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Venus de 14 pays en conflit, 70 officiers, chefs politiques ou conseillers légaux, ont échangé leurs expériences. En toute discrétion.
«Déterminer l’âge des nouvelles recrues, c’est difficile sur le terrain! Dépourvus de documents officiels, des jeunes essaient sans doute d’intégrer nos rangs alors qu’ils n’ont pas 18 ans», expliquait il y a quelques jours ce représentant d’un mouvement armé du Soudan, venu chercher des idées dans la Cité de Calvin à l’occasion du grand rendez-vous mondial des groupes rebelles. Du lundi 17 au jeudi 20 novembre, l’Appel de Genève a en effet tenu en toute discrétion sa troisième «Conférence des signataires d’Actes d’engagement» humanitaires.
Quelque 70 hauts responsables de 35 groupes armés non étatiques ont convergé vers la Suisse depuis 14 pays, dont la Syrie, la Birmanie, le Soudan, les Philippines ou encore la Somalie. Les deux tiers de ces mouvements (24) ont signé au moins un des trois Actes d’engagement humanitaire proposés par l’Appel de Genève: contre les mines antipersonnel, contre l’enrôlement d’enfants-soldats et contre les violences sexuelles. Les autres rebelles représentés sont membres de groupes tentés par la démarche.
«C’était l’opportunité pour nous de consolider leurs connaissances en matière de normes humanitaires internationales, mais surtout de renforcer leur engagement à mettre en œuvre ces normes, explique Elisabeth Decrey Warner, qui préside l’Appel de Genève. C’est aussi important pour nous d’être conscients des difficultés rencontrées sur le terrain par les groupes qui veulent protéger davantage les civils.»
Pour répondre au rebelle soudanais perplexe face aux jeunes recrues, un expert de la protection de l’enfance a présenté la technique dite de «l’histoire des événements». Elle consiste à évaluer l’âge d’un enfant ou d’un jeune en se basant sur ses souvenirs personnels d’événements marquants dans l’histoire de sa communauté d’origine. Pendant trois jours, les rebelles ont ainsi eu accès à des experts reconnus de l’ONU, du CICR, de Human Rights Watch ou encore de la campagne pour l’élimination des mines antipersonnel.
Les groupes rebelles eux-mêmes ont pu exposer leurs réussites, mais aussi confier leurs doutes et poser quantité de questions. Au final, les participants ont adopté une «déclaration» réaffirmant leur volonté de tout mettre en œuvre pour respecter et protéger les populations civiles.
CNF, Front national Chin (Birmanie)
KIO, Organisation pour l'indépendance Kachin (Birmanie)
KNU /KNLA, Union nationale Karen/Armée de libération nationale Karen (Birmanie)
NMSP, Nouveau parti de l'Etat Mon/Armée de libération nationale Mon (Birmanie)
PNLO, Organisation pour la libération nationale Pa’O (Birmanie)
SSA-N, Conseil de restauration de l'Etat Shan/ Armée de l'Etat Shan (Birmanie)
SSA-S, conseil de restauration de l'Etat Shan/ Armée de l'Etat Shan du sud (Birmanie)
HPC-D, Congrès démocratique des peuples Hmar (Inde)
KNF, Front national Kuki (Inde)
KNO, Organisation nationale Kuki (Inde) NSCN-IM, Conseil national socialiste de Nagalim-Isaac Muivah (Inde)
NSCN-KK, Conseil national socialiste de Nagaland-Khole-Kitovi (Inde)
ZRO, Organisation de réunification Zomi (Inde)
HPG/PKK, Forces de défense du peuple/Parti des travailleurs du Kurdistan (Turquie)
KDP-Iran, Parti démocratique du Kurdistan (Iran)
Komalah Co, Organisation kurde pour le Parti communiste d'Iran
KPIK, Party Komala du Kurdistan iranien
PDKI, Parti démocratique du Kurdistan iranien
PJAK, Parti de la vie libre au Kurdistan/Forces de libération du Kurdistan oriental (Iran)
YPG, Unités de protection du peuple (Kurdes de Syrie)
PLO, Ogranisation de libération de la Palestine (Liban)
MILF, Front islamique de libération Moro (Philippines)
RPM-M, Parti révolutionnaire des travailleurs du Mindanao (Philippines)
Polisario Front, Front populaire pour la libération de Saguia el Hamra et la Rivière d'Or (Sahara occidental)
SNF , Front national somalien
Somaliland, autorités du Somaliland (Somalie)
JEM, Mouvement Justice et Egalité (Soudan)
SLM-AW, Mouvement de libération du Soudan - Abdel Wahid al-Nur
SLM-MM, Mouvement de libération du Soudan - Minni Minnawi
SPLM-N , Mouvement de libération des peuples du Soudan
Hazzm, mouvement rebelle membre de l'Armée syrienne libre
Ansarullah, mouvement Al-Houthi (chiites du Yémen)
Deux autres groupes armés sous couvert d'anonymat
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Elisabeth Decrey Warner a cofondé en 2000 l’Appel de Genève, qui vient de tenir la semaine dernière, en toute discrétion, une grande conférence humanitaire réunissant 70 hauts représentants de 35 groupes armés non étatiques (c’est-à-dire des forces rebelles). Ancienne présidente du Grand Conseil genevois, elle a été très favorablement surprise par la qualité des présentations faites par ces signataires des fameux «Actes d’engagement» (contre les mines antipersonnel, l’enrôlement d’enfants soldats et les violences sexuelles).
Etait-il important de faire venir 70 «cadres» rebelles pour une grande conférence à Genève?
Tout d’abord, je souligne que c’est la troisième conférence du genre, mais la première de cette ampleur. Davantage de groupes armés non étatiques ont depuis lors signé «l’Acte d’engagement» contre les mines antipersonnel. Mais aussi, c’est devenu possible dans les deux autres domaines (ndlr: enfants soldats et violences contre les femmes). Enfin, en plus des 24 signataires, nous avons convié à la réunion 11 autres groupes qui entament le processus.
Qu’en retirent les rebelles?
C’est important qu’ils voient qu’ils partagent tous la préoccupation de protéger la population civile. Ils ne sont pas isolés dans cette voie, ils appartiennent à quelque chose de global. Il est aussi essentiel qu’ils s’approprient ces valeurs humanitaires pour qu’elles ne soient pas simplement vécues comme un code moral imposé de l’extérieur. Par ailleurs, être confrontés aux réalités des autres groupes, découvrir les difficultés qu’ils ont rencontrées et voir comment ils ont résolu les problèmes, cela leur est très utile.
Pourquoi donc?
Mais parce qu’il ne suffit pas, par exemple, de prendre l’engagement de démobiliser des combattants adolescents! Encore faut-il savoir comment s’y prendre concrètement, que dire à ces jeunes, comment les encadrer, que leur proposer pour la suite…
Avez-vous eu des surprises?
J’ai été surprise de leur liberté de ton. Ces participants viennent de zones de conflit, ils ont l’habitude d’être étiquetés comme les «méchants», ils n’ont pas forcément l’habitude de s’exprimer devant la communauté internationale. A Genève, ils avaient devant eux des membres d’organisations internationales, ils ont pu leur parler de vive voix, exposer leurs difficultés, demander de l’aide technique pour déminer, pour aider des victimes de mines, encadrer des femmes, des enfants… Certains ont aussi reconnu qu’ils n’ont pas toujours suivi au mieux leur engagement, et c’est important qu’ils l’admettent. C’est le premier pas nécessaire pour s’améliorer. J’étais aussi impressionnée par leur degré de préparation. Nous leur avions bien sûr demandé de venir présenter leur situation, de décrire les mesures concrètes prises pour honorer leurs Actes d’engagement et d’exposer les défis qu’ils ont eu à relever. Mais je ne m’attendais pas à un tel résultat de la part de gens qui vivent dans le maquis.
Depuis la création de l’Appel de Genève en 2000, avez-vous dû dénoncer des violations?
Régulièrement, des cas suspects sont portés à notre connaissance. Après enquête, nous avons pu constater que pour la plupart il s’agissait de cas isolés et que le commandement à chaque fois avait pris des mesures pour punir le ou les responsables du non-respect de l’Acte d’engagement. Un seul cas était plus sérieux. Notre mission de vérification sur le terrain a découvert qu’une partie des combattants n’étaient pas suffisamment informés. Nous avons alors fourni une formation pour 3000 d’entre eux.
Donc aucune dénonciation?
Nous ne procédons pas à une dénonciation publique tant que les instances dirigeantes d’un groupe armé non étatique démontrent clairement leur volonté de respecter les Actes d’engagement. Pour l’Appel de Genève, l’objectif final n’est pas de les condamner mais bien de les aider à mettre en œuvre le droit humanitaire. D’autres ONG ont ce rôle de dénonciation, qui est utile et nécessaire. Quant à nous, notre rôle est d’abord pédagogique.