Blog sur le droit international

C’est dans un Hôtel Président Wilson «bunkerisé», dont l’accès est protégé d’un côté par de lourds plots en béton et de l’autre par un char de la police, que John Kerry et Sergueï Lavrov ont entamé un marathon diplomatique pour trouver un accord sur la Syrie. Russes et Américains travaillent depuis plusieurs semaines sur un projet d’accord de cessez-le-feu entre le gouvernement et l’opposition. Les violents combats de ces dernières semaines qui ont ensanglanté Alep et l’extrême précarité des populations qui se retrouvent prises au piège exigent de faire taire les armes pour que puissent passer les convois d’aide humanitaire.
Accusée de mollesse sur le dossier syrien, surtout dans le rapport de force avec la Russie, l’administration américaine souhaiterait redorer son blason en arrachant à Genève l’accord tant attendu. John Kerry sait que le symbole serait fort. Mais de l’aveu même des diplomates engagés dans ce marathon diplomatique, les obstacles à surmonter sont encore nombreux. Malgré leurs efforts, les deux puissances n’arrivent pas à mettre de l’ordre dans les rangs des deux camps qui s’opposent et qu’elles soutiennent. Jusqu’à présent, Washington n’est pas arrivé à faire entendre raison aux Saoudiens. Les divisions au sein du Haut Comité des négociations sont un casse-tête toujours insurmontable. Et Moscou ne semble pas toujours avoir une totale emprise sur Damas.
Aux divisions et à la confusion, il faut ajouter le jeu plus trouble que joue de la Turquie qui vient de frapper des positions tenues par les milices kurdes qui combattent Daech et parmi lesquelles étaient infiltrés des conseillers militaires américains. Autant dire que la réunion entre John Kerry et Sergueï Lavrov ne pouvait pas démarrer dans de plus mauvaises conditions.
Des conseillers russes et américains de haut niveau qui planchent sur le projet de cessez-le-feu depuis plusieurs semaines sont tous du voyage. En milieu de journée, Staffan de Mistura, le médiateur de l’ONU, a pu s’entretenir quelques minutes avec John Kerry et Sergueï Lavrov. «L’ONU n’a pas été consultée ou impliquée dans la négociation de l’accord qui est en train d’être négocié», a rappelé le diplomate italo-suédois avant d’exhorter les deux parties à tenir compte, aussi, de «l’extrême gravité» de la situation à Daraya où des milliers d’insurgés et de civils attendent d’être évacués dans des conditions qui sont dramatiques. La pression est énorme pour faire de cette rencontre un tournant dans la crise syrienne. En début de soirée, l’agence Tass annonçait que l’équipe de Staffan de Mistura allait rejoindre les délégations russes et américaines.