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Mort le 27 août 2026 à la Haye, le chef militaire des Serbes de Bosnie est resté pour une partie des Serbes un défenseur de leur peuple malgré sa condamnation pour génocide. Ratko Mladic est décédé à l'âge de 84 ans, des suites de plusieurs AVC survenus alors qu'il purgeait une peine de prison à perpétuité à La Haye pour crimes de guerre.
Le 31 août 2026, une foule nombreuse, en deuil et pour certains arborant des tee-shirts à l'effigie de l’ex-chef militaire des Serbes de Bosnie, Ratko Mladic, a défilé dans l’église Saint-Luka où son cercueil a été exposé, avant la tenue d’obsèques qui ont suscité la réprobation internationale. Jusqu’à sa mort, il est en effet resté aux yeux d’une partie de la communauté serbe le héraut de la cause du «peuple serbe».
Radko Mladic s’imaginait en héros du peuple serbe. Mais il a représenté pour la justice internationale la «quintessence du mal» pour les crimes commis par les forces sous ses ordres pendant la guerre de Bosnie, du siège de Sarajevo au massacre de Srebrenica, dans les années 1990.
Pour ce dernier hommage, de nombreux fidèles en habits de deuil embrassent le cercueil fermé de Mladic, encadré au début par des militaires, tandis que des prêtres orthodoxes serbes lisent des prières, selon un photographe de l’AFP.
La police a fermé les rues alentour à mesure de l’arrivée de la foule, parmi laquelle figurent de nombreux vétérans serbes. Des journalistes de l’AFP ont vu d’importants rassemblements devant l’église, de nombreuses personnes portant des T-shirts à la gloire de Mladic, que les médias internationaux avaient surnommé le «Boucher des Balkans». Selon des images aériennes, ils étaient des centaines à faire la queue pour entrer avant l’ouverture des portes de l’église.
Des drapeaux serbes ont été accrochés à proximité et une immense banderole déployée au-dessus de la rue proclame : «Bienvenue, Général, merci à ta mère d’avoir mis au monde un héros, afin que la gloire de la Grande Serbie revienne».
«Je suis ici pour faire mes adieux au général, un héros national», a déclaré à l’AFP une retraitée, Radojka Visic, qui a fait le voyage depuis l’entité serbe de Bosnie (Republika Srpska). «Ils n’ont pas pu nous vaincre sur le champ de bataille, alors ils l’ont envoyé en prison et l’y ont torturé à la place», a-t-elle ajouté.
Sa dépouille sera exposée dans l’église pendant cinq heures, avant une cérémonie et un cortège jusqu’à un cimetière voisin. Son cercueil, recouvert de drapeaux nationaux, avait été transporté en Serbie par un avion gouvernemental et accueilli à Belgrade avec les honneurs militaires.
Lors du transport du cercueil de l’aéroport vers la capitale, le convoi avait été salué par des dizaines de jeunes hommes qui arboraient des banderoles rendant hommage à Ratko Mladic et allumaient des fumigènes. Des policiers en uniforme ont été vus en train de saluer le fourgon mortuaire.
La commissaire européenne, Marta Kos, en charge de l’élargissement, a annulé vendredi une visite prévue le 9 septembre en Serbie, expliquant que «la glorification autour de son décès» était «incompatible avec les valeurs sur lesquelles l’UE s’est construite».
Denis Becirovic, le membre bosniaque de la présidence tripartite du pays, a dénoncé «un acte d’identification des dirigeants de la Serbie avec l’un des pires tueurs de l’histoire de l’Europe». «Cela va avoir des conséquences imprévisibles pour le futur de la région entière», a-t-il écrit sur Facebook vendredi.
Mladic incarnait le visage militaire d’un sinistre trio - aux côtés de l’ancien président yougoslave Slobodan Milosevic et de l’ex-dirigeant des Serbes de Bosnie Radovan Karadzic - au moment où l’ex-Yougoslavie a sombré dans le carnage après la chute du communisme. La guerre de 1992-1995 en Bosnie a fait environ 100'000 morts, et 2,2 millions de déplacés.
Mladic a été arrêté en 2011, après seize ans de cavale, et définitivement condamné à la prison à perpétuité en 2021, au terme de neuf ans de procès à La Haye. Il a été reconnu coupable de génocide pour son rôle dans le massacre de Srebrenica, en juillet 1995, la pire tuerie en Europe depuis la Seconde Guerre mondiale, qui a coûté la vie à environ 8000 hommes et adolescents musulmans.
Il a aussi été condamné pour avoir persécuté et expulsé des Musulmans bosniaques et des Croates, terrorisé des civils pendant le siège de Sarajevo et pris en otage des Casques bleus de l’Onu pendant les bombardements aériens de l’Otan en 1995.
En dépit de ces sentences, il reste un héros pour certains Serbes, en particulier en Republika Srpska, où sa mort a été marquée par des veillées et des rassemblements. Son fils, Darko Mladic, qui organise les obsèques, a déclaré qu’il était «fier du rôle» joué par son père.
Le 29 août, environ 300 personnes ont assisté à une cérémonie d’hommage sur un site militaire de la capitale serbe, organisée par une association de généraux de l’armée serbe encore actifs ou retraités.
Le président serbe Aleksandar Vucic a annoncé que des dizaines de milliers de personnes étaient attendues aux funérailles et que l’État veillerait à ce que l’événement se déroule «en toute sécurité». Il n’y assistera lui-même pas, en raison d’un engagement pris antérieurement.