). Mais ces pratiques d’exploitation des ressources naturelles, n’apparaissent pas moins en contradiction avec le discours de protection de la Nature formulé par le gouvernement et les attentes de reconnaissance qu’il engendre. Cette contradiction fut explicitement révélée, lorsque, en 2011, le gouvernement national imposa la construction d’une route traversant le «Territoire Indigène et Parc National Isiboro-Secure» (TIPNIS).

    Cet événement engendra des protestations et des marches, auxquelles le gouvernement répondit par la violence. Morales justifia son action en se référant au «développement» des régions concernées et de la Bolivie tout entière, par la création d’infrastructures, même contre le gré des habitants et en dépit de la reconnaissance de l’autonomie des nations indigènes, inscrite dans la nouvelle Constitution. Dans son effort de décrédibilisation des opposants autochtones à la route du TIPNIS, le gouvernement bolivien n’a pas hésité à les stigmatiser comme des «entraveurs» du développement national, rappelant en son temps la rhétorique moralisatrice des «ennemis de la Nation», sans en employer directement les termes. Le discours de décolonisation et de Bien Vivre semble alors appartenir au passé ou à la justification purement rhétorique.

    On suit l’Occident

    Au lieu de proposer un modèle de développement alternatif, la politique menée par le gouvernement bolivien a plutôt tendance à prolonger le modèle de développement occidental, basé sur la substituabilité du capital naturel et sa transformation en capital humain et physique. Bien loin de «changement» et de rupture, c’est plutôt la continuité des structures de pouvoir coloniales de domination de la nature et des peuples indigènes, renforcées sous les gouvernements précédents, qu’assure le gouvernement d’Evo Morales.

    Ces contradictions sont aujourd’hui de plus en plus saillantes et dénoncées en Bolivie. Elles alimentent les opposants au gouvernement, parmi lesquels on retrouve pêle-mêle des représentants de l’élite libérale, de mouvements écologistes, mais aussi des représentants de peuples autochtones, visiblement insatisfaits par le «changement» de la Bolivie tel que «proposé» par le gouvernement.

    Reste à savoir si le vote «sanction» du 22 février est capable de rappeler au gouvernement que la constitution approuvée démocratiquement en 2009 devrait être bien plus qu’un outil de légitimation et la nécessité d’agir en conséquence durant les quatre années de mandat restantes.


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  • Canada : l'Église catholique fait son aggiornamento sur les droits des peuples autochtones

    Quatre organisations catholiques du Canada représentant les évêques, les instituts de vie consacrée et les sociétés de vie apostolique, les peuples autochtones et les laïcs ont répondu dans deux documents aux appels à l’action lancés par la Commission Vérité et réconciliation concernant les droits des autochtones.

    Les signataires catholiques expriment leur soutien à la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones. Ils rejettent les concepts et les principes dénués de fondement dont se sont servis les Européens pour justifier la saisie de territoires qui appartenaient à des peuples autochtones, des contre-vérités souvent transmises par des chrétiens. Les organisations catholiques reconnaissent une fois encore que la liberté religieuse des peuples autochtones a été souvent brimée dans les pensionnats indiens. Ces pensionnats étaient financés par le gouvernement, mais 60% d’entre eux ont été administrés par des catholiques. Or, dans bien des cas, les enfants étaient enlevés de force à leur famille et on les punissait quand ils parlaient leur langue maternelle.

    Il y a eu aussi un nombre révoltant de cas d’abus sexuels et de violence physique, affective et culturelle. Plusieurs élèves autochtones ont vu leurs croyances et leurs pratiques traditionnelles méprisées. «Bien que les catholiques prônent le droit de chaque personne à choisir librement sa foi religieuse et ses pratiques spirituelles, reconnait Mgr Donald Bolen, président de la commission épiscopale Justice et Paix, nous ne vivons pas toujours à la hauteur de nos convictions, et l’expérience d’une privation de liberté religieuse fait aussi partie de cet héritage de souffrance».

    Par ailleurs, en réponse à certains groupes qui ont demandé au Pape François de révoquer les bulles pontificales employés par des Européens pour justifier la saisie de terres occupées auparavant par les peuples autochtones, l’Église canadienne rappelle que ces décrets politiques ont été abrogés il y a déjà longtemps. Plusieurs bulles papales émises à la fin du XV° siècle ont effectivement concédé à des pays européens un droit sur des territoires qui appartenaient à d’autres peuples. Il s’agissait alors d’une sorte d’arbitrage international qui cherchait à désamorcer un conflit ouvert entre l’Espagne et le Portugal.

    Ces documents politiques, qui ne font pas partie de l’enseignement de l’Église, ont été annulés dès le début du XVIe siècle par d’autres textes pontificaux, et n’avaient de toute manière rien à voir avec le Canada actuel. «La vraie cause du colonialisme, ce ne sont pas les bulles du pape, tient à préciser Mgr Bolen, mais plutôt la cupidité humaine». Selon lui, l’Église doit présenter des excuses s’il y a lieu pour sa complicité à des injustices du passé et continuer de proposer son enseignement sur l’égalité, la dignité et les droits de toutes les personnes humaines. À présent, les excuses et la reconnaissance des errements du passé doivent être suivies d’actions constructives.

    Les deux documents incitent les catholiques canadiens à établir des liens plus profonds avec les autochtones, à scruter le passé et à trouver de meilleures façons d’avancer ensemble. En clair, il faut passer à l’action et Mgr Bolen cite des cas d’application concrète au niveau local : l’organisation d’activités éducatives, des espaces de dialogue avec les traditions spirituelles autochtones et des actions de solidarité avec les fidèles des Premières Nations et du peuple métis. Une journée de réflexion sur le renouvellement des relations avec les peuples autochtones s’est déroulée le 14 mars 2016, à Ottawa.


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  • Suicides en série dans une communauté autochtone

    Ces trois derniers mois, 140 habitants d'une réserve ont tenté de mettre fin à leurs jours ou ont songé à le faire. Et six jeunes ont péri.

    Une communauté autochtone du Manitoba, dans le centre du Canada, est frappée par une vague de suicides parmi les jeunes, a déploré vendredi l'Association des femmes autochtones du Canada, en demandant une intervention d'urgence des services sociaux.

    «Les communautés autochtones sont confrontées à une vague de suicides», a souligné Dawn Lavell-Harvard, présidente de la NWAC, en référence aux cinq adolescents et à une jeune mère de famille qui se sont suicidés dans une réserve de la Première Nation crie. Cette responsable autochtone a réclamé «des services plus importants pour nos communautés afin d'empêcher ces tragédies».

    Shirley Robinson, chef adjointe de la réserve située à 500 km au nord de la capitale provinciale Winnipeg, a confié récemment aux médias que plus de 140 habitants ont fait une tentative de suicide ou ont eu des pensées suicidaires au cours des trois derniers mois. Les services sociaux ont placé sous surveillance une centaine de jeunes qui développent des idées suicidaires, a-t-elle dit.

    Le suicide est un problème aigu dans les communautés autochtones et, selon les statistiques de Santé Canada, «les taux de suicide sont de cinq à sept fois plus élevés chez les jeunes des Premières Nations» que la moyenne chez les jeunes Canadiens.

    Dans un entretien au quotidien «Winnipeg Free Press», Shirley Robinson attribuait ces suicides au sein de la communauté Pimicikamak aux conditions de vie avec un taux de chômage de 80%, une crise du logement et le surpeuplement.

    «La situation est complexe», reconnaissait jeudi la ministre fédérale des Affaires autochtones, Carolyn Bennett, insistant sur sa volonté d'enrayer ce phénomène.

    Les responsables cris ont demandé en urgence au moins six spécialistes en santé mentale afin d'épauler le seul thérapeute qualifié de la communauté de 5858 habitants, selon la presse locale.


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