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Le spectre d’attaques sur le Vieux-Continent – agité depuis le début de la guerre en Syrie – est-il devenu aujourd’hui bien réel? «La menace n’est certainement pas à négliger», répond Mohammad-Mahmoud Ould Mohamedou, directeur adjoint du Centre de politique de sécurité de Genève (GCSP) et professeur invité à l’Institut de hautes études universitaires et du développement (IHEID). «C’est le propre du nouveau terrorisme: il est en mesure de se manifester à tout moment, sur tout territoire et par le biais d’acteurs versatiles et en mobilité transnationale toujours plus accrue.» Jean-Paul Rouiller, directeur du Geneva Centre for Training and Analysis of Terrorism, renchérit: «L’Europe est concernée au premier chef pour deux raisons: la présence de nombreux de ses jeunes dans les rangs des combattants et la proximité géographique plus importante de l’Etat islamique comparée par exemple à l’Emirat d’Afghanistan à l’époque.»
Pas d’attaques imminentes
Cependant, les experts relativisent le caractère imminent d’une attaque sur sol européen. «Aujourd’hui, les personnalités de l’Etat islamique se montrent avant tout intéressées par la zone géographique où elles se trouvent. A moyen terme, ce sont plutôt la Jordanie, le Liban, l’Iran et l’Arabie saoudite qui risquent d’être visés», analyse Jean-Paul Rouiller. A ses yeux, le souci immédiat pour l’Europe est ailleurs: «Les ambitions de l’Etat islamique nécessitent du monde. L’Europe constitue à cet égard un vivier important de combattants. Le transfert de jeunes jusque dans la zone va donc se poursuivre.» Selon lui, ce n’est que dans quelques années que certains individus, de retour, poseront véritablement problème, en créant des noyaux de soutien à l’Etat islamique partout en Europe. Pour l’heure, souligne Mohammad-Mahmoud Ould Mohamedou, «il ne faut pas oublier que ce sont avant tout les habitants des pays où ces groupes sévissent qui vivent sous le coup d’un terrorisme accru».