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Blog sur le droit international

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Allemagne: un jihadiste de l'EI jugé pour génocide contre les Yézidis

Allemagne: un jihadiste de l'EI jugé pour génocide contre les Yézidis

C'est une première judiciaire. Un procès contre un membre présumé de l'organisation État islamique accusé de génocide contre la minorité yézidie s'est ouvert à Francfort en Allemagne le 24 avril 2020. Cette minorité ethno-religieuse a été particulièrement persécuté par les jihadistes qui ont réduit ses femmes à l'esclavage sexuel, enrôlé de force des enfants-soldats et tué des hommes par centaines.

La fillette de cinq ans a été attachée dehors aux barreaux d’une fenêtre pour la punir d’avoir souillé son lit. Par cinquante degrés à l’ombre, elle est morte de soif dans d’horribles souffrances. Elle avait été achetée en 2015 avec sa mère par l’accusé, un Irakien de 37 ans, membre présumé de l’organisation État islamique.

L’homme vivait avec une Allemande jugée depuis un an à Munich pour le meurtre de l’enfant. La mère de ce dernier y a témoigné et confirmé le calvaire subi durant cette détention avec sa fille.

Taha al-J. est accusé par le tribunal de Francfort non seulement du meurtre de la petite Rania mais aussi de génocide contre la minorité yézidie. Prouver que le membre présumé de l’organisation État islamique a été l’éxécutant d’un tel crime de masse ne sera pas aisé pour les juges allemands qui devront prouver que la volonté d’anéantir la minorité yazidie était avérée. Rassembler des éléments à charge et des témoignages en Irak sera très difficile pour les magistrats.

Si ils y parviennent, une condamnation pour génocide dans quelques mois constituerait une base juridique pour d’autres poursuites contre des membres de l’organisation État islamique.

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Présenté comme Taha al-J., 37 ans et originaire d'Irak, il est également accusé de crimes contre l'humanité, crimes de guerre et trafic d'êtres humains devant le tribunal régional supérieur de Francfort.

Son épouse, l'Allemande Jennifer W., comparaît de son côté depuis un an devant une cour de Munich pour le meurtre de la fillette, que le couple est accusé d'avoir laissé mourir de soif en 2015 à Falloujah, en Irak.

Une première

L'ouverture de l'audience en avril 2019 avait été considérée comme le premier procès au monde des exactions commises par l'organisation djihadiste, à l'encontre des Yézidis, une minorité kurdophone du nord de l'Irak, persécutée et asservie par les djihadistes à partir de 2014.

La mère de l'enfant, présentée par la presse comme Nora, a témoigné à plusieurs reprises à Munich du calvaire qu'elle affirme avoir subi avec sa petite fille, Rania. Selon l'acte d'accusation, Taha al-J. avait rejoint dès mars 2013 les rangs de l'EI et occupé jusqu'à l'an dernier diverses fonctions pour le compte de l'organisation à Raqqa, «capitale» du groupe EI en Syrie, mais aussi en Irak et en Turquie.

«Esclaves»

La justice allemande lui reproche notamment d'avoir «fin mai-début juin 2015 acheté comme esclaves» une femme de la minorité yézidie et sa fillette de cinq ans et de les avoir emmenées à Falloujah, où elles ont subi de graves sévices et été en partie privées de nourriture.

Après de nombreuses maltraitances, au cours de l'été 2015, la petite fille avait été «punie» par l'accusé pour avoir uriné sur un matelas, et attachée à une fenêtre à l'extérieur de la maison où elle vivait enfermée avec sa mère par des températures autour de 50°C.

La fillette est morte de soif tandis que la mère avait été contrainte de marcher dehors pieds nus, s'infligeant des brûlures graves en raison de la chaleur extrême du sol.

Les deux victimes avaient été enlevées à l'été 2014 après l'invasion par l'EI de la région irakienne du Sinjar. Elles avaient ensuite été à plusieurs reprises «vendues» sur des «marchés aux esclaves», selon le parquet.

Procès jusqu'à fin août

Placé sous haute surveillance policière, ce procès devrait s'étaler au moins jusqu'à la fin août. Interpellé en Grèce le 16 mai 2019, l'accusé avait été remis à l'Allemagne le 9 octobre et placé en détention provisoire le lendemain.

Au procès de Jennifer W., la mère de la petite victime est représentée par l'avocate libano-britannique Amal Clooney et par la Yézidie Nadia Murad, ancienne esclave sexuelle de l'EI et co-prix Nobel de la paix 2018. Les deux femmes sont à la tête d'une campagne internationale pour faire reconnaître les crimes commis contre les Yézidis comme un génocide.

Néanmoins, prouver l'existence d'un génocide devant la justice s'avère difficile car la volonté d'anéantir tout un groupe comme les Yézidis doit être avérée, selon des spécialistes. «Il n'y a souvent pas d'ordre d'anéantir», explique à l'AFP le juriste de l'Université de Leipzig Alexander Schwarz. «Il n'y a pas d'instructions écrites dans lesquelles figure: Anéantissez les Yézidis ».

Potentiel génocide

La petite minorité ethno-religieuse yézidie est considérée comme la plus persécutée par les djihadistes , qui ont réduit ses femmes à l'esclavage sexuel, enrôlé de force des enfants-soldats et tué des hommes par centaines.

En août 2014, l'EI s'est livré, selon l'ONU, à un potentiel génocide: d'après leurs autorités, plus de 1280 Yézidis ont été tués, et plus de 6400 Yézidis ont été enlevés.

Irakiens non-arabes et non-musulmans, de nombreux Yézidis ont trouvé refuge en Allemagne, notamment dans le sud-ouest du pays où des femmes et leurs enfants, victimes de viols répétés, ont été pris en charge et soignés. Parmi les bénéficiaires de ce programme mis en place fin 2014 figurait Nadia Murad, qui parcourt aujourd'hui le monde.  

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